Lancia Beta Montecarlo Turbo Groupe 5 numéro 51 en course sur circuit mouillé, phares allumés.
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Lancia Beta Montecarlo Turbo : la petite Lancia qui défia Porsche

En 1979, sur les circuits d’endurance, la Lancia Beta Montecarlo Turbo entre dans un univers dominé par les redoutables Porsche 935. Pourtant, derrière son nom se cache une origine bien modeste : un coupé italien de 120 ch, transformé en véritable machine de course. Avec son moteur central turbocompressé de seulement 1,4 litre et une puissance qui dépassera 400 ch, cette Groupe 5 va permettre à Lancia de renouer avec les titres mondiaux en endurance. Une aventure technique et sportive qui annonce déjà certaines des plus grandes réussites de la marque.

Crédit photo: Illustration Lancia Beta Montecarlo Turbo aux couleurs de Martini Racing

Lancia Beta Montecarlo Turbo Groupe 5 numéro 65 aux couleurs Martini Racing, vue de trois quarts avant.

Lancia Beta Montecarlo Turbo : d’un coupé de route à une Groupe 5

La Lancia Beta Montecarlo Turbo est une voiture de compétition Groupe 5, développée à partir de la Montecarlo de série pour disputer le championnat du monde des marques à partir de 1979. Mais sa parenté avec le coupé routier tient davantage à son architecture générale et à sa silhouette qu’à ses composants mécaniques.
La Montecarlo de route, dessinée par Pininfarina, possédait déjà un atout précieux : son moteur placé en position centrale arrière. Une disposition idéale pour concevoir une voiture de course équilibrée.

Le règlement Groupe 5 autorisait des transformations considérables, à condition de conserver certains éléments caractéristiques du modèle d’origine. Lancia pouvait donc modifier profondément la carrosserie, les suspensions et la mécanique.
Avec le concours de Dallara pour le châssis et l’aérodynamique, le petit coupé italien devient une silhouette de compétition radicale. La Montecarlo Turbo n’est plus une sportive de route préparée : c’est une véritable voiture de course construite autour d’une base réglementaire astucieuse.

Crédit photo: Illustration moteur de la Montecarlo Turbo

Un quatre cylindres turbo de 1,4 litre pour affronter Porsche

Le moteur de la Lancia Beta Montecarlo Turbo possède une particularité étonnante : sa cylindrée n’atteint même pas 1,5 litre. Le quatre cylindres de 1 425 cm³, développé dans l’environnement technique de Fiat et d’Abarth, bénéficie pourtant d’une suralimentation qui lui permet de délivrer une puissance considérable.
Pourquoi choisir un moteur aussi petit face aux grosses Porsche ? La réponse se trouve dans le règlement. En appliquant le coefficient de 1,4 réservé aux moteurs suralimentés, ses 1 425 cm³ correspondent à une cylindrée corrigée de 1 995 cm³. Lancia reste ainsi juste sous la limite des deux litres.

Selon les versions et les évolutions, la puissance passe d’environ 370 ch à plus de 400 ch. Avec un poids contenu, le rapport poids/puissance devient particulièrement favorable.
Ce choix illustre l’intelligence du programme : plutôt que d’affronter directement les Porsche 935 sur leur terrain, Lancia exploite une catégorie où sa petite cylindrée devient un avantage stratégique. Le moteur atmosphérique de la Montecarlo de route appartient désormais à un tout autre monde.

Moteur quatre cylindres turbocompressé de la Lancia Beta Montecarlo Turbo, installé en position centrale arrière.

Crédit photo: Illustration Montecarlo Turbo en course

Une silhouette spectaculaire dictée par l’aérodynamique

Il suffit de regarder une Montecarlo Turbo pour comprendre à quel point le Groupe 5 permettait aux ingénieurs de s’affranchir des contraintes d’une automobile de série.
Les ailes sont démesurément élargies, les voies augmentées et la carrosserie percée de prises d’air destinées au refroidissement du moteur, du turbo et des organes mécaniques. À l’arrière, un immense aileron complète un ensemble conçu pour produire de l’appui à haute vitesse.

Cette transformation n’a rien d’un simple exercice de style. En endurance, la stabilité dans les grandes courbes et la capacité à préserver les composants mécaniques sont aussi importantes que la puissance pure.
Les matériaux légers et le travail aérodynamique contribuent également à contenir la masse. Sous cette carrosserie spectaculaire, la structure et les équipements répondent désormais aux exigences de la compétition.

De la paisible Montecarlo dessinée par Pininfarina, il subsiste une silhouette reconnaissable. Mais chaque détail visible traduit une fonction technique.

Face aux Porsche 935, Lancia construit son palmarès

La carrière internationale de la Montecarlo Turbo débute en 1979. Face aux Porsche 935, plus puissantes et engagées dans des catégories supérieures, Lancia ne cherche pas systématiquement la victoire au classement général. Son objectif consiste d’abord à dominer la division des moins de deux litres.
Cette stratégie porte rapidement ses fruits. Dès 1979, la Montecarlo Turbo contribue au succès de Lancia dans sa division. En 1980, la marque remporte à nouveau le titre mondial de sa catégorie, avec une voiture devenue particulièrement compétitive et fiable.
L’année 1981 marque l’apogée du programme : Lancia décroche le championnat du monde des marques, toutes divisions confondues, grâce notamment aux résultats de la Montecarlo Turbo et au système de points du championnat.

Les équipages, parmi lesquels figurent Riccardo Patrese, Michele Alboreto et Eddie Cheever, participent à cette réussite collective. Les grandes épreuves d’endurance, notamment Silverstone, offrent un terrain idéal pour démontrer les qualités de la voiture.
Il faut cependant distinguer les victoires de catégorie des succès au classement général. La Montecarlo Turbo n’a pas systématiquement dominé les Porsche 935 en confrontation directe. Son exploit tient aussi à une exploitation remarquable du règlement et à une régularité qui finit par faire la différence.

Crédit photo: Illustration de l’intérieur de la Montecarlo Turbo

Une carrière brève, mais décisive pour Lancia

La Lancia Montecarlo Turbo ne reste au premier plan que quelques saisons. Pourtant, son influence dépasse largement la durée de sa carrière.
Au début des années 1980, les règlements de l’endurance évoluent et les prototypes prennent progressivement le relais des silhouettes Groupe 5. Lancia prépare alors la LC1, une voiture conçue pour le nouveau contexte réglementaire et animée par un moteur turbo issu de la même famille technique.

L’expérience acquise avec la Montecarlo se révèle précieuse. Gestion de la suralimentation, refroidissement, aérodynamique et organisation d’une équipe engagée au plus haut niveau : autant de domaines dans lesquels Lancia a retrouvé une véritable expertise.

La Montecarlo Turbo marque ainsi une étape essentielle du retour de la marque en compétition internationale. Elle prouve qu’une stratégie technique cohérente peut transformer un constructeur relativement discret en adversaire redoutable.
Cette aventure ouvre une nouvelle période, durant laquelle Lancia multipliera les projets sportifs ambitieux.

Crédit photo: Illustration des lancia Montecarlo Turbo, Intégrale et 037

De la Lancia 037 à la Kimera K39 : un héritage toujours vivant

L’héritage de la Montecarlo Turbo ne s’arrête pas aux circuits. Au début des années 1980, Lancia développe la Rally 037, dont l’architecture trouve ses origines dans celle de la Montecarlo de route.
La filiation mérite cependant une précision : la 037 n’est pas une Montecarlo Turbo convertie au rallye. Elle reprend certains principes de conception et une base architecturale commune, mais adopte un moteur à compresseur volumétrique et une structure adaptée aux exigences du Groupe B.

En 1983, la 037 offre à Lancia le titre mondial des constructeurs en rallye. Le petit coupé des années 1970 aura donc indirectement servi de point de départ à deux aventures sportives majeures.
Plus récemment, Kimera Automobili a remis cet héritage italien à l’honneur avec ses créations inspirées de la 037 et des prototypes de compétition, notamment la spectaculaire K39.
Quant aux véritables Montecarlo Turbo Groupe 5, leur rareté et leur palmarès en font aujourd’hui des pièces historiques exceptionnelles. Leur valeur dépend avant tout de leur authenticité, de leur provenance et de leur passé sportif, bien davantage que d’une cote automobile classique.

Conclusion

La Lancia Beta Montecarlo Turbo démontre qu’une grande voiture de course ne naît pas nécessairement d’une sportive prestigieuse. Avec une base modeste, un moteur de petite cylindrée et une interprétation intelligente du règlement, Lancia a construit une machine capable de remporter des titres mondiaux. Son héritage dépasse largement son palmarès : elle a contribué à préparer l’une des périodes les plus brillantes de l’histoire sportive du constructeur italien.

Nota Bene :

Le nom Beta Montecarlo Turbo est resté associé à cette voiture de compétition, même si l’appellation Lancia Montecarlo Turbo apparaît également dans les documents et récits historiques. Il ne faut pas la confondre avec la Montecarlo de série, qui n’a jamais reçu ce moteur turbocompressé.

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