Maserati Quattroporte : six générations de berlines sportives depuis 1963
La Maserati Quattroporte naît d’une idée presque contradictoire : installer les performances d’une grande GT dans une berline capable d’accueillir confortablement quatre ou cinq personnes. Présentée en 1963, elle associe ainsi luxe italien et V8 dans une catégorie encore balbutiante. Plus de soixante ans et six générations plus tard, la recette a parfois radicalement changé. Traction avant, propulsion, V6 biturbo ou V8, grande limousine ou berline relativement compacte : la Quattroporte n’a jamais suivi une évolution parfaitement linéaire.
Crédit photo: Illustration Maserati Quattroporte 1
Maserati Quattroporte I : en 1963, une berline capable de 230 km/h
La Maserati Quattroporte apparaît en 1963 avec un V8 et peut atteindre 230 km/h. Mais pourquoi Maserati ose-t-il alors un mélange aussi improbable ?
Au début des années 1960, Maserati possède déjà une solide réputation avec ses voitures de compétition et ses grandes GT. Giulio Alfieri imagine pourtant un véhicule différent : conserver les performances et le caractère mécanique de la marque tout en proposant quatre portes et un véritable habitacle de berline.
Pietro Frua dessine une carrosserie élégante, relativement discrète compte tenu de ce qui se cache sous le capot. Le V8 4,1 litres développe 260 ch, tandis que le 4,7 litres atteint 290 ch. Avec ce dernier, la Quattroporte peut atteindre 230 km/h, une vitesse exceptionnelle pour une berline de cette époque.
Cette première génération fixe ainsi une philosophie qui survivra bien mieux que sa définition technique : une Quattroporte doit permettre de voyager comme dans une grande voiture de luxe sans complètement oublier que son constructeur fabrique aussi des voitures de sport.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la maserati Quattroporte 4.2
Crédit photo: Illustration Maserati Quattroporte 2
Quattroporte II et III : de l’étrange parenthèse Citroën au retour du V8
La Quattroporte II abandonne le V8 et la propulsion pour un V6 et la traction avant. Comment Maserati a-t-il pu s’éloigner à ce point de sa propre recette ?
La réponse tient largement au propriétaire de Maserati à cette époque : Citroën. Présentée en 1974 et dessinée par Bertone, la deuxième Quattroporte reprend une architecture étroitement apparentée à celle de la Citroën SM. Elle reçoit donc un V6 de 3 litres, une traction avant et une suspension hydropneumatique.
Confortable et techniquement originale, elle est pourtant presque l’antithèse de la première Quattroporte. Les difficultés de Maserati et la rupture avec Citroën condamnent rapidement le projet. Une poignée d’exemplaires seulement sera construite, faisant aujourd’hui de cette génération une curiosité particulièrement rare.
Avec Alejandro De Tomaso, la Quattroporte III revient à partir de 1979 vers une formule beaucoup plus traditionnelle. Giugiaro dessine une imposante berline à propulsion et Maserati retrouve ses V8, notamment le 4,9 litres de 280 ch. Plus de 2 000 exemplaires sont produits. La Quattroporte redevient alors une véritable voiture de représentation, jusqu’à être utilisée par le président italien Sandro Pertini.
Crédit photo: Illustration Maserati Quattroporte 4
Quattroporte IV : Gandini réinvente la berline Maserati
En 1994, Marcello Gandini donne à la Quattroporte IV des proportions très différentes. Plus compacte que ses devancières, elle ressemble davantage à une berline sportive qu’à une limousine traditionnelle. Ses lignes anguleuses et ses passages de roues arrière caractéristiques portent clairement la signature du designer italien.
Sous le capot apparaissent des V6 biturbo de 2,0 et 2,8 litres. À partir de 1996, un V8 3,2 litres biturbo complète la gamme et permet d’atteindre 270 km/h.
L’arrivée de Ferrari aux commandes de Maserati en 1997 entraîne ensuite une profonde révision du processus de fabrication. La Quattroporte Evoluzione lancée en 1998 bénéficie de centaines de modifications destinées notamment à améliorer la qualité. Cette quatrième génération démontre surtout qu’un même nom peut désigner des automobiles très différentes sans perdre totalement son identité.
Crédit photo: Illustration Maserati Quattroporte 5
Quattroporte V : Pininfarina et le V8 replacent Maserati au sommet
La cinquième génération présentée en 2003 marque un changement d’ambition. Dessinée par Pininfarina, la Maserati Quattroporte retrouve les proportions d’une grande berline prestigieuse et un V8 atmosphérique de 4,2 litres développant 400 ch.
Le moteur est placé très en arrière du train avant et la première version DuoSelect adopte une architecture transaxle avec boîte installée près du train arrière. La répartition des masses favorise ainsi le comportement dynamique, au prix d’une transmission robotisée dont le fonctionnement ne correspond pas aux attentes de tous les conducteurs de grandes berlines.
Maserati corrige le tir en 2007 avec la Quattroporte Automatica et sa boîte ZF à six rapports. Les déclinaisons Sport GT, Executive GT puis Sport GTS renforcent encore la personnalité du modèle. Cette génération réussit peut-être mieux que toutes les autres à matérialiser l’idée originelle de 1963 : offrir une véritable berline de luxe qui conserve les sensations et la sonorité d’une GT italienne.
Elle constitue aujourd’hui une porte d’entrée étonnamment accessible dans cet univers. Des exemplaires se rencontrent autour de 10 000 à 20 000 euros, parfois moins, mais le prix d’achat ne raconte qu’une partie de l’histoire : entretien, embrayage des DuoSelect et état général peuvent rapidement transformer une apparente bonne affaire.
Crédit photo: Illustration Maserati Trofeo
Quattroporte VI et Trofeo : jusqu’au dernier V8
La sixième Quattroporte apparaît en 2013 avec des dimensions encore supérieures et une gamme de moteurs beaucoup plus large. V6 essence, diesel sur certains marchés et V8 permettent à Maserati de concurrencer plus directement les grandes berlines allemandes.
L’aboutissement arrive avec la Quattroporte Trofeo. Son V8 3,8 litres biturbo développe 580 ch et lui permet d’atteindre 326 km/h, soit près de 100 km/h de plus que la première Quattroporte. Une spectaculaire continuité apparaît ainsi entre deux voitures séparées par près de six décennies.
Le marché de la collection reflète en revanche l’extrême diversité de la famille. Une Quattroporte V peut encore se trouver autour de 10 000 à 20 000 euros, une belle III évolue souvent autour de 20 000 à 45 000 euros, tandis qu’une première génération peut dépasser largement 50 000 euros selon sa version, son état et son historique. Les IV restent généralement plus accessibles, malgré leur rareté.
Conclusion
La Maserati Quattroporte n’a jamais suivi une recette immuable. Certaines générations privilégient le luxe, d’autres le caractère sportif, et la surprenante Quattroporte II s’écarte presque totalement du concept originel. Pourtant, de 1963 au dernier V8, une idée traverse toute son histoire : proposer une berline différente des références allemandes ou britanniques, avec ce supplément de caractère propre à Maserati. Six générations plus tard, la Quattroporte reste ainsi l’une des interprétations les plus singulières de la grande berline sportive.
Nota Bene :
Quattroporte signifie tout simplement « quatre portes » en italien. Un nom presque banal pour une lignée qui, de la berline de 230 km/h de 1963 à la Trofeo de 580 ch, ne l’a finalement jamais vraiment été.
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