Renault E-Space Concept rouge présenté au Mondial de Paris 2026, avec sa silhouette de monospace électrique et sa large calandre lumineuse.
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Monospace : et si nous l’avions enterré beaucoup trop vite ?

Le monospace serait-il finalement une espèce automobile disparue prématurément ? Le 12 octobre, Renault a présenté son E-Space Concept, un grand véhicule électrique de 4,70 mètres qui reprend plusieurs idées du premier Espace de 1984. Six sièges individuels, un habitacle modulable, de grandes surfaces vitrées et surtout une philosophie devenue presque inhabituelle : concevoir une voiture autour de ceux qui voyagent dedans.

Une idée révolutionnaire ? Pas vraiment. Il y a quarante ans, c’était précisément ce qui faisait le succès des monospaces. Lorsque Renault lance l’Espace en 1984, il propose autre chose qu’une grande berline familiale. On peut déplacer les sièges, transformer l’habitacle, profiter d’une hauteur sous pavillon généreuse et transporter une famille sans avoir l’impression de jouer au Tetris avec les bagages.

La voiture familiale devient alors un véritable espace de vie.

Pendant plusieurs décennies, la formule séduit. Renault Espace, Citroën Picasso, Volkswagen Touran, Ford Galaxy et bien d’autres rencontrent leur public. Puis, progressivement, les acheteurs se détournent de ces véhicules au profit des SUV. Et c’est là que l’histoire devient amusante.

Les SUV promettent eux aussi de l’espace, de la polyvalence et une position de conduite dominante. Mais leur silhouette, souvent plus massive, ne garantit pas une meilleure habitabilité. Un capot imposant, une ligne de toit plongeante ou des passages de roues volumineux peuvent réduire l’espace réellement disponible. Nous avons donc parfois remplacé des voitures conçues pour maximiser l’espace intérieur par d’autres conçues d’abord pour afficher une certaine allure extérieure.

Évidemment, les constructeurs n’ont pas imposé cette évolution contre la volonté des automobilistes. Les SUV ont rencontré un immense succès parce que les clients apprécient leur style, leur position de conduite et leur polyvalence. Le monospace, lui, avait fini par traîner une réputation peu flatteuse : pratique, certes, mais pas vraiment séduisant. Comme si transporter confortablement ses enfants et ses bagages était devenu une activité dont il fallait presque s’excuser.

L’arrivée de l’électrique pourrait toutefois redistribuer les cartes. L’absence de gros moteur thermique à l’avant et la possibilité de repenser certains éléments mécaniques offrent davantage de liberté pour organiser l’habitacle. Un plancher plat et des proportions différentes peuvent favoriser la modularité.

Cela ne signifie pas que tous les monospaces électriques seraient automatiquement plus efficaces. Une carrosserie haute et volumineuse peut pénaliser l’aérodynamique, donc l’autonomie. Et les batteries imposent elles aussi leurs contraintes. Mais le Renault E-Space rappelle qu’une voiture familiale peut être pensée autrement qu’en ajoutant une silhouette de SUV autour de cinq ou sept sièges.

Reste une question essentielle : les automobilistes seraient-ils prêts à revenir vers un véhicule privilégiant ouvertement la fonctionnalité plutôt que l’apparence ? Pour l’instant, l’E-Space n’est qu’un concept-car, sans production en série confirmée. Rien ne garantit donc que Renault commercialisera un nouveau monospace inspiré de cette étude. Mais sa simple présentation révèle quelque chose d’intéressant.

Pendant quarante ans, nous avons progressivement demandé aux voitures familiales de ressembler de moins en moins à des monospaces. Et voilà que nous redécouvrons les avantages qui avaient justement fait leur succès.

Peut-être que le monospace n’était finalement pas dépassé. Peut-être était-il simplement passé de mode.

Nota Bene :

Le plus amusant serait que les constructeurs finissent par réinventer le monospace électrique, avec ses sièges modulables et son habitacle spacieux, tout en lui donnant un nouveau nom pour éviter de prononcer celui de monospace. Après tout, il ne faudrait surtout pas donner l’impression de revenir en arrière.

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