Données personnelles voiture connectée : votre assureur sait-il tout ?
Votre voiture connaît probablement beaucoup plus de choses sur vous que vous ne l’imaginez. Vos déplacements, vos horaires, vos accélérations, vos freinages et parfois même vos habitudes de conduite. Mais que deviennent toutes ces informations une fois enregistrées ? L’affaire General Motors apporte une réponse particulièrement dérangeante.
Le 29 octobre 2026, le constructeur américain a accepté de verser 220 millions de dollars pour mettre fin à un litige avec les autorités de 35 États américains et du district de Columbia. Il était accusé d’avoir collecté et commercialisé des données personnelles issues notamment de son programme Smart Driver. Ces informations pouvaient ensuite parvenir, par l’intermédiaire de sociétés spécialisées, à des compagnies d’assurance susceptibles de les utiliser pour évaluer les risques et fixer leurs tarifs.
Autrement dit, certaines données produites par une voiture pouvaient finalement contribuer à augmenter le coût de l’assurance de son conducteur. Il faut préciser que cet accord transactionnel ne constitue pas une condamnation judiciaire établissant chacune des accusations. General Motors avait par ailleurs abandonné son programme Smart Driver en 2024.
Mais l’affaire soulève une question qui dépasse largement le constructeur américain. À qui appartiennent réellement les données personnelles d’une voiture connectée ? Le constructeur fabrique le véhicule et développe les logiciels. Mais c’est bien l’automobiliste qui effectue les trajets, choisit ses itinéraires et adopte un comportement au volant. Sans lui, ces informations n’existeraient tout simplement pas.
Bien sûr, certaines données sont indispensables au fonctionnement des véhicules modernes. D’autres peuvent améliorer la sécurité, faciliter l’entretien ou proposer des services utiles. Et un conducteur peut parfaitement accepter de partager certaines informations avec son assureur en échange d’un tarif avantageux. Mais encore faut-il qu’il sache précisément ce qu’il accepte. Car entre utiliser des données pour améliorer un service et les exploiter commercialement au profit d’un tiers, la différence est considérable.
D’autant que les automobiles deviennent de véritables ordinateurs roulants. Leur capacité à enregistrer et transmettre des informations ne cesse de progresser. En Europe, le RGPD encadre notamment la collecte et l’utilisation des données personnelles. Cela ne signifie pourtant pas que toutes les questions de transparence et de consentement soient définitivement réglées.
Le problème n’est donc pas de condamner systématiquement les voitures connectées, mais de savoir qui contrôle les informations qu’elles produisent et dans quel but elles sont utilisées. Et surtout, pourquoi un automobiliste devrait-il découvrir après coup que ses habitudes de conduite ont pu devenir une marchandise ? Il y a quelque chose d’assez paradoxal à acheter une automobile, payer son assurance, parfois souscrire des services connectés, puis risquer de voir les informations issues de son propre véhicule utilisées pour augmenter ses dépenses.
Une voiture devrait d’abord servir les intérêts de son propriétaire, pas devenir un outil permettant à d’autres de mieux le facturer.
Nota Bene :
Autrefois, pour savoir comment vous conduisiez, votre assureur devait essentiellement se fier à votre historique d’accidents et aux informations que vous lui communiquiez. Aujourd’hui, votre voiture pourrait lui raconter elle-même vos habitudes. Reste à savoir si vous lui avez réellement donné la permission de parler.
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