Voitures connectées et espionnage : faut-il les éloigner des bases militaires ?
Les voitures connectées et l’espionnage constituent désormais un sujet de préoccupation pour les autorités françaises. Le 3 novembre, le député européen François Kalfon a rendu publique sa demande visant à restreindre l’accès des véhicules BYD aux installations militaires et autres sites sensibles. En cause, les caméras, les capteurs, les systèmes de géolocalisation et les connexions embarquées qui équipent les automobiles modernes.
Mais une voiture peut-elle réellement devenir un outil de renseignement ?
Il faut d’abord rappeler une distinction essentielle : aucune preuve d’espionnage militaire par BYD n’a été apportée dans cette affaire. Le député demande des mesures de précaution face à un risque potentiel, et non une sanction consécutive à des faits démontrés. Pour autant, la question mérite d’être posée. Une automobile moderne peut enregistrer son environnement avec une précision étonnante. Caméras extérieures, position GPS, trajets effectués, informations sur les infrastructures environnantes : autant de données qui, prises séparément, semblent parfois anodines.
Mais leur accumulation pourrait devenir intéressante pour qui chercherait à observer les activités d’un site sensible. Un véhicule stationné régulièrement près d’une installation militaire pourrait, selon ses capacités techniques et les données effectivement collectées, disposer d’informations sur les accès, les déplacements ou certains équipements visibles.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les voitures transmettent ces informations à des services de renseignement. Encore faut-il déterminer quelles données sont enregistrées, où elles sont envoyées et qui peut y accéder. Et c’est précisément là que commence le véritable problème. Car pourquoi limiter cette inquiétude aux constructeurs chinois ?
Les voitures américaines et européennes disposent elles aussi de systèmes connectés sophistiqués. Tesla a d’ailleurs été évoqué dans les préoccupations françaises concernant la sécurité des installations sensibles. La nationalité du constructeur peut naturellement intervenir dans l’évaluation des risques, notamment en fonction de la législation à laquelle il est soumis. Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à déterminer ce qu’un véhicule collecte réellement.
Il serait donc assez paradoxal de considérer une automobile comme potentiellement dangereuse uniquement en raison de son origine, tout en ignorant les capacités comparables d’autres modèles. D’autant que le problème dépasse largement les voitures. Smartphones, montres connectées, caméras embarquées et autres équipements numériques peuvent également enregistrer des informations sur leur environnement. La protection des installations sensibles impose donc une réflexion beaucoup plus large.
Bien sûr, certaines restrictions peuvent être parfaitement justifiées à proximité de sites militaires. La sécurité nationale exige parfois des précautions qui paraîtraient excessives ailleurs. Mais encore faudrait-il qu’elles reposent sur une analyse cohérente des risques techniques, et pas seulement sur le passeport du constructeur.
Le véritable enjeu n’est pas de savoir si une voiture est chinoise, américaine ou européenne, mais ce qu’elle peut enregistrer et qui peut récupérer ces informations.
Nota Bene :
Pendant longtemps, pour espionner une installation militaire, il fallait au moins prendre le risque de s’en approcher avec un appareil photo. Aujourd’hui, une voiture ordinaire possède parfois plusieurs caméras, une connexion permanente et un système de géolocalisation. Cela ne fait pas d’elle un espion, mais on comprend que certains militaires préfèrent ne pas tenter l’expérience.
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