Trump, les taxes et la grande illusion du “Made in USA”
Il y a des matins où l’actualité ressemble à une mauvaise blague répétée. Cette fois, ce sont Sony, Pepsi et les importateurs d’huile d’olive qui ouvrent le bal : les prix vont augmenter aux États-Unis, et pour une raison simple – les fameux droits de douane “pour protéger l’Amérique”. Les consoles PlayStation vont coûter plus cher, Pepsi va gonfler ses tarifs, et dans quelques mois, les bouteilles d’huile d’olive prendront un sérieux coup de chaud. La faute à qui ? Aux importateurs européens ? Aux industriels asiatiques ? Non, bien sûr. La note sera réglée, comme toujours, par les consommateurs américains eux-mêmes. Un vrai coup de théâtre… ou plutôt, un scénario écrit d’avance.
On voudrait croire à la magie du “Made in USA”, à ce fantasme politique de la relocalisation express, des usines qui renaissent en un claquement de doigts. Sauf que, dans la vraie vie, monter une usine pour produire des PlayStation ou planter des millions d’oliviers en Californie, ça prend des années. Pendant ce temps, les droits de douane tombent, et les grandes entreprises – Sony, Pepsi, ou le consortium des huiles d’olive européennes – font leurs comptes : qui va payer l’addition ? Vous avez deviné. Ce ne sont ni les patrons, ni les importateurs, ni même les gouvernements : ce sont les familles américaines, les jeunes gamers, les amateurs de salades bien assaisonnées.
Le plus ironique dans tout ça, c’est que la “taxe Trump” se retourne contre son propre électorat. Les grands ports américains, comme Los Angeles, tournent à plein régime depuis des semaines, les containers affluent avant la hausse, mais le répit ne durera pas. D’ici quelques mois, quand les stocks auront fondu, ce sera l’explosion des prix à la consommation. L’inflation grimpe, la Fed garde ses taux hauts, et tout le monde s’étonne que la reprise n’arrive pas. À ce rythme, on aura bientôt droit à un tweet enflammé de Trump expliquant qu’il a rapporté “des milliards de dollars à l’Amérique” grâce aux droits de douane… tout en oubliant de préciser qui paie vraiment.
Faut-il rappeler que les droits de douane sont, depuis toujours, un impôt déguisé ? Un vieux classique de l’économie de marché : on brandit le drapeau national, on tape sur les importations, et, comme un boomerang, la sanction revient dans le panier de la ménagère. Même l’huile d’olive, produit ultra-importé dont la production locale reste marginale, se retrouve en première ligne. Il faudra des décennies pour remplacer les oliveraies méditerranéennes – et d’ici là, les prix continueront de grimper. Mais au fond, qui croit encore au miracle industriel instantané ?
Le vrai spectacle, ce sera dans six mois, quand l’inflation refera surface juste avant les élections de mi-mandat (midterms). Peut-être alors entendra-t-on une petite musique : “On va revenir aux taux initiaux, c’était juste pour montrer notre force !” Décidément, dans cette histoire de droits de douane, les gagnants sont rarement ceux qu’on croit.
Nota Bene:
Dans l’économie, tout ce qui monte finit toujours par se répercuter quelque part… souvent sur l’étiquette en rayon ! Les droits de douane, c’est un peu comme un élastique : on le tend, il finit toujours par revenir.
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