Vision futuriste de 2060, illustration des incertitudes sur l'avenir de nos enfants.
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Avons-nous perdu confiance dans l’avenir de nos enfants ?

Pendant des générations, le progrès reposait sur une idée presque évidente : les enfants vivraient mieux que leurs parents. Pas nécessairement sans guerre, sans crise ni maladie, mais avec davantage de confort, une meilleure médecine, des logements plus agréables et des possibilités que la génération précédente n’avait pas connues.

Cette conviction semble aujourd’hui beaucoup moins solide. Lorsqu’on pense à l’avenir de nos enfants, une question apparaît désormais régulièrement : et s’ils étaient la première génération depuis longtemps à devoir se contenter d’une vie moins facile que celle de leurs parents ? Personne ne peut évidemment savoir ce que seront les prochaines décennies. Mais si certaines tendances actuelles se prolongent, l’inquiétude n’a rien d’absurde.

Le logement en fournit probablement l’exemple le plus concret. Des personnes ayant exercé des métiers relativement ordinaires ont pu acheter une maison, parfois avec un seul salaire, puis se constituer progressivement un patrimoine. Leurs enfants peuvent être davantage diplômés, travailler à deux et découvrir malgré tout que la même maison est devenue difficilement accessible.

Ce n’est pas partout vrai et les situations varient énormément selon les territoires. Mais le sentiment de déclassement naît précisément de ces comparaisons très concrètes. À quoi sert de disposer d’un téléphone infiniment plus puissant que l’ordinateur d’il y a trente ans si travailler ne permet plus aussi facilement de se loger comme ses parents ?

La santé offre un autre paradoxe. Les progrès médicaux restent considérables. Certains cancers sont mieux traités, de nouvelles thérapies apparaissent et des maladies autrefois mortelles deviennent chroniques. Pourtant, l’espérance de vie ne progresse plus au rythme spectaculaire observé au XXe siècle et connaît même ponctuellement des reculs dans certains pays.

Il ne faut pas confondre ralentissement et effondrement. Après avoir gagné des décennies grâce à l’hygiène, aux vaccins, aux antibiotiques et à la baisse de la mortalité infantile, continuer à gagner autant devenait forcément beaucoup plus difficile. Mais symboliquement, quelque chose change : même vivre toujours plus longtemps ne paraît plus aller de soi.

Et puis arrive la technologie.

Pendant longtemps, les machines ont surtout remplacé notre force physique. Les ordinateurs ont ensuite pris en charge nos calculs et une partie de notre mémoire. Avec l’intelligence artificielle, nous commençons désormais à déléguer une partie de tâches intellectuelles que nous pensions encore récemment réservées aux humains. Cela peut produire des progrès extraordinaires. Mais pour un parent qui regarde l’avenir de ses enfants, une nouvelle interrogation apparaît : quels métiers exerceront-ils demain ? L’IA augmentera-t-elle leurs capacités ou réduira-t-elle simplement le nombre de personnes nécessaires pour effectuer leur travail ?

Là encore, personne ne connaît la réponse. Mais le progrès technologique, autrefois spontanément associé à une amélioration de la vie future, est désormais accompagné presque immédiatement d’une inquiétude sur ses conséquences. Le même phénomène apparaît avec l’environnement. Nos enfants disposeront probablement de voitures plus propres, de bâtiments plus efficaces et d’énergies progressivement décarbonées. Mais ils hériteront également d’un climat plus chaud et de conséquences dont une partie est désormais inévitable.

Ajoutons la dette publique, les interrogations sur le financement des retraites et de la protection sociale, la pression sur certaines ressources ou les tensions géopolitiques, et le tableau devient difficile à regarder avec un optimisme béat. Pourtant, affirmer que nos enfants vivront nécessairement moins bien serait tout aussi excessif.

Une rupture technologique, médicale ou énergétique peut transformer une société en quelques années. Ceux qui imaginaient l’année 2026 en 1980 se seraient trompés sur une quantité impressionnante de choses. Nous ferons probablement la même erreur en essayant d’imaginer 2060. Mais le véritable changement est peut-être ailleurs.

Nos grands-parents pouvaient traverser des périodes infiniment plus difficiles que la nôtre tout en conservant l’idée que la génération suivante bénéficierait du progrès. Aujourd’hui, nous pouvons vivre confortablement et simultanément craindre que nos enfants ne disposent jamais des mêmes possibilités. C’est peut-être cela qui pèse autant sur le moral collectif. Le présent n’est pas nécessairement devenu insupportable. C’est l’avenir qui paraît moins prometteur.

Rien ne permet d’affirmer que nos enfants vivront moins bien que nous. Mais si les tendances de ces dernières années se prolongent, cette crainte devient difficile à balayer d’un revers de main. Le progrès continue, mais nous avons peut-être perdu quelque chose d’essentiel : la confiance presque instinctive dans un lendemain meilleur.

Nota Bene :

Une société peut continuer à progresser techniquement tout en cessant de croire au progrès. C’est peut-être cette rupture, plus que toutes les autres, qui caractérise notre époque.

À lire aussi : Peut-on encore construire des maisons sans climatisation ?

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