Camion électrique autonome Einride T-log transportant des grumes de bois.
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Camions électriques : peut-on imposer la transition si les infrastructures ne sont pas prêtes ?

Les constructeurs européens de poids lourds viennent de demander à Bruxelles de repousser de trois ans certains objectifs de réduction des émissions prévus pour 2030. Leur argument est simple : les camions électriques existent, mais les infrastructures et les conditions économiques permettant de les utiliser massivement ne progresseraient pas assez vite.

Évidemment, lorsqu’une industrie demande davantage de temps pour respecter une réglementation qui lui coûte cher, un minimum de prudence s’impose. Les constructeurs ont tout intérêt à desserrer le calendrier. Mais cela n’empêche pas leur question d’être pertinente : peut-on décider par la réglementation d’une transition plus rapide que les infrastructures nécessaires pour la réaliser ?

Le problème du camion électrique est assez différent de celui d’une voiture. Un automobiliste peut parfaitement laisser son véhicule charger plusieurs heures pendant la nuit. Un poids lourd est un outil de travail. Lorsqu’il est immobilisé, il ne transporte plus rien et ne rapporte plus d’argent. Il faut donc pouvoir recharger rapidement des batteries énormes, parfois simultanément avec plusieurs autres camions. Cela nécessite des bornes très puissantes, mais aussi un réseau électrique capable de les alimenter.

Et installer une borne ne suffit pas toujours. Encore faut-il obtenir la puissance nécessaire, réaliser le raccordement et disposer de suffisamment d’infrastructures sur les grands axes et dans les dépôts. Les constructeurs mettent précisément ces difficultés en avant pour expliquer le retard actuel du marché.

Seulement 2,4 % des poids lourds neufs vendus actuellement en Europe seraient zéro émission. Passer en quelques années d’un marché encore marginal à une part très importante suppose donc une accélération considérable. Ce n’est pas forcément impossible. Mais inscrire un objectif dans un règlement ne construit aucune borne.

C’est peut-être là que certaines politiques de transition montrent leurs limites. Une réglementation peut obliger un constructeur à proposer davantage de véhicules électriques. Elle peut imposer des objectifs de CO₂ ou rendre progressivement les motorisations thermiques moins intéressantes. Elle ne peut pas, à elle seule, faire apparaître instantanément les infrastructures nécessaires.

Le transporteur, lui, regarde surtout son exploitation quotidienne. Combien coûte le camion ? Quelle charge utile lui reste-t-il ? Où pourra-t-il recharger ? Combien de temps cela prendra-t-il ? Son dépôt dispose-t-il de la puissance électrique nécessaire ? Si les réponses ne sont pas satisfaisantes, il ne suffit pas de lui expliquer que la transition est souhaitable pour que son problème disparaisse.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait attendre que toutes les conditions soient parfaites avant de fixer le moindre objectif. Sans contrainte réglementaire, certaines transformations prendraient probablement beaucoup plus de temps. Et les constructeurs eux-mêmes demandent davantage d’investissements dans les infrastructures permettant justement d’accélérer l’électrification.

La réglementation peut donc pousser le marché. Mais pousser n’est pas remplacer. Si l’Europe veut davantage de camions électriques en 2030, il ne suffit pas que les constructeurs sachent les fabriquer. Il faut également que les transporteurs puissent les acheter, les recharger et surtout les utiliser sans transformer chaque trajet en problème logistique.

Le débat qui s’ouvre dépasse finalement largement les poids lourds. Nous avons parfois tendance à imaginer la transition énergétique comme une succession de dates : 2030, 2035, 2040. Une date possède l’immense avantage d’être claire et facile à inscrire dans un texte. Une infrastructure, elle, nécessite des investissements, des travaux, des raccordements et du temps.

Les constructeurs demandent trois années supplémentaires. Peut-être cherchent-ils simplement à gagner du temps. Peut-être pointent-ils aussi un problème que les calendriers politiques ont tendance à sous-estimer. Dans tous les cas, une borne de recharge ne pousse malheureusement pas plus vite parce qu’un règlement européen lui fixe une date limite.

Nota Bene :

Pour réussir une transition, fixer la destination est indispensable. Vérifier que la route permettant d’y arriver existe réellement pourrait être tout aussi utile.

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