Smartphone connecté au système multimédia d’une voiture et partageant des données
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Votre voiture collecte vos données : qui peut vraiment les utiliser ?

Monter dans une voiture moderne et connecter son téléphone est devenu un geste presque automatique. Pourtant, les données d’une voiture connectée ne concernent plus seulement son fonctionnement : elles peuvent révéler sa position, son utilisation et certains comportements du conducteur. Et lorsque le smartphone entre dans l’équation, certaines informations manipulées par l’écosystème numérique du véhicule n’ont même plus de rapport direct avec l’automobile.

La question n’est donc plus de savoir si une voiture connectée produit des données, mais qui peut y accéder, dans quel but et avec quelles limites. À partir du 12 septembre 2026, une nouvelle étape du Data Act européen renforce justement l’accès des utilisateurs aux données générées par les nouveaux objets connectés mis sur le marché. La voiture est directement concernée.

Crédit photo: qorvo Données voiture connéctée

Schéma des différents systèmes et communications d’une voiture connectée

Quelles données votre voiture connectée collecte-t-elle réellement ?

Une voiture connectée peut générer des données concernant sa localisation, ses déplacements, son utilisation, son état technique et, selon ses équipements, la manière dont elle est conduite. Leur nature varie évidemment énormément d’un véhicule à l’autre. Kilométrage, consommation ou recharge, état de certains composants, alertes techniques et informations nécessaires à la maintenance constituent la partie la plus évidente. Mais les systèmes de navigation et services connectés ajoutent une dimension beaucoup plus personnelle avec la position du véhicule et les déplacements.

La CNIL considère d’ailleurs les données de localisation comme hautement personnelles. Une succession de positions peut révéler l’adresse du domicile, le lieu de travail, les horaires habituels et les endroits régulièrement fréquentés. Autrement dit, une simple donnée GPS peut, lorsqu’elle est accumulée, raconter une partie de la vie de son conducteur.
Ces informations ont pourtant des usages parfaitement légitimes : navigation, dépannage, lutte contre le vol, maintenance à distance ou gestion d’une flotte. Le problème apparaît lorsque le conducteur ne sait plus précisément ce qui est collecté, transmis ou conservé.

Crédit photo: gps-access Connexion voiture smartphone

Votre smartphone donne-t-il accès à des informations qui n’ont rien d’automobile ?

Connecter un téléphone ne signifie pas que la voiture peut soudain consulter l’intégralité de son contenu. Il faut notamment distinguer une liaison Bluetooth, Apple CarPlay ou Android Auto, les applications du constructeur et les systèmes multimédias propres au véhicule. Les informations accessibles dépendent du système et surtout des autorisations accordées.
Mais la frontière entre données automobiles et données personnelles devient alors beaucoup plus floue. Contacts synchronisés, journal d’appels, adresses GPS recherchées ou enregistrées et autres informations nécessaires aux fonctions utilisées peuvent se retrouver dans l’environnement numérique du véhicule.

La CNIL avertit précisément que certaines informations provenant d’un téléphone connecté peuvent être enregistrées dans le tableau de bord. Elle recommande d’ailleurs de les supprimer avant de vendre ou restituer une voiture.
C’est un changement considérable. La voiture ne connaît plus seulement son kilométrage ou son niveau de batterie. Elle peut devenir l’un des appareils numériques auxquels nous confions une partie de notre vie quotidienne, souvent sans y penser autant que lorsque nous utilisons un ordinateur ou un smartphone.

Smartphone connecté au système multimédia d’une voiture et partageant des données

Crédit photo: Illstration stockage des données

Schéma du stockage et de la transmission des données d’une voiture connectée vers le cloud

Constructeurs, garages, assureurs : qui peut utiliser les données de votre voiture ?

Les données d’une voiture connectée peuvent intéresser de nombreux acteurs : constructeur, fournisseur d’un service connecté, gestionnaire de flotte, réparateur ou entreprise proposant un service demandé par l’utilisateur. Mais cela ne signifie pas que chacun dispose librement de toutes les informations.
Il faut surtout distinguer quatre notions souvent confondues : produire une donnée, y accéder, la traiter et pouvoir la transmettre. Pour les données personnelles, le RGPD continue notamment de s’appliquer. Le Data Act ajoute un autre principe : l’utilisateur d’un objet connecté doit pouvoir accéder aux données générées par son utilisation et peut demander qu’elles soient communiquées à un tiers de son choix.

Cela pourrait avoir des conséquences importantes dans l’automobile. Un automobiliste peut par exemple souhaiter transmettre certaines données techniques à un réparateur indépendant plutôt que rester captif du réseau du constructeur.
La donnée devient donc aussi un enjeu de concurrence. Celui qui contrôle l’information produite par la voiture dispose potentiellement d’un avantage pour vendre ensuite maintenance, assistance et autres services.

Crédit photo: Illustration voiture connectée

Système de navigation d’une voiture connectée utilisant la géolocalisation et les données

Vos données automobiles sont-elles vraiment protégées ?

Deux grands cadres européens se complètent. Le RGPD protège les données personnelles, tandis que le Data Act organise plus largement l’accès et le partage des données générées par les objets connectés, y compris lorsqu’elles ne sont pas personnelles. Lorsque les deux textes se croisent sur des données personnelles, les exigences du RGPD restent applicables. La réglementation impose cependant des règles, pas une invulnérabilité informatique. Plus une voiture échange d’informations avec des serveurs, applications et services extérieurs, plus la protection des accès devient importante.

Il faut également éviter de confondre exploitation autorisée et piratage. Un constructeur utilisant une information pour fournir un service prévu n’est pas dans la même situation qu’un tiers obtenant illégalement des données à la suite d’une faille.
La CNIL demande notamment que la collecte soit proportionnée à l’objectif poursuivi, que l’utilisateur sache pourquoi ses informations sont utilisées et qui peut y accéder, et que les durées de conservation soient limitées. Elle recommande aussi de pouvoir désactiver facilement les services connectés optionnels.

Crédit photo: illustration des données à effacer

Le conducteur reprend-il enfin le contrôle de ses données ?

Le paradoxe est intéressant. Jamais une voiture n’a produit autant de données sur son utilisation, mais le conducteur obtient parallèlement davantage de droits pour y accéder.
La plupart des dispositions du Data Act s’appliquent depuis septembre 2025. Une étape supplémentaire arrive le 12 septembre 2026 : pour les produits connectés et services associés concernés mis sur le marché après cette date, l’accès aux données doit être prévu dès leur conception lorsque les conditions réglementaires et techniques sont réunies.

Ce changement peut progressivement rééquilibrer les rapports entre constructeurs, automobilistes et professionnels indépendants. Pouvoir récupérer et transmettre certaines données ouvre potentiellement la porte à davantage de choix dans l’entretien et les services liés au véhicule.
La voiture connectée ne cessera donc pas de produire des informations. L’enjeu consiste désormais à empêcher que celui qui conduit la voiture soit paradoxalement le dernier à savoir ce qu’elle sait de lui.

Voiture connectée à un smartphone illustrant les échanges de données personnelles

Conclusion

Une voiture moderne peut produire des informations techniques, enregistrer des déplacements et, lorsqu’elle interagit avec un smartphone, manipuler certaines données qui dépassent largement la mécanique. Constructeurs et prestataires peuvent en utiliser une partie, mais dans un cadre juridique qui impose des finalités et des protections.

Avec le Data Act, la donnée automobile devient également un droit pour l’utilisateur et un nouvel enjeu économique. Après la puissance, l’autonomie ou les équipements, le contrôle des données pourrait bien devenir l’un des prochains critères permettant de juger une voiture moderne.

Nota Bene :

voiture connectée, données personnelles, smartphone, géolocalisation, Data Act et cybersécurité dessinent désormais une nouvelle dimension de la vie privée automobile.

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