Carlo Abarth : qui était vraiment l’homme derrière le Scorpion ?
Né Karl Abarth à Vienne, en Autriche, en 1908, Carlo Abarth est aujourd’hui indissociable des petites Fiat transformées en machines de course. Pourtant, son histoire commence loin de Turin et bien avant l’automobile. Pilote de moto, spécialiste du side-car, technicien, préparateur puis entrepreneur, il a passé sa vie à chercher comment obtenir davantage de performances avec des moyens limités. Comprendre Carlo Abarth, c’est donc découvrir l’homme qui a donné au Scorpion une philosophie avant même d’en faire une marque.
Crédit photo: Autoweek Carlo Abarth Jeune motard
Carlo Abarth avant Abarth : Karl, le jeune Viennois passionné de vitesse
Carlo Abarth est né Karl Abarth à Vienne, en Autriche, le 15 novembre 1908 et sa carrière commence sur deux roues, bien avant la création de sa marque. Mais cette période révèle déjà ce qui guidera toute sa vie : modifier la mécanique pour dépasser ses limites plutôt que se contenter de ce qu’elle offre.
Très jeune, Karl se passionne pour la mécanique et la compétition motocycliste. Il ne se contente pas de piloter : il cherche à comprendre pourquoi une machine va plus vite qu’une autre et comment améliorer son comportement.
Ses origines expliquent également une identité moins simple qu’il n’y paraît. Né dans l’Empire austro-hongrois d’un père autrichien et d’une mère italienne, il grandit entre plusieurs cultures. Celui que l’histoire automobile retiendra sous le prénom de Carlo ne deviendra véritablement italien que plus tard. Avant le préparateur turinois se trouve donc un jeune Viennois qui rêve surtout de compétition.
Crédit photo: Abarth Carlo Abarth en selle au départ de la course Vienne -Ostende 1934
Du side-car aux accidents : pourquoi Carlo Abarth n’a jamais cessé de chercher la performance
Avant de construire des automobiles, Carlo Abarth devient un spécialiste du side-car et se fait connaître par des défis spectaculaires. Deux graves accidents brisent pourtant cette trajectoire sportive et contribuent indirectement à l’orienter vers une nouvelle vie dans l’automobile.
Le side-car lui permet de combiner ses deux talents : piloter et modifier. Abarth travaille notamment sur l’équilibre et l’efficacité de ces engins asymétriques. Sa réputation dépasse rapidement les courses traditionnelles. En 1934, il se lance même dans un défi improbable contre l’Orient-Express sur le trajet entre Vienne et Ostende. Après une première tentative perturbée par des problèmes mécaniques, il remporte finalement son pari lors d’une nouvelle confrontation.
Cette recherche permanente de performance a cependant un prix. Après un premier grave accident en compétition motocycliste, un nouvel accident de side-car en 1939 met définitivement fin à sa carrière de pilote sur trois roues.
Cisitalia : l’école qui conduit Carlo Abarth vers sa propre marque
La Seconde Guerre mondiale bouleverse son existence. Installé en Italie, Karl italianise son prénom et devient Carlo. À Turin, il se rapproche progressivement du monde de la compétition automobile et rejoint Cisitalia, l’une des aventures les plus ambitieuses de l’après-guerre italien.
Cisitalia réunit ingénieurs, pilotes et entrepreneurs autour de projets sportifs particulièrement avancés. Abarth y côtoie notamment l’univers de Ferdinand Porsche et participe à une aventure où innovation technique et difficultés financières avancent malheureusement ensemble.
Lorsque Cisitalia s’effondre financièrement, Carlo Abarth ne repart pourtant pas de zéro. Avec Guido Scagliarini, il fonde Abarth & C. en 1949 et récupère une partie du matériel ainsi que des voitures issues de Cisitalia. Le Scorpion, choisi en référence à son signe astrologique, devient son emblème. La suite appartient à l’histoire de la marque, mais cette naissance montre surtout une qualité essentielle de l’homme : transformer un échec industriel en point de départ.
Crédit photo: Abarth Carlo Abarth au volant d’un prototype
Carlo Abarth, préparateur génial mais aussi redoutable commerçant
Réduire Carlo Abarth à un mécanicien inspiré serait oublier une partie essentielle de son succès. Il comprend très tôt que la compétition coûte cher et qu’elle doit être soutenue par une activité commerciale rentable.
Les systèmes d’échappement deviennent l’un des piliers de l’entreprise. Ils promettent davantage de performances tout en donnant aux voitures une sonorité immédiatement reconnaissable. Les kits de préparation permettent parallèlement à des propriétaires de modèles populaires de s’offrir une petite part de l’univers de la course.
Le résultat prend une ampleur impressionnante : en 1962, Abarth produit environ 257 000 échappements, dont 65 % sont exportés. Derrière les records et les voitures minuscules se cache donc un véritable industriel. Carlo Abarth avait compris qu’une victoire le dimanche pouvait donner envie, le lundi, d’acheter une pièce portant le même Scorpion.
Crédit photo: Illustration Carlo Abarth a coté d’une de ses préparations
Pourquoi les petites Fiat correspondaient parfaitement à sa philosophie
La rencontre entre Abarth et les petites Fiat n’est pas seulement une affaire d’opportunité commerciale. Ces voitures correspondent parfaitement à sa manière de penser. Plutôt que partir systématiquement d’une automobile puissante et coûteuse, il préfère démontrer ce qu’il est possible d’obtenir d’une mécanique modeste grâce au poids, au réglage et à la préparation.
Les Fiat 500 et 600 deviennent ainsi des terrains d’expérimentation idéaux. Cylindrée augmentée, admission, échappement, refroidissement et châssis sont retravaillés jusqu’à transformer de paisibles citadines en redoutables petites sportives.
C’est là que la formule du « plus avec moins » prend tout son sens. Chez Carlo Abarth, la performance ne consiste pas uniquement à ajouter de la puissance. Elle vient de l’exploitation intelligente de chaque kilogramme et de chaque cheval disponible. Cette philosophie explique pourquoi son nom reste associé aux petites voitures nerveuses bien davantage qu’aux grandes GT.
Crédit photo: illustration Carlo Abarth après son régime
À 57 ans, Carlo Abarth maigrit pour retourner battre des records
Une anecdote résume mieux que beaucoup de discours le tempérament de Carlo Abarth. En 1965, alors qu’il a 57 ans et n’a plus rien à prouver comme pilote, il décide de reprendre lui-même le volant pour établir des records à Monza.
Un problème très concret se pose : son poids ne lui permet pas de s’installer correctement dans la monoplace particulièrement étroite prévue pour la tentative. Abarth entreprend alors un régime drastique et perd près de 30 kg, notamment en mangeant des pommes selon le récit entretenu par la marque. Il peut finalement prendre place dans la voiture et établir de nouveaux records.
L’histoire prête évidemment à sourire, mais elle dit beaucoup de l’homme. Après avoir bâti une entreprise reconnue internationalement, Carlo Abarth reste capable de s’imposer une transformation physique considérable simplement pour retourner chercher quelques records. La compétition n’était manifestement pas un outil publicitaire qu’il utilisait : elle faisait partie de sa personnalité.
Conclusion
Carlo Abarth était bien davantage que l’homme ayant apposé un Scorpion sur des Fiat. Pilote avant d’être constructeur, technicien autant qu’entrepreneur, il savait transformer une contrainte en avantage : un petit moteur pouvait devenir sportif, un échappement financer la compétition et la faillite de Cisitalia donner naissance à une nouvelle entreprise. Cette obsession du rendement explique sans doute mieux son héritage que n’importe quel modèle particulier. La marque a beaucoup changé depuis sa disparition en 1979, mais l’idée qu’une automobile modeste puisse devenir extraordinairement amusante porte encore directement son empreinte.
Nota Bene :
l’histoire de Carlo Abarth croise celles de Cisitalia, Ferdinand Porsche et Fiat, mais aussi celle des grands préparateurs européens qui ont transformé la compétition automobile en laboratoire technique et en véritable activité industrielle.
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