Voiture électrique d’occasion : bonne affaire aujourd’hui, invendable demain ?
Depuis le 1er septembre, la voiture électrique d’occasion bénéficie d’un nouveau coup de pouce. Une aide financée par les certificats d’économies d’énergie est désormais disponible pour certains véhicules électriques d’occasion et, ce 4 septembre, le gouvernement lance également un « Pacte de confiance » avec la filière automobile. L’objectif est clair : rassurer les acheteurs et développer un marché de seconde main indispensable pour rendre l’électrique accessible à davantage d’automobilistes.
L’idée paraît parfaitement logique. Toutes les voitures électriques ne peuvent pas rester éternellement des voitures neuves subventionnées. Pour démocratiser réellement cette motorisation, il faut qu’une électrique de quatre ou cinq ans puisse connaître une deuxième vie comme n’importe quelle voiture thermique.
Le nouveau dispositif prend d’ailleurs directement en compte l’une des principales inquiétudes des acheteurs : la batterie. Pour être éligible, le véhicule doit notamment conserver au moins 80 % de sa capacité initiale ou satisfaire à des critères d’autonomie résiduelle.
Voilà qui rassure au moment de signer le chèque.
Mais une autre question apparaît immédiatement : que vaudra cette voiture lorsqu’il faudra la revendre ?
Imaginons une électrique de cinq ans achetée aujourd’hui et conservée cinq années supplémentaires. Lorsqu’elle arrivera sur le marché avec dix ans au compteur, sa batterie pourra encore parfaitement fonctionner. Mais elle aura nécessairement vieilli et son autonomie pourra avoir diminué.
Surtout, elle devra affronter des voitures beaucoup plus récentes.
Personne ne sait exactement ce que proposeront les électriques neuves en 2031. Mais il paraît raisonnable de penser que les batteries, les vitesses de recharge et probablement les coûts auront encore progressé. Une voiture peut donc rester parfaitement fonctionnelle tout en devenant technologiquement beaucoup moins séduisante.
Nous connaissons déjà ce phénomène avec l’électronique. Un ordinateur de dix ans peut encore fonctionner parfaitement et accomplir toutes les tâches de son propriétaire. Sa valeur marchande n’en est pas moins devenue très faible parce que ce qui l’entoure a énormément progressé.
La voiture pose simplement un problème supplémentaire : elle coûte beaucoup plus cher.
Et la batterie n’est pas la seule inconnue.
Les électriques actuelles embarquent énormément d’électronique : grands écrans tactiles, calculateurs, systèmes multimédias, aides à la conduite et services connectés. Comment tous ces équipements vieilliront-ils lorsque les voitures auront dix ou douze ans ? Et surtout, combien coûtera le remplacement d’un écran ou d’un module électronique devenu indispensable au fonctionnement de plusieurs commandes ?
Ce problème concerne également les voitures thermiques modernes. Mais il prend une importance particulière sur des électriques dont une grande partie de l’attrait commercial repose justement sur leur technologie.
Cela ne signifie absolument pas qu’une électrique achetée d’occasion aujourd’hui deviendra invendable dans cinq ans. Certaines conserveront peut-être très bien leur valeur et la longévité réelle des batteries pourrait même rassurer progressivement le marché.
C’est précisément tout le problème : nous manquons encore de recul pour le savoir.
Les nouvelles aides vont réduire le coût d’entrée et les garanties sur l’état de la batterie peuvent lever une partie des inquiétudes. C’est utile. Mais l’acheteur d’une voiture d’occasion ne regarde pas uniquement son prix aujourd’hui. Il essaie aussi, même approximativement, d’imaginer ce qu’elle vaudra lorsqu’il voudra en changer.
Et sur ce point, le marché de la voiture électrique reste encore jeune.
Le véritable signe de maturité ne sera peut-être donc pas atteint lorsque nous vendrons énormément d’électriques neuves, ni même lorsque leurs prix d’occasion auront suffisamment baissé.
Il arrivera probablement le jour où quelqu’un pourra acheter sereinement une électrique de cinq ans sans se demander avec inquiétude combien elle vaudra lorsqu’elle en aura dix.
Nota Bene
Une forte décote peut être une excellente nouvelle pour celui qui achète une voiture d’occasion. Elle devient simplement beaucoup moins réjouissante lorsqu’arrive le moment de la revendre.
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