Personne consultant son téléphone en attendant quelqu’un en retard à un rendez-vous.
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Le téléphone a-t-il fait disparaître les vrais retards ?

Le retard n’a évidemment pas été inventé avec le téléphone portable. Il y a toujours eu ceux qui arrivent dix minutes avant l’heure et ceux pour lesquels un rendez-vous à 19 heures signifie plutôt « aux alentours de 19 heures ». En revanche, quelque chose a changé : autrefois, le retardataire était simplement en retard. Aujourd’hui, il nous tient informés de l’évolution de la situation.

Avant le téléphone portable, un rendez-vous à 19 heures était assez simple. À 19 h 10, personne. À 19 h 20, toujours personne. On commençait à s’agacer, voire à s’inquiéter, sans savoir si l’autre avait oublié, était tombé en panne ou allait surgir au coin de la rue.

Aujourd’hui, le même retard peut presque se suivre en direct.

À 18 h 55 : « Je pars dans cinq minutes. »
À 19 h 08 : « Ça y est, je suis parti. »
À 19 h 20 : « Ça roule mal. »
À 19 h 32 : « J’arrive dans dix minutes. »
À 19 h 47 : « Je cherche une place. »

Arrivée réelle : 19 h 55.

Le retardataire n’a donc pas disparu. Il est simplement devenu beaucoup plus communicatif.

Et le téléphone a introduit une subtilité remarquable : au lieu d’annoncer directement cinquante minutes de retard, il permet de les découper en plusieurs petits retards successifs. Chaque nouveau message ne demande que cinq ou dix minutes de patience supplémentaires. Psychologiquement, cela passe peut-être mieux. Chronologiquement, le résultat est exactement le même. Il existe d’ailleurs une expression devenue particulièrement élastique : « j’arrive ».

Chez certains, elle signifie « je suis à deux cents mètres ». Chez d’autres, « je viens de monter dans ma voiture ». Et pour les plus optimistes, elle peut probablement signifier « je vais commencer à me préparer ». Cela n’enlève évidemment rien à l’immense avantage du téléphone. Pouvoir prévenir évite d’attendre inutilement et permet de rassurer celui qui commence à s’inquiéter. Un embouteillage, un train retardé ou un imprévu peuvent arriver à tout le monde.

Mais la possibilité de prévenir a peut-être aussi rendu le retard plus facile à assumer. Puisque l’autre sait qu’on arrivera plus tard, avons-nous l’impression d’être un peu moins en retard ? Les ponctuels, eux, continuent généralement d’arriver en avance. Les éternels retardataires continuent d’arriver après tout le monde. La technologie n’a finalement pas changé les hommes. Elle a surtout offert aux retardataires un excellent service de suivi en temps réel.

Nota Bene :

Le fameux « je suis là » mérite également une certaine prudence. Selon les personnes, cela peut vouloir dire « devant la porte », « au bout de la rue » ou simplement « dans la bonne ville ».

À lire aussi : Règles locales : faut-il traiter un village comme une métropole ?

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