2035 : et si les voitures thermiques faisaient de la résistance ?
C’est un peu comme vouloir interdire la baguette en 2035 : sur le papier, tout le monde comprend les raisons. Dans les faits, personne n’a vraiment envie de s’en passer. L’interdiction des voitures thermiques neuves dans dix ans semble gravée dans le marbre européen… mais sur le terrain, la vieille essence et le bon vieux diesel ont encore de beaux restes.
Le paradoxe est saisissant. Chaque mois, les constructeurs alignent les modèles électriques comme à la parade, les aides d’État se multiplient, les bornes fleurissent partout — et pourtant, les chiffres ne mentent pas. Le thermique reste majoritaire dans les ventes, en particulier sur le marché de l’occasion, qui représente l’essentiel des achats en France. Les files d’attente ne sont pas devant les Tesla d’entrée de gamme, mais devant les centres autos qui proposent des Clio 4 à 9 000 euros.
Alors pourquoi cette résistance ? Peut-être parce que la voiture, ce n’est pas seulement un moyen de transport. C’est un objet émotionnel, un héritage familial, une extension de soi. Difficile de remplacer le bruit d’un V6 par un sifflement numérique. Et puis il y a le coût, bien sûr. Même avec bonus, leasing social et prime à la casse, beaucoup n’ont ni l’envie ni les moyens de sauter le pas. Acheter une électrique, aujourd’hui, c’est aussi miser sur une technologie encore jeune, parfois capricieuse, avec des valeurs résiduelles incertaines. Pas très rassurant.
Sans parler de l’infrastructure. Qui peut vraiment charger sereinement son véhicule en appartement ou en centre-ville ? Qui a envie de jouer à la roulette russe du pourcentage de batterie sur l’autoroute des vacances ? Même les plus convaincus finissent par se poser la question.
Et si cette résistance n’était pas un problème, mais un révélateur ? Celui d’une transition trop rapide, pensée à Bruxelles mais pas toujours ancrée dans la réalité du bitume. Une transition qui oublie que l’attachement à la voiture ne se décrète pas, pas plus qu’il ne se débranche. Un peu comme un klaxon dans un monastère, les slogans politiques sur la neutralité carbone font parfois grincer dans le silence des zones rurales.
2035 approche, mais la page du thermique, elle, semble vouloir se tourner en pointillés. Et peut-être est-ce mieux ainsi : une révolution douce, progressive, négociée… plutôt qu’un grand saut qui laisserait trop de monde sur le bord de la route.
Nota Bene :
On parle beaucoup d’interdiction, mais on oublie souvent la variable humaine. Or, une voiture, ce n’est pas qu’un moteur — c’est aussi un usage, un imaginaire, un lien au quotidien. Et ça, ça ne disparaît pas par décret.
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