Message volontairement truffé de fautes d’orthographe, illustration des difficultés à écrire correctement français.
|

Parler et écrire correctement est-il devenu facultatif ?

Il suffit de passer quelques minutes sur les réseaux sociaux pour avoir parfois une drôle d’impression. Non pas que tout le monde écrive mal, évidemment, mais certaines fautes semblent devenir tellement courantes qu’elles finissent presque par ne plus surprendre. Et parmi celles que l’on rencontre régulièrement apparaissent désormais des conjugaisons assez étonnantes : « vous avai » à la place de « vous avez », « j’avez » au lieu de « j’avais », ou d’autres mélanges de terminaisons qui donnent parfois le sentiment que le verbe est simplement écrit comme il est entendu.

Attention toutefois au piège du « c’était mieux avant ».

Nous lisons aujourd’hui quotidiennement les écrits spontanés de millions de personnes. Il y a trente ou quarante ans, une conversation entre amis, une réaction devant la télévision ou une discussion de comptoir ne laissait généralement aucune trace écrite. Les réseaux sociaux ont transformé une immense partie de nos conversations ordinaires en textes publics.

Il est donc difficile d’affirmer, simplement en parcourant Facebook ou d’autres plateformes, que les Français écrivent réellement moins bien qu’autrefois. Nous voyons surtout beaucoup plus ce qu’ils écrivent. Reste que certaines évolutions sont frappantes.

Les confusions entre « vous avez » et « j’avais » sont intéressantes parce qu’elles donnent l’impression d’une écriture de plus en plus phonétique. Le mot semble parfois construit à partir de sa sonorité plutôt que de sa fonction dans la phrase. Pour quelqu’un habitué à parler et écrire correctement, le « -ez » de « vous avez » est immédiatement associé à la deuxième personne du pluriel. Mais si seule la sonorité sert de repère, la différence avec « avais » devient beaucoup moins évidente.

On pourrait multiplier les exemples avec les participes passés, les infinitifs, les accords ou les homophones. Une faute occasionnelle n’a évidemment rien de dramatique. Tout le monde en fait, particulièrement lorsqu’un message est écrit rapidement sur un téléphone. Ce qui interpelle davantage, c’est lorsque certaines règles élémentaires semblent avoir complètement disparu du raisonnement.

Mais il existe un endroit où l’excuse du message écrit trop rapidement fonctionne beaucoup moins bien : les médias.

Sur les chaînes d’information en continu, journalistes, présentateurs, responsables politiques et « experts » passent des heures à parler devant des centaines de milliers de personnes. Et là encore, les oreilles sont parfois mises à rude épreuve.

Les liaisons inventées constituent un magnifique exemple. Entendre parler de « cent-z-avions » provoque toujours ce petit moment d’hésitation où l’on se demande d’où vient exactement ce mystérieux Z. Une faute commise en direct peut évidemment arriver à n’importe qui. Parler pendant plusieurs heures sans jamais trébucher sur un mot serait probablement impossible. Mais lorsque certaines erreurs reviennent régulièrement chez des professionnels dont la parole constitue précisément l’outil de travail, la tolérance peut légitimement être un peu moins grande.

Il ne s’agit pas non plus de figer la langue française dans le marbre.

Une langue vivante évolue. Des mots apparaissent, d’autres disparaissent, des expressions changent de sens et certaines règles finissent même par se simplifier. Le français que nous parlons aujourd’hui n’est pas celui du XIXe siècle et personne ne souhaiterait probablement revenir à toutes ses conventions.

Mais faire évoluer une langue et ne plus maîtriser ses règles élémentaires sont deux choses différentes.

La technologie devait pourtant nous aider. Correcteurs orthographiques, suggestions automatiques et désormais intelligence artificielle peuvent détecter quantité d’erreurs. Paradoxalement, cette assistance pourrait aussi nous inciter à moins réfléchir à la manière dont nous écrivons. Lorsque la machine corrige automatiquement, il devient moins nécessaire de comprendre pourquoi elle corrige. Et lorsqu’elle laisse passer une erreur grammaticalement plausible, celle-ci reste tranquillement en place.

Finalement, parler et écrire correctement ne consiste pas à connaître chaque exception de la langue française ni à transformer chaque conversation en dictée de concours. C’est simplement disposer d’un langage commun suffisamment maîtrisé pour que chacun puisse comprendre précisément ce que l’autre veut dire.

Les fautes ont toujours existé et continueront d’exister. La vraie inquiétude commencerait plutôt le jour où elles ne seraient même plus considérées comme des fautes.

Nota Bene :

La langue française peut évoluer, se moderniser et accueillir de nouveaux mots. Mais entre faire évoluer une langue et ne plus savoir conjuguer « avoir », il reste tout de même une petite nuance.

À lire aussi : Les phares modernes éclairent-ils mieux… au détriment de ceux qui arrivent en face ?

Si ce regard sur l’actualité vous parle, je publie un billet d’humeur chaque jour.

Ne ratez aucun billet d’humeur

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *