De Tomaso Mangusta bordeaux, voiture de collection italienne des années 60 avec capots papillon ouverts vue avant trois-quarts
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De Tomaso Mangusta : italienne rebelle au style tranchant

Dans les années 60, l’Italie produit des merveilles mécaniques : Ferrari domine la scène des GT, Lamborghini surprend tout le monde avec la Miura, et Maserati joue la carte du raffinement sportif. Mais au milieu de ce trio prestigieux, une marque plus marginale, plus rugueuse, décide de jouer sa propre partition, De Tomaso. Et son modèle le plus emblématique reste sans doute la De Tomaso Mangusta, une supercar au style tranchant, au tempérament sauvage et à l’histoire aussi tendue que son nom. Rare, brutale et terriblement séduisante, cette voiture de collection ne ressemble à aucune autre. Même à l’arrêt, la Mangusta semble prête à mordre l’asphalte.

Crédit photo: car.bonhams Shelby-De Tomaso P70

Shelby-De Tomaso P70  rouge coffre ouvert

De Tomaso Mangusta : une naissance sous tension

À l’origine du projet, un personnage haut en couleur, Alejandro de Tomaso, Argentin exilé en Italie, passionné de compétition, ingénieur autodidacte et patron autoritaire. En 1965, il collabore avec Carroll Shelby pour développer une voiture de course à moteur central arrière capable de concurrencer Ferrari sur piste. Ce prototype devient la Shelby-De Tomaso P70.

Mais rapidement, les deux hommes entrent en conflit. Shelby quitte le projet, laissant De Tomaso libre d’en faire ce qu’il veut. Plutôt que d’abandonner, il transforme la base technique en un modèle de route. C’est ainsi que naît la Mangusta, dont le nom signifie littéralement “mangouste”, l’animal capable de tuer un cobra… Une allusion à peine voilée à son ancien partenaire Carroll Shelby et sa célèbre Cobra.
Dès sa genèse, la Mangusta annonce la couleur, ce ne sera pas une voiture diplomatique.

Crédit photo: rmsothebys

Un style signé Giugiaro, aussi tranchant que symbolique

Si la Mangusta est restée dans les mémoires, c’est d’abord grâce à son design. Le coup de crayon est signé Giorgetto Giugiaro, alors chez Ghia, et il est tout simplement époustouflant. Basse, large, anguleuse, la voiture dégage une agressivité froide, presque futuriste pour l’époque.

Son capot arrière, composé de deux panneaux qui s’ouvrent en ailes de papillon, est devenu une signature. L’avant plongeant, les lignes nettes et la cellule de toit très étroite donnent à la voiture une allure de prédateur. Ce n’est pas une beauté classique comme une Ferrari 275 GTB : c’est un scalpel.
Le style de la De Tomaso Mangusta n’adoucit rien. Il affirme, coupe, tranche. Une esthétique qui colle parfaitement à la philosophie du modèle.

De tomaso Mangusta rouge avant droit

Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la De Tomaso Mangusta.

Une mécanique Ford, un tempérament explosif

Sous le capot arrière, on retrouve un V8 Ford, d’abord le 289 ci (4,7 L) puis le plus courant 302 ci (4,9 L), emprunté aux Mustang de l’époque. La puissance varie entre 230 et 270 chevaux selon les versions et les marchés, avec une boîte manuelle ZF à 5 rapports.
Ce mariage italo-américain donne un résultat étonnant : une voiture au design ultra-européen, mais à la mécanique typiquement US, robuste, sonore, pleine de couple. Elle abat le 0 à 100 km/h en environ 6 secondes et dépasse les 230 km/h en pointe. Rien d’exceptionnel pour aujourd’hui, mais pour 1969, c’est du lourd. Le V8 grogne comme une bête, pousse fort dès les bas régimes, et transforme chaque accélération en déclaration d’intention. Mais si la Mangusta impressionne sur le papier, la réalité du volant est… un peu plus brutale.

Crédit photo:classicnumber

De tomaso Mangusta bordeaux coffres ouverts

Une voiture difficile, mais fascinante à piloter

La répartition des masses est très déséquilibrée, environ 44/56, avec beaucoup trop de poids sur l’arrière. Le moteur est monté très en arrière, ce qui rend l’avant léger et imprécis à haute vitesse. La direction est floue, les freins souvent sous-dimensionnés, et le châssis manque de rigidité.

En courbe rapide, la Mangusta peut devenir traîtresse. Elle surprend, décroche brutalement et ne pardonne pas les excès d’optimisme. En ville, sa position de conduite décalée, son habitacle étroit et sa visibilité limitée la rendent peu pratique.
Mais malgré tout, elle dégage une aura magnétique. C’est une voiture qui demande du respect, qui ne se laisse pas apprivoiser facilement. Chaque virée est un bras de fer, chaque virage un défi. Une voiture “vivante”, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

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Crédit photo: artcurial

De tomaso Mangusta jaune arrière capots ouverts

Une carrière brève mais marquante

La De Tomaso Mangusta est produite entre 1967 et 1971, à seulement 401 exemplaires. Elle ne connaîtra jamais le succès commercial de ses concurrentes italiennes, et pour cause, elle est trop radicale, trop imparfaite, trop marginale pour séduire un large public.

Mais elle pose les bases d’une philosophie De Tomaso, faire différemment, oser l’inconfort au nom du caractère. En 1971, elle est remplacée par la Pantera, plus aboutie, mieux motorisée, mieux équilibrée… et surtout produite à plus grande échelle grâce à l’accord avec Ford.

La Mangusta, elle, reste un one-shot, une fulgurance.

Crédit photo: artcurial

La De Tomaso Mangusta aujourd’hui : culte et collection

Aujourd’hui, la Mangusta est une voiture extrêmement recherchée. Sa rareté, son design unique et son histoire mouvementée en font une pièce de collection très convoitée. Les prix ont explosé, un bel exemplaire dépasse souvent les 300 000 €, voire plus si la configuration est d’origine.
Elle reste aussi un symbole, celui de la voiture “imparfaite mais culte”. Ce n’est pas une GT docile, ni une supercar ultra-efficace. C’est une sculpture roulante, une déclaration d’indépendance mécanique.

Dans les concours d’élégance comme dans les rassemblements de voitures anciennes, la Mangusta ne laisse personne indifférent. Elle est comme une vieille chanson rock un peu mal enregistrée, mais qu’on aime pour son grain, son intensité, sa sincérité brute. On l’aperçoit même dans Kill Bill Vol. 2 : preuve que son aura rebelle continue de fasciner bien au-delà du monde automobile.

De tomaso Mangusta intérieur

Conclusion

La De Tomaso Mangusta, c’est l’anti-Ferrari par excellence, plus violente, moins polie, mais terriblement attachante. Son design radical, sa mécanique américaine et son comportement sauvage en font une légende atypique, comme Alejandro de Tomaso lui-même. Une voiture qui ne cherchait pas à plaire, et qui, justement, plaît encore plus aujourd’hui.

Nota Bene

La De Tomaso Mangusta symbolise cette époque où l’automobile était encore une affaire de passion, de bruit et de folie assumée.

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