Iso Grifo : la GT italo-américaine oubliée
Parmi les voitures de légende qui dorment à l’ombre des grands noms, l’Iso Grifo occupe une place à part. Ni Ferrari, ni Mustang, ni Maserati, elle appartient à une lignée discrète mais fascinante de GT des années 60–70 qui ont tenté un pari fou : marier la puissance brute des V8 américains au raffinement du design italien. Le résultat ? Une bombe roulante au charme irrésistible… que presque tout le monde a oubliée.
Crédit photo:carjager Iso Isetta
Les origines : d’Isetta à Iso Grifo
Avant de produire des bolides de plus de 300 chevaux, Iso Rivolta s’est fait connaître avec… des microcars. Oui, vraiment. Dans l’immédiat après-guerre, la marque italienne fabrique des scooters, des frigos, puis conçoit la célèbre Isetta, cette petite voiturette à porte frontale qui sauvera BMW de la faillite. C’est dire le grand écart.
Mais Renzo Rivolta, fondateur ambitieux et visionnaire, ne veut pas rester dans la petite voiture populaire. Dès le début des années 60, il s’allie à l’ingénieur Giotto Bizzarrini (ancien de Ferrari) pour concevoir une GT de haut vol, puissante, rapide, élégante… mais accessible à entretenir. Pour cela, pas question de réinventer la roue : le moteur sera américain.
Crédit photo: wikipedia Iso Grifo A3L
Iso Grifo, un design signé Bertone, par la main de Giugiaro
L’enveloppe de cette future fusée est confiée à un jeune styliste prometteur chez Bertone : Giorgetto Giugiaro. Il n’a même pas 25 ans lorsqu’il dessine l’Iso Grifo, mais son trait est déjà d’une maturité bluffante. Lignes basses, proportions parfaites, équilibre nerveux et sobre à la fois.
Vue de profil, la Grifo évoque un félin au repos : tendue, prête à bondir. Le capot interminable annonce ce qui se cache dessous, tandis que l’arrière tronqué accentue la compacité de l’ensemble. C’est une beauté froide, presque silencieuse, qui ne cherche pas à en faire trop… mais qu’on n’oublie pas.
Même face à une Ferrari Daytona ou une Maserati Ghibli, la Grifo tient son rang. Elle n’a pas le prestige de ses rivales, mais elle affiche une singularité fière, presque aristocratique. Une voiture qui vous toise au lieu de vous séduire.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de l’ Iso Grifo A3L
Versions, évolutions et raretés
Au fil des ans, plusieurs versions verront le jour. L’Iso Grifo A3/L, la première du nom, reste la plus élégante. Viennent ensuite la Series II (à partir de 1970) avec phares escamotables et lignes plus tendues, puis la fameuse Grifo 7 Litri, plus musclée encore, reconnaissable à son capot bombé.
En parallèle, quelques exemplaires reçoivent un moteur Ford 351 Cleveland, notamment après les tensions avec General Motors. Ces modèles sont aujourd’hui très rares.
Enfin, une poignée de cabriolets et prototypes spéciaux verront le jour, mais toujours en quantités minuscules. Au total, seulement 413 Grifo Série I et 78 Grifo Série II auraient été produites selon les estimations — ce qui en fait un modèle ultra-collectible aujourd’hui.
Crédit photo: radical-mag Iso Grifo 7L
Iso Grifo : une GT au cœur américain
Sous le capot, c’est une autre ambiance. Les premiers modèles embarquent un V8 Chevrolet Small Block de 5,4 litres, tout droit venu de la Corvette. Puis viendront des blocs plus gros encore, jusqu’au mythique 7 Litri, un Big Block de 7,0 litres et plus de 400 chevaux.
Le mariage est explosif : un châssis italien affûté, un moteur US fiable et brutal, une boîte manuelle à l’américaine. La voiture dépasse les 250 km/h, accélère comme un dragster, mais conserve un comportement de GT civilisée. Un monstre bien élevé, en somme.
Ce choix technique permet aussi de réduire les coûts et de faciliter l’entretien, notamment pour les clients américains. Car oui, la Grifo visait clairement les marchés export. Une italienne sans les caprices mécaniques des italiennes ? Le rêve.
Et quel son ! Le grondement du V8, rauque et profond, contraste avec le silence raffiné de l’habitacle. C’est un peu comme mettre un moteur de Mustang dans un costume sur mesure signé Armani. Inattendu… mais incroyablement efficace.
Crédit photo: dreamgarage.aubard Iso Grifo 7L intérieur
Une carrière courte, une cote en plein boom
La Grifo est lancée en 1965. Elle brille dans les salons, impressionne les journalistes, séduit quelques stars… mais reste une voiture d’initiés. Iso n’a ni le réseau, ni la force de frappe de Ferrari ou Maserati. Et surtout, le choc pétrolier de 1973 mettra un coup d’arrêt brutal à cette aventure démesurée.
L’usine ferme en 1974. Fin de l’histoire.
Et pourtant, la légende continue de grandir en silence.
Pendant des années, les Grifo ont circulé loin des radars, souvent mal connues, parfois sous-estimées. Puis les collectionneurs s’y sont intéressés. Aujourd’hui, les exemplaires en bon état dépassent souvent les 400 000 € aux enchères. Certains modèles rares frôlent le million.
Et à juste titre : entre le design signé Giugiaro, le V8 ricain, la rareté absolue et la qualité de fabrication, la Grifo a tout d’une icône. Il fallait juste du temps pour que le monde s’en aperçoive.
Crédit photo: carjager Iso Grifo A3L
L’âme d’un outsider, le charme d’une vraie GT
La force de l’Iso Grifo, c’est justement de ne pas avoir été fabriquée à la chaîne. Chaque exemplaire a une âme. Les finitions varient, les histoires aussi. On sent que chaque voiture a été assemblée par des mains qui y croyaient.
Elle n’est ni tout à fait italienne, ni vraiment américaine. Elle n’a pas cherché à copier, ni à plaire. Elle a simplement suivi son propre chemin. Et aujourd’hui, c’est précisément ce qui la rend si précieuse.
En croisant une Iso Grifo, on ne reconnaît pas toujours le modèle. Mais on sent que c’est quelque chose de rare. De singulier. Un peu comme si James Bond avait échangé son Aston Martin contre une Shelby en costume italien.
Conclusion
L’Iso Grifo est une œuvre d’art mécanique née entre deux mondes. Elle incarne l’audace d’un constructeur qui a osé rêver grand, sans se soucier des étiquettes. Et même si elle n’a pas laissé de descendance directe, son souvenir plane au-dessus des vraies GT : celles qui n’ont pas besoin de logo pour briller.
Nota Bene
Un V8 américain dans une robe italienne signée Giugiaro : l’Iso Grifo. Une GT rare, élégante, et radicale, pensée pour ceux qui aiment rouler à contre-courant.
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