Histoire de De Tomaso : l’Italo-argentin qui défia Ferrari
Quand on pense à l’âge d’or de l’automobile italienne, des noms comme Ferrari, Lamborghini ou Maserati viennent immédiatement en tête. Mais dans l’ombre de ces géants, un outsider s’est imposé avec une audace presque insolente : De Tomaso. Fondée par un Argentin exilé, la marque a su mêler style italien, mécanique américaine et ambition démesurée. Voici l’histoire de De Tomaso, un constructeur à la fois flamboyant et méconnu.
Crédit photo:wikipedia Alejandro De Tomaso

De l’Argentine à l’Italie : la trajectoire d’un homme
Alejandro De Tomaso naît en 1928 à Buenos Aires, dans une famille influente. Très jeune, il se passionne pour la mécanique et les courses automobiles. Il dispute même quelques Grands Prix dans les années 1950. Mais son engagement contre le régime de Juan Perón le pousse à l’exil.
Il débarque en Italie avec ses rêves et son tempérament volcanique. Il épouse Isabelle Haskell, héritière américaine et pilote elle-même, qui financera une bonne partie de ses projets. À Modène, il se fait rapidement un nom, tant par son caractère que par la qualité de ses voitures.
Charismatique, autoritaire, flamboyant, De Tomaso reste une figure à part. Il préférait arriver en retard mais en Pantera, que ponctuel mais banal. Il dirige sa marque comme un capitaine de navire en pleine tempête : en improvisant, souvent, mais toujours avec panache.
Crédit photo:caranddriver De Tomaso Mangusta
La création de De Tomaso Automobili
L’histoire industrielle commence à Modène en 1959, dans un atelier modeste. Alejandro De Tomaso, ancien pilote, fonde sa propre entreprise avec une idée simple mais ambitieuse : construire des voitures de sport capables de rivaliser avec Ferrari.
Mais plutôt que de copier servilement les recettes italiennes, De Tomaso prend un chemin de traverse. Il mise sur une alliance audacieuse entre carrosseries légères, dessinées dans le plus pur style transalpin, et moteurs puissants d’origine américaine. Un mariage inattendu, mais explosif.
Le premier modèle marquant, la Vallelunga, utilise un moteur Ford et un châssis à structure centrale innovant. Puis vient la Mangusta, plus bestiale, plus sculpturale, dessinée par Giorgetto Giugiaro. Le nom, qui signifie « mangouste », est une pique à peine voilée contre la Cobra de Carroll Shelby. Le ton est donné.
Crédit photo: wikipedia De Tomaso Pantera
La Pantera, mythe des années 70
C’est avec la Pantera, lancée en 1970, que De Tomaso entre véritablement dans la légende. Le design signé Tom Tjaarda pour Ghia est à couper le souffle : long capot, lignes tendues, allure fauve. Mais c’est surtout la mécanique qui étonne : un V8 Ford Cleveland de 5,8 litres, bourré de couple, facile à entretenir, rugissant comme un lion blessé.
Grâce au partenariat avec Ford, la Pantera est distribuée aux États-Unis via le réseau Lincoln-Mercury. Elle devient un succès immédiat outre-Atlantique : près de 7000 exemplaires vendus en quelques années, un exploit pour un petit constructeur italien. Elle incarne à la perfection une époque de liberté, d’excès, de style affirmé. Un rêve de puissance accessible.
Mais le succès ne dure qu’un temps. Des soucis de fiabilité, une finition en deçà des standards américains et des normes de sécurité plus strictes freinent la progression du modèle. En 1975, Ford jette l’éponge. La Pantera poursuit sa carrière en Europe, plus discrètement, jusqu’en 1993.
Une marque aux multiples visages
Si la Pantera a éclipsé les autres modèles, De Tomaso a pourtant expérimenté de nombreuses pistes. La Vallelunga, avec son châssis central, préfigurait des solutions techniques réutilisées plus tard par d’autres constructeurs. La Mangusta, nerveuse et radicale, reste un chef-d’œuvre de design brutaliste (vu dans Kill Bill).
De Tomaso s’est aussi essayé à la moto (via Moto Guzzi et Benelli) et à la Formule 1. En 1970, son écurie équipe brièvement Frank Williams, sans grand succès. Il rachète même Maserati dans les années 1970, avant de la revendre après une série de modèles en demi-teinte.
Derrière chaque décision, on sent l’envie de faire différemment, de surprendre, de casser les codes. Comme mettre une 2CV sur un circuit de F1 juste pour le plaisir de choquer — voilà l’esprit De Tomaso.
Crédit photo:carjager De Tomaso Vallelunga
Crises, rachats et déclin progressif
Mais comme souvent dans l’histoire de l’automobile, l’audace ne suffit pas à survivre. Après l’âge d’or des années 70, la marque entre dans une phase d’instabilité chronique.
Le partenariat avec Ford, qui avait permis la distribution massive de la Pantera aux États-Unis, s’interrompt brutalement. La marque, privée de son principal soutien financier et logistique, vacille. Malgré les efforts d’Alejandro De Tomaso pour maintenir la production et lancer de nouveaux modèles comme la Deauville ou la Longchamp, l’intérêt du public s’effrite.
Dans les années 1990, De Tomaso tente un virage vers des véhicules plus bourgeois. Mais le design ne suit plus, les moyens sont limités, et la concurrence est rude. La marque entre alors dans un cycle de rachats, de relances ratées et de mises en sommeil. De Tomaso devient une silhouette floue dans le rétroviseur de l’histoire automobile.
Crédit photo:gallery-aaldering De Tomaso Mangusta
Héritage et influence durable : histoire de De Tomaso
Si De Tomaso n’a jamais atteint les volumes de Ferrari ou Lamborghini, son empreinte est bien réelle. L’histoire de De Tomaso est celle d’un esprit rebelle, d’une volonté farouche de tracer sa propre route.
Son approche hybride – esthétique européenne et mécanique américaine – a ouvert la voie à d’autres projets transatlantiques. Sa volonté d’indépendance, face aux géants de l’industrie, inspire encore aujourd’hui certains artisans du haut de gamme. Et sa signature visuelle, à la fois tendue et brutale, reste reconnaissable entre mille.
De Tomaso a aussi profondément marqué les esprits par sa personnalité : son fondateur, Alejandro, était tout sauf tiède. Entre coups de sang, coups de bluff, et coups de génie, il a construit une légende plus grande que ses voitures.
Conclusion
L’histoire de De Tomaso est celle d’un combat inégal, d’un rêve industriel porté à bout de bras par un homme seul contre tous. Une marque à la fois excessive et visionnaire, qui a su se tailler une place dans le cœur des passionnés, malgré les tempêtes.
Aujourd’hui, on redécouvre peu à peu son héritage. Les Pantera s’arrachent, les Mangusta fascinent, et même les projets avortés suscitent la curiosité. De Tomaso n’est peut-être plus là, mais son esprit de défi, lui, vrombit toujours quelque part sur les routes du mythe.
Nota Bene
De Tomaso, c’est un peu comme une vieille chanson rock : pas toujours bien enregistrée, parfois bancale… mais avec une énergie brute et irrésistible. Et une sincérité qu’on ne retrouve plus dans les refrains d’aujourd’hui.
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