Main d’un conducteur utilisant l’écran tactile central d’une Tesla Model 3 pour modifier les réglages de conduite, illustrant les risques de distraction au volant.
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Écrans tactiles en voiture : le progrès au détriment de la sécurité ?

Les écrans tactiles en voiture sont devenus le symbole de la modernité automobile. Toujours plus grands, toujours plus nombreux, ils remplacent progressivement les boutons et les commandes traditionnelles. Mais une étude présentée le 21 octobre par l’assureur Allianz vient rappeler une évidence que les constructeurs semblent parfois avoir oubliée : conduire exige avant tout de regarder la route.
Et certaines innovations pourraient bien compliquer cette tâche élémentaire.

L’étude, qui s’appuie notamment sur l’analyse de plus de 34 000 accidents et sur des expérimentations, met en évidence le rôle considérable de la distraction au volant. Celle-ci interviendrait comme cause ou facteur contributif dans environ un accident sur trois.
Plus inquiétant encore, certaines interfaces tactiles obligeraient les conducteurs à détourner leur regard jusqu’à trois secondes supplémentaires pour effectuer une opération identique à celle réalisée avec une commande classique.

Trois secondes, cela paraît insignifiant. Pourtant, à 130 km/h, une voiture parcourt environ 108 mètres pendant ce laps de temps.
Autrement dit, plus que la longueur d’un terrain de football.

Les chercheurs ont également comparé, dans plusieurs simulations, les conséquences de la distraction avec celles d’une alcoolémie de 0,8 g/l. Dans quatre scénarios, les résultats liés à la distraction se sont révélés plus dangereux. Cela ne signifie évidemment pas que tous les écrans seraient plus dangereux que l’alcool, mais la comparaison mérite réflexion. Car voilà le paradoxe.

Jamais les automobiles n’ont embarqué autant de technologies destinées à protéger leurs occupants. Freinage automatique, surveillance des angles morts, maintien dans la voie, détection de fatigue : les systèmes de sécurité se multiplient. Et pendant ce temps, pour régler une ventilation ou modifier une température, certains conducteurs doivent naviguer dans des menus sur un écran tactile.

Une opération qui nécessitait autrefois un simple mouvement de la main peut désormais imposer plusieurs gestes et autant de regards détournés.
Bien sûr, il ne s’agit pas de condamner les écrans. Ils sont particulièrement utiles pour la navigation, les caméras de recul ou l’affichage d’informations complexes. Mais pourquoi leur confier systématiquement des fonctions qui étaient parfaitement accessibles avec un bouton ?

L’argument de la modernité paraît d’autant moins convaincant que les automobilistes eux-mêmes semblent réclamer un retour aux commandes physiques. Et ce ne sont pas seulement les conducteurs les plus âgés. Selon l’enquête Allianz, une large majorité des jeunes de 18 à 25 ans interrogés souhaite également retrouver des boutons pour les fonctions essentielles. Voilà qui devrait faire réfléchir les constructeurs.

Peut-être faudra-t-il finalement reconnaître qu’un habitacle moderne n’est pas celui qui possède le moins de boutons, mais celui qui permet de conduire sans avoir à réfléchir à la manière de les remplacer.

Nota Bene :

Il serait tout de même assez ironique que l’industrie automobile dépense des milliards pour développer des systèmes capables de surveiller la route à la place du conducteur, tout en lui imposant des écrans qui l’obligent à regarder ailleurs. Et si le prochain grand progrès technologique consistait simplement à remettre quelques boutons sur les tableaux de bord ?

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