Tu parles à qui ? À mon appli IA. C’est grave, docteur ?
— Salut.
— Salut.
— Tu parles à moi ?
— Non, à mon appli.
Bienvenue en 2025, l’année où l’on s’adresse plus à une intelligence artificielle qu’à son voisin de bus.
Aujourd’hui, tout le monde a son appli IA dans la poche. Elle complète tes phrases, prévoit ton itinéraire, te suggère ce que tu veux manger avant même que tu aies faim. Elle écoute. Elle comprend. Elle apprend. Et elle t’écoute encore.
C’est pratique, c’est bluffant, c’est inquiétant ? À chacun sa réponse.
Le matin, c’est elle qui te réveille avec une voix douce. Ensuite, elle te résume l’actualité, planifie ta journée, te propose une playlist “motivation” et t’indique que tu n’as plus de lait. À midi, elle sait que tu as envie d’un pad thaï, que tu n’as pas le temps de cuisiner et que tu es un peu tendu depuis ton appel avec ton banquier.
Le soir, elle détecte ton coup de mou et te propose une vidéo de chatons pour remonter la pente. Et ça marche.
Mais au fait, quand as-tu pris une décision par toi-même pour la dernière fois ?
On nous avait promis des outils. On a reçu des oracles.
Et surtout : on leur parle.
Pas juste des ordres à la Siri façon “mets la minuterie sur 10 minutes”. Non. On leur parle comme à un pote. “Tu trouves pas que j’ai l’air fatigué aujourd’hui ?” “Tu penses qu’elle va répondre à mon message ?” “Je fais quoi ce week-end ?”
Et l’appli, elle répond. Elle suggère. Elle rassure.
Comme un psy, sans le canapé.
Alors oui, c’est bluffant. On gagne du temps. On évite les frictions. Mais on perd quoi, exactement ?
Un peu de spontanéité ? De vie réelle ? D’incertitude peut-être ?
Ou juste la possibilité de se tromper, de tâtonner, de choisir tout seul.
Et si c’était justement là que résidait la vraie intelligence ?
Comme un klaxon dans un monastère, ces applis IA bousculent nos routines. Elles enchantent notre quotidien tout en grignotant notre libre arbitre, un rappel de rendez-vous après l’autre.
Alors, est-ce que c’est grave, docteur ? Peut-être pas. Mais ça mérite qu’on en parle. Avec un humain, cette fois.
Nota Bene :
L’IA dans ta poche te connaît mieux que ton meilleur ami ? C’est peut-être le moment de reprendre un café avec lui. Le vrai. Pas l’avatar.
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