Mercedes camouflée sur une chaîne de production automobile en Allemagne.
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Peut-on encore fabriquer une voiture européenne en Europe ?

Mercedes vient de jeter un sacré pavé dans la mare. Le constructeur estime que sa production en Allemagne n’est plus suffisamment compétitive face aux standards internationaux. Et si les coûts ne baissent pas, une usine d’assemblage et une usine de groupes motopropulseurs pourraient à terme fermer leurs portes. Rien n’est décidé, Mercedes affirme même vouloir conserver tous ses sites allemands, mais le simple fait que l’hypothèse soit désormais évoquée en dit déjà beaucoup.

Car Mercedes n’est évidemment pas n’importe quel constructeur et l’Allemagne n’est pas n’importe quel pays automobile. Si une voiture européenne devient trop chère à fabriquer au cœur même de l’industrie automobile européenne, une question finit forcément par se poser : que voulons-nous exactement ?
Nous voulons préserver les emplois industriels en Europe. Nous voulons que les salariés européens bénéficient de salaires corrects, d’une protection sociale et de bonnes conditions de travail. Nous voulons des usines respectant des normes environnementales exigeantes. Nous voulons des voitures toujours plus sûres, moins polluantes et de plus en plus sophistiquées. Nous voulons réussir en quelques années une transition technologique majeure vers l’électrique. Et, évidemment, nous voulons que ces voitures restent abordables.

Pris séparément, chacun de ces objectifs paraît parfaitement défendable. C’est lorsqu’on les additionne que l’équation commence à devenir intéressante. Parce que tout cela coûte de l’argent.

Un salarié allemand ne coûte pas la même chose qu’un salarié employé dans certaines régions du monde où se développent aujourd’hui les nouvelles puissances automobiles. Une usine européenne supporte également des contraintes, des investissements et des coûts énergétiques qui ne sont pas nécessairement identiques à ceux de ses concurrentes.

Pendant ce temps, les constructeurs chinois progressent avec des voitures électriques de plus en plus convaincantes et souvent très agressives sur les prix. La réponse européenne consiste alors parfois à demander à nos constructeurs de devenir plus compétitifs. Très bien. Mais comment ?

On peut améliorer la productivité, automatiser davantage, simplifier les gammes ou réduire certaines dépenses. Il existe certainement encore des économies possibles dans des groupes automobiles gigantesques qui ne sont pas précisément connus pour fonctionner comme de petites entreprises familiales.

Mais lorsque cela ne suffit plus, la réduction des coûts finit généralement par arriver quelque part : emplois supprimés, salaires contenus, fournisseurs pressurés ou production déplacée vers des pays moins chers. Et nous découvrons alors que nous voulions également conserver les emplois.

Le cas Mercedes doit évidemment être regardé avec un minimum de recul. Lorsqu’un constructeur explique à ses salariés que certaines usines pourraient fermer si les coûts ne diminuent pas, il ne produit pas une étude universitaire désintéressée sur la compétitivité européenne. Il négocie aussi. Les représentants du personnel contestent d’ailleurs cette pression.

Mais Mercedes n’est pas seul à réduire ses coûts. Volkswagen mène également une restructuration importante et l’inquiétude touche une partie beaucoup plus large de l’industrie automobile allemande. Des dizaines de milliers de salariés du secteur viennent encore de manifester. Le problème dépasse donc largement deux éventuelles fermetures d’usines. Nous avons longtemps vécu avec une répartition assez confortable : les marques européennes concevaient des voitures en Europe, en fabriquaient une grande partie ici et pouvaient les vendre suffisamment cher pour financer cet écosystème.

La mondialisation avait déjà sérieusement bousculé ce modèle. L’arrivée de concurrents chinois capables de maîtriser une grande partie de la chaîne de valeur de la voiture électrique ajoute désormais une pression supplémentaire. Alors nous parlons de souveraineté industrielle. L’expression est séduisante. Mais la souveraineté possède elle aussi un prix.

Si produire une voiture en Europe coûte davantage que la produire ailleurs, il faut bien que quelqu’un absorbe la différence. Le constructeur peut réduire sa marge. Le salarié peut accepter une pression sur sa rémunération. Les pouvoirs publics peuvent soutenir l’industrie. Ou le client peut payer sa voiture plus cher. Aucune de ces solutions n’est particulièrement enthousiasmante. Et c’est peut-être là que se trouve la véritable contradiction.

Nous voulons continuer à acheter européen, mais nous comparons naturellement les prix. Nous voulons préserver nos usines, mais nous apprécions les voitures moins chères. Nous voulons maintenir notre modèle social, tout en demandant à ceux qui le financent de rivaliser avec des pays dont les coûts de production sont différents. Il ne s’agit donc pas de choisir entre fermer les frontières ou fermer les usines. Le problème est beaucoup plus compliqué que cela.

Mais si nous voulons réellement continuer à fabriquer des voitures en Europe, il faudra probablement commencer par accepter une évidence assez désagréable : fabriquer européen doit encore avoir une valeur suffisante pour que quelqu’un accepte d’en payer le prix. Sinon, nous conserverons peut-être longtemps de très belles marques européennes. Simplement, leurs voitures seront de moins en moins fabriquées en Europe.

Nota Bene :

Une voiture peut conserver un logo allemand, français ou italien quel que soit l’endroit où elle est assemblée. Pour une usine et ses salariés, la différence est tout de même assez importante.

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