Chasse traditionnelle loi alouette retoquée par le conseil d'état. Alouette des champs

Chasse traditionnelle : combien d’électeurs pour changer une loi ?

Parfois, il suffit de quelques dizaines de voix pour faire trembler tout l’appareil d’État. On croyait la question réglée, mais voilà qu’une nouvelle fois, le gouvernement s’est vu retoqué par le Conseil d’État à propos de la chasse à l’alouette – une pratique déjà interdite par l’Europe, mais dont certains élus ne veulent visiblement pas faire le deuil.
La méthode ? Faire voter un arrêté ministériel pour tenter de passer outre la directive “oiseaux”, le tout sous couvert de “patrimoine culturel” et de traditions locales. Mais ce qui frappe, ce n’est pas la ténacité des chasseurs : c’est l’énergie déployée pour défendre une cause qui ne concerne, soyons honnêtes, qu’une poignée de personnes dans quelques villages du Sud-Ouest.

On peut s’interroger : combien d’électeurs sont concernés, en réalité ? Une centaine ? Deux cents ? Peut-être moins. À ce niveau de détail, on touche au micro-lobby, à la faveur politique accordée à une minorité ultra-ciblée.
Ce qui surprend le plus, c’est de voir combien de temps, d’énergie et de ressources publiques peuvent être mobilisés pour faire plaisir à un tout petit groupe d’intérêts. Rédaction de textes officiels, recours devant le Conseil d’État, argumentaires tirés par les cheveux sur la “culture rurale”… tout cela pour permettre à quelques dizaines de personnes de tendre des filets pour attraper des oiseaux dont la population s’effondre déjà.

Évidemment, il serait naïf de penser que cette mobilisation est désintéressée. Les motivations sont rarement purement “patriotiques” ou “culturelles”.
Dans la plupart des cas, il s’agit avant tout de fidéliser un noyau d’électeurs, d’assurer la paix sociale dans sa circonscription, ou de marquer des points face à un adversaire politique local.
Quand on connaît la réalité de la vie parlementaire, on sait que ce type d’initiative vient souvent d’un élu du coin, qui joue la carte du “petit patrimoine” pour séduire ses électeurs… quitte à mobiliser l’appareil d’État pour une cause ultra-marginale.

Mais derrière cette affaire de chasse, il y a une question de fond : où sont les priorités de nos élus ? À force de multiplier les dérogations, les petites lois de circonstance et les exceptions “culturelles”, ne finit-on pas par perdre de vue l’intérêt général ?
Combien de temps, d’argent public et d’énergie seraient mieux investis dans la sauvegarde réelle de la biodiversité, dans l’éducation, dans la santé ?
On a parfois l’impression que l’État français, champion du compromis permanent, n’a pas fini de racler les fonds de tiroir électoral pour quelques voix de plus.

Alors, pourquoi mobiliser toute la machine administrative pour défendre une pratique déjà interdite, condamnée par l’Europe et jugée contraire à la protection de la nature ? Peut-être parce que, pour certains, chaque voix compte… plus que chaque alouette.

Nota Bene :

L’affaire de la chasse traditionnelle rappelle à quel point la politique peut s’occuper des plus petits détails… quand il s’agit de sauver quelques voix. Au final, ce sont souvent les oiseaux qui trinquent.

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