Augmentation du prix des transports en commun, quand l’État demande une chose et son contraire
Il y a des décisions qui laissent perplexe. Et puis il y a celles qui donnent l’impression qu’on se moque un peu du monde. Doubler le prix des billets des transports en commun, préconisation du gouvernement auprès des régions, appartient clairement à la seconde catégorie. Car comment peut-on, dans le même temps, exhorter les citoyens à abandonner leur voiture, multiplier les ZFE, vanter les mérites de la mobilité durable… et rendre les transports collectifs plus chers ?
Le message devient illisible. D’un côté, on explique que la pollution est l’ennemi public numéro un, que la voiture doit reculer, que le report modal est une priorité absolue. De l’autre, on renchérit le coût du bus, du métro ou du train du quotidien. C’est comme demander à quelqu’un de prendre l’escalier tout en retirant une marche sur deux. Forcément, ça coince.
Soyons honnêtes. L’argument économique, on le connaît. Les billets ne couvrent qu’une partie du coût réel des transports en commun. Le reste est financé par les collectivités, donc par l’impôt. Très bien. Mais si l’objectif affiché est de faire monter davantage de monde dans les rames et les bus pour réduire la pollution, la logique voudrait qu’on cherche ailleurs les économies nécessaires. Rationalisation, organisation, investissements mieux ciblés, priorités claires. Pas un simple coup de massue tarifaire.
Car dans la vraie vie, l’augmentation du prix des transports en commun ne touche pas un concept abstrait. Elle frappe les salariés, les étudiants, les retraités, ceux qui n’ont souvent déjà pas beaucoup de marges de manœuvre. Pour beaucoup, le choix n’est pas idéologique. Il est contraint. Et quand le ticket augmente, certains font un calcul simple, parfois brutal, reprendre la voiture devient, paradoxalement, plus supportable financièrement.
On nous parle d’écologie, de transition, de mobilité vertueuse. Mais une transition qui coûte toujours plus cher à l’usager ressemble vite à un slogan creux. Peut-on vraiment promouvoir les transports en commun tout en les rendant moins accessibles ? La question mérite d’être posée, et elle n’a rien de polémique. Elle relève du simple bon sens.
À force de demander une chose et son contraire, le discours public finit par perdre toute crédibilité. Et c’est dommage, car l’idée de développer des transports collectifs efficaces, abordables et attractifs est non seulement pertinente, elle est nécessaire. Encore faut-il que les décisions suivent les intentions. Sinon, le message sonne faux, comme un klaxon dans un monastère.
Nota Bene :
La mobilité ne se décrète pas à coups de slogans, elle se construit avec des choix cohérents. Rendre les transports en commun plus chers tout en promettant un air plus propre, c’est envoyer un signal brouillé. Et les citoyens, eux, comprennent très vite quand la logique disparaît.
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