CESE, agences, experts : combien de fantômes payons-nous ?
2 500 euros nets par mois pour quatre jours de présence, plus des indemnités, et un taux de production d’avis digne d’un blog en sommeil : voilà le tableau dressé cette semaine par un rapport parlementaire sur le CESE. Le Conseil économique, social et environnemental, troisième assemblée de la République, ressemble de plus en plus à un club feutré pour privilégiés désœuvrés. Et pourtant, ce n’est qu’un arbre dans une forêt bien plus dense : celle des agences publiques, des comités consultatifs, des autorités “indépendantes”, tous bien dotés, tous peu visibles.
Les chiffres sont là, et ils piquent. Les 175 conseillers du CESE touchent donc l’équivalent d’un salaire confortable pour ce qui revient, en moyenne, à quatre journées mensuelles de présence. Sur les douze derniers mois, seuls 38 d’entre eux ont participé à la rédaction d’un avis. Et pendant ce temps, les 154 agents permanents de l’institution jouissent d’un salaire moyen de 5 900 euros bruts… et de 54 jours de congés par an, dont douze “jours CESE” (qu’on découvre au passage), plus six jours pour Noël. Une vraie colonie de vacances. Payée par nous.
Ce n’est pas tant le CESE en lui-même qui pose question que ce qu’il révèle. Car des structures comme celle-ci, il y en aurait plus de 2 000 en France. Certaines utiles, d’autres absurdes, beaucoup opaques. Et surtout, personne — même pas l’État — ne sait précisément combien de fonctionnaires y sont détachés. On avance dans un brouillard de chiffres flous, de missions floues, de budgets peu détaillés, et de responsables toujours convaincus de leur utilité. Qui contrôle vraiment ces entités ? Qui lit leurs travaux ? Et surtout : qui les finance ? (bon, celle-là, on sait.)
Pendant que la Cour des comptes tire la sonnette d’alarme sur le déficit, pendant que la dette s’emballe et que les écoles fuient sous la pluie, on entretient avec soin un monde parallèle fait d’auditions rares, de rapports confidentiels et de fauteuils moelleux. Il y a comme un air de fonction publique invisible, mais dorée à l’or fin. Un air de privilèges qu’on pensait abolis avec la noblesse de robe, mais qui survivent dans les plis feutrés des institutions sans écho.
Alors non, ce n’est pas une ligne du budget qui va renverser la République. Mais dans une maison qui prend l’eau, ce sont parfois les petites fuites ignorées qui finissent par pourrir les fondations. Et là, les fuites sont bien planquées, mais abondantes. Comme les congés.
Nota Bene :
En 2025, l’État compte encore des dizaines d’agences publiques dont il ignore les effectifs exacts. C’est un peu comme perdre les clés de son coffre… mais avec 34 millions dedans.
À lire aussi : Le billet d’humeur d’hier