Pourquoi la Lamborghini Countach était-elle le poster des années 80 ?
La Lamborghini Countach est devenue dans les années 80 bien davantage qu’une supercar italienne. Dans les chambres d’adolescents, en Europe comme aux États-Unis, elle partageait les murs avec la Porsche 911 Turbo, la Ferrari Testarossa et, à la fin de la décennie, la Ferrari F40. Pourtant, avec ses portes en élytre et sa silhouette invraisemblablement basse, elle semblait appartenir à un autre monde.
Le paradoxe est que cette icône des années 80 était déjà ancienne. Marcello Gandini dessine la LP500 présentée au Salon de Genève en 1971 et la première LP400 de série apparaît en 1974. Mais en évoluant, la Countach va progressivement abandonner la pureté de ses débuts pour devenir encore plus spectaculaire. Exactement au moment où toute une génération cherche la voiture ultime à accrocher au-dessus de son lit.
Crédit photo: Illustartion Lamborghini Countach LP400
La Lamborghini Countach semblait venir du futur
La Lamborghini Countach est devenue une icône parce qu’aucune autre supercar ne ressemblait vraiment à cette sculpture dessinée par Marcello Gandini. Lorsque le prototype LP500 apparaît au salon de Genève en 1971, ses proportions semblent presque irréelles. La LP400 commercialisée à partir de 1974 conserve cette architecture spectaculaire. Le pare-brise est extrêmement incliné, la carrosserie forme un coin, le moteur V12 se trouve derrière les occupants et les célèbres portes s’ouvrent vers le ciel. Même son nom paraît exotique.
Le plus fascinant est peut-être la résistance de ce dessin au temps. Lorsque les années 80 commencent, la Countach approche déjà de ses dix ans. Pourtant, elle ne ressemble absolument pas à une voiture ancienne. Au contraire, son dessin semble correspondre parfaitement à cette décennie qui aime les formes géométriques, la technologie et une certaine vision du futur. Aujourd’hui devenue une voiture de collection extrêmement recherchée, la première LP400 apparaît presque délicate comparée aux versions qui vont suivre. Car la Countach des posters est généralement beaucoup plus exubérante.
Crédit photo: Illustration circulation en France dans les années 70
Face aux voitures des années 70, la Countach semblait irréelle
Pour comprendre le choc provoqué par la Lamborghini Countach, il faut oublier quelques instants les supercars modernes et regarder les voitures qui circulaient réellement dans les rues européennes des années 70. En France, le paysage automobile était peuplé de Renault 16, Peugeot 504, Citroën 2 CV, Renault 5 ou Simca 1100. Des voitures relativement hautes, étroites, aux formes simples et conçues avant tout pour transporter une famille.
Même les automobiles sportives que l’on pouvait occasionnellement croiser restaient visuellement beaucoup plus conventionnelles. Une Porsche 911 attirait évidemment les regards et une Alpine A110 attirait immédiatement l’œil par sa silhouette extrêmement basse et sportive, mais ni l’une ni l’autre ne donnait l’impression d’appartenir à un autre siècle. Et surtout, même dans une grande ville, en rencontrer une n’était pas un spectacle quotidien.
Imaginez alors une Countach au milieu de cette circulation. Avec à peine plus d’un mètre de hauteur, son pare-brise couché, son immense largeur et ses portes qui se levaient verticalement, elle ne ressemblait presque plus au même objet. La différence n’était pas celle qui sépare aujourd’hui une berline d’une supercar.
Elle donnait véritablement l’impression qu’une voiture venue du futur s’était trompée d’époque. Elle matérialisait quelque chose que l’on ne rencontrait pratiquement jamais dans la vie quotidienne. Et pour beaucoup, le poster était justement le seul endroit où l’on pouvait la voir tous les jours.
Dans les années 80, la Countach devient encore plus extravagante
Dans les années 80, la Countach abandonne progressivement la pureté de ses débuts pour devenir la supercar spectaculaire dont toute une génération se souvient. La transformation avait commencé avec la LP400 S et ses ailes élargies, mais elle va se poursuivre avec la LP500 S puis la 5000 Quattrovalvole.
Les pneus arrière deviennent gigantesques, les extensions d’ailes accentuent encore la largeur de la voiture et les prises d’air semblent se multiplier. À cela s’ajoute le fameux aileron arrière que l’on retrouve sur tant de photographies de l’époque.
Son efficacité aérodynamique était pourtant discutable. Il augmentait notamment la traînée et pouvait pénaliser la vitesse maximale. Mais quelle importance lorsque la voiture terminait sur un poster ? Cet appendice rendait simplement la Countach encore plus folle.
C’est probablement l’une des clés de son succès. Là où certaines voitures vieillissent en devenant plus sages, la Lamborghini fait exactement l’inverse. Plus les années passent, plus elle ressemble à l’idée qu’un adolescent des années 80 pouvait se faire d’une supercar absolue.
Crédit photo: Illustration moteur V12 de la Countach
Un V12 et des chiffres qui faisaient rêver avant Internet
Le V12 Lamborghini joue évidemment un rôle immense dans la légende de la Countach. Dans les années 80, douze cylindres installés derrière les occupants suffisent déjà à placer une automobile dans une catégorie inaccessible au commun des mortels. La cylindrée progresse au fil des versions, jusqu’au V12 de 5,2 litres à quatre soupapes par cylindre de la 5000 Quattrovalvole. Les puissances annoncées et les performances alimentent les magazines automobiles, tandis que la barre symbolique des 300 km/h nourrit les conversations.
Il faut surtout replacer ces chiffres dans leur époque. Pas de vidéos embarquées accessibles instantanément, pas de centaines d’essais disponibles sur un téléphone et encore moins de réseaux sociaux montrant chaque nouvelle supercar quelques minutes après sa présentation. On rêvait devant une photographie et quelques lignes imprimées dans un magazine.
La Countach possédait alors un avantage extraordinaire. Même complètement immobile, elle donnait déjà l’impression d’aller vite. Ses performances réelles comptaient évidemment, mais l’imaginaire qui les entourait était peut-être encore plus puissant. V12, Lamborghini, 300 km/h, portes en élytre, il suffisait de quelques mots pour fabriquer un rêve.
Crédit photo: Illustration poster portes ouvertes
Posters, miniatures et cinéma ont transformé la Countach en star
La Countach devient véritablement un phénomène populaire lorsqu’elle sort du cercle des passionnés d’automobile. Posters, calendriers, cartes, miniatures et magazines permettent à des millions de jeunes de connaître une voiture qu’ils n’auront probablement jamais l’occasion de voir dans la rue. Le cinéma amplifie encore le phénomène. En 1981, une Countach noire ouvre notamment The Cannonball Run dans une séquence spectaculaire qui contribue fortement à sa popularité américaine. D’autres apparitions suivront et la Lamborghini devient progressivement un symbole immédiatement compréhensible de richesse, de vitesse et d’excès.
Les fabricants de miniatures et de jouets font le reste. La Countach peut désormais être posée sur une étagère, conduite sur un circuit miniature ou accrochée au mur. C’est tout le paradoxe du poster automobile. Plus une voiture était inaccessible, plus il devenait facile de la posséder. Il suffisait de l’accrocher dans sa chambre.
Et contrairement à une image aperçue quelques secondes sur un écran aujourd’hui, ce poster pouvait rester là pendant des années. Pour beaucoup d’enfants et d’adolescents, la Countach est ainsi devenue familière bien avant qu’ils sachent réellement ce que signifiait conduire une Lamborghini.
Crédit photo:
Pourquoi la Ferrari Testarossa n’a-t-elle pas remplacé la Countach ?
La Countach n’était pourtant pas seule sur les murs. La Porsche 911 Turbo possédait déjà une réputation extraordinaire et la Ferrari Testarossa, dévoilée en 1984, réunissait elle aussi tous les ingrédients nécessaires pour devenir une icône. Son exposition dans Miami Vice allait encore renforcer son image. Puis arrive la Ferrari F40 en 1987, plus récente, terriblement performante et immédiatement légendaire. Alors pourquoi aucune de ces voitures n’a-t-elle complètement effacé la Lamborghini ?
Parce que la Countach pousse presque tous les codes de la voiture de rêve jusqu’à l’exagération. Elle est basse au point de paraître impraticable, incroyablement large dans ses dernières versions, équipée d’un V12 et de portes impossibles à confondre avec celles d’une automobile ordinaire.
Elle ressemblait presque à ce qu’un adolescent aurait dessiné si personne ne lui avait imposé de contraintes industrielles.
La Countach 25th Anniversary, lancée en 1988, pousse encore cette recette avant que la Diablo ne prenne finalement la relève en 1990. Après seize années de production, la Countach quitte la scène alors même que son image reste intimement associée à la décennie qui vient de s’achever.
Conclusion
La Lamborghini Countach n’est pas devenue le poster des années 80 simplement parce qu’elle était rapide. Porsche, Ferrari et d’autres constructeurs proposaient eux aussi des voitures aux performances exceptionnelles. La Lamborghini possédait quelque chose de supplémentaire, une silhouette capable de matérialiser instantanément le rêve automobile.
Née dans les années 70, elle a finalement trouvé dans les années 80 l’époque qui lui ressemblait le plus. Extravagante, futuriste et presque irréelle, elle était inaccessible dans la vraie vie mais présente quotidiennement sur les murs de millions de chambres. Quarante ans plus tard, cette image reste suffisamment forte pour que la Countach demeure l’un des symboles automobiles les plus reconnaissables de toute une génération.
Nota Bene :
La Lamborghini Countach reste indissociable des supercars des années 80 et de ces posters automobiles qui ont fait rêver toute une génération. Ferrari, Porsche et Lamborghini se disputaient alors les murs des chambres, bien avant que les voitures de rêve n’envahissent nos écrans.
À lire aussi : Fiche technique Lamborghini Countach (1974–1990)
Dans la même sous catégorie : Lancia Beta Montecarlo Turbo : la petite Lancia qui défia Porsche