Nationale 7 : la route des vacances devenue légende française
Pour beaucoup, la Nationale 7 n’est pas une simple route. C’est une madeleine de Proust à quatre voies, un ruban d’asphalte qui sent bon les vacances, la liberté et le parfum des années 60.
De Paris à Menton, elle reliait la capitale à la Méditerranée bien avant que les autoroutes ne prennent le relais.
Sur ses 996 kilomètres, des millions de Français ont roulé vers le soleil, le coffre plein et les enfants impatients à l’arrière.
La Nationale 7, c’est l’histoire d’un pays en mouvement, celle d’une France qui découvrait le plaisir de la route.
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Aux origines de la Nationale 7 : la route royale devenue populaire
Son histoire commence bien avant les congés payés.
Dès le XVIIe siècle, l’itinéraire qui relie Paris à l’Italie est une route royale. Elle sert aux marchands, aux militaires, puis aux premiers automobilistes au début du XXe siècle.
C’est en 1959 que la Nationale 7 prend officiellement son nom définitif, après plusieurs reclassements administratifs.
Elle traverse villes et villages, de Fontainebleau à Lyon, d’Avignon à Nice, avant d’atteindre la frontière italienne.
À une époque où les autoroutes n’existent pas encore, cette route devient le symbole de la mobilité moderne, celle qui relie la France du Nord au Sud sans interruption.
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Les années 50 et 60 : l’âge d’or des départs en vacances
Les congés payés, instaurés en 1936, ont tout changé.
Dans les années 50, avec la croissance économique et l’essor de la voiture populaire, la Nationale 7 devient la route des vacances par excellence. Chaque été, des files interminables s’étirent sur des kilomètres.
Les 2CV, Renault Dauphine, Peugeot 403 et Simca Aronde avancent pare-chocs contre pare-chocs sous un soleil de plomb.
On pique-nique sur les bas-côtés, on s’arrête chez le garagiste du coin pour réparer un radiateur, et les enfants comptent les panneaux “Côte d’Azur”.
C’est la France du baby-boom, insouciante et joyeuse, qui découvre la mer au bout de la route.
Les voitures emblématiques de la Nationale 7
Difficile d’évoquer la Nationale 7 sans parler des voitures qui l’ont rendue célèbre.
La Renault 4CV a ouvert la voie, suivie par la 2CV Citroën, infatigable compagne des départs en vacances.
Puis viennent les berlines plus cossues comme la Peugeot 404, la Simca Chambord ou la Citroën DS, symbole de confort et de prestige.
Chacune raconte une époque, une manière de voyager, un style de vie.
Sur la Nationale 7, on voyait de tout, du break familial chargé à ras bord au cabriolet élégant qui filait vers Saint-Tropez.
Ces voitures sont aujourd’hui des voitures de collection, mais elles incarnent toujours cette France souriante qui roulait vers le sud avec espoir et bonne humeur.
Crédit photo:bastyauto
Les étapes mythiques et les haltes incontournables
La Nationale 7, c’est aussi une succession de haltes devenues légendaires.
Les stations-service Esso, les auberges familiales, les panneaux Michelin, ou encore les bouchons de Lapalisse faisaient partie du décor.
Certains lieux sont devenus des icônes : la station du Relais Bleu à Beaune, l’enseigne Le Poulet de Bresse, ou le nougat dégusté à Montélimar.
Chaque village avait son petit commerce qui vivait au rythme du passage des vacanciers.
Les chansons, comme celle de Charles Trenet (“Nationale 7, elle est jolie…”) ont immortalisé l’esprit de cette route : une invitation à la lenteur et à la découverte.
Crédit photo:wikipedia Autoroute A7
Le déclin face à l’autoroute et la nostalgie persistante
L’arrivée des autoroutes A6 et A7 dans les années 70 a signé le déclin de la Nationale 7.
Plus rapide, plus sûre, l’autoroute a peu à peu détourné le flot des automobilistes.
Les cafés routiers ont fermé, les garages aussi, et certaines portions sont devenues départementales.
Mais la nostalgie, elle, ne s’est jamais effacée.
Chaque été, des passionnés de voitures anciennes refont le trajet, à leur rythme, pour revivre cette ambiance d’autrefois.
Des clubs organisent même des rallyes “spécial Nationale 7”, où les participants roulent en tenues d’époque, entre klaxons et pique-niques sur l’herbe.
Crédit photo:tripadvisor Musée Nationale 7
La Nationale 7 aujourd’hui : patrimoine et passion des collectionneurs
Aujourd’hui, la Nationale 7 est entrée dans le patrimoine français.
De nombreuses communes entretiennent les vieux panneaux bleus, restaurent les anciens relais et perpétuent la mémoire de cette route mythique.
Les musées automobiles lui consacrent des expositions, et les collectionneurs s’y retrouvent pour le plaisir de partager leur passion.
On peut encore suivre son tracé presque intégralement, en quittant l’autoroute pour retrouver les petits villages, les paysages de la vallée du Rhône ou les oliviers du Sud.
Rouler sur la Nationale 7, c’est voyager dans le temps, respirer une France simple et joyeuse, celle où le voyage comptait autant que la destination.
Conclusion
La Nationale 7 n’est pas qu’une route, c’est une légende vivante. Elle raconte la naissance du tourisme populaire, la passion automobile, et le bonheur de la route partagée. Chaque virage, chaque village, chaque souvenir y a laissé une trace.
Et même si l’autoroute a pris sa place, la Nationale 7 reste dans nos cœurs comme la route des vacances éternelles.
Nota Bene :
La Nationale 7 est plus qu’un itinéraire, c’est un symbole de liberté et de plaisir retrouvé. En la parcourant, on ne cherche pas la vitesse, mais l’émotion du voyage.
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