Matra Bagheera : la sportive française à trois places de front
Dans les années 70, la France ose encore surprendre l’automobile. Avec la Matra Bagheera, le constructeur de Romorantin propose une voiture sportive à la fois élégante, légère… et incroyablement originale. Trois places de front, un design de coupé futuriste, une conception inspirée de l’aéronautique : la Bagheera est l’un de ces OVNI roulants qui ont marqué les esprits sans jamais faire d’ombre aux Porsche. Et pourtant…
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Matra avant la Bagheera, des missiles aux routes
Avant de devenir un constructeur automobile à part entière, Matra se forge une réputation dans les domaines les plus inattendus : aéronautique, armement, télécommunications. La route, chez Matra, n’a rien de conventionnel. D’ailleurs, ses premiers modèles, la Djet (reprise de René Bonnet) ou la Matra 530, témoignent déjà d’une philosophie bien à part, légèreté, compacité, innovation technique, et un goût certain pour l’originalité.
À l’aube des années 70, Matra s’interroge. La 530 a ses fidèles, mais reste marginale. Le constructeur veut frapper plus fort. Il lui faut un nouveau coupé, plus moderne, plus séduisant, plus intelligent aussi.
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La naissance de la Matra Bagheera, un projet ambitieux et audacieux
En 1971, les ingénieurs de Matra se lancent dans l’étude d’un projet secret : un véhicule sportif 2+1… qui deviendra bientôt un véritable trois places de front. Le nom de code interne est M550. Le cahier des charges ? Offrir une vraie voiture de plaisir, capable de transporter une famille ou un petit groupe d’amis, avec style, sans compromettre le dynamisme.
Le design est confié à Antonis Volanis, qui livre un projet aussi racé qu’effilé. On veut de la nervosité, de l’élégance, et un vrai caractère sur la route. Pas question de singer les GT italiennes. La Bagheera aura sa propre personnalité.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la Matra Simca Bagheera
Un design de coupé racé, une structure légère et rusée
La Matra Bagheera incarne une vision très française de la voiture de sport, où l’audace prime sur la puissance brute. Conçue comme une voiture de légende atypique, elle mise sur la légèreté, l’originalité et une architecture unique à trois places de front. Un choix technique et stylistique rare, qui explique pourquoi la Bagheera fascine encore aujourd’hui les amateurs de voitures anciennes et de modèles hors normes.
La ligne de la Bagheera attire tous les regards. Phares escamotables, vitrage latéral affleurant, hayon en pente douce, jantes pleines : la voiture semble sortie d’un salon futuriste.
Sous la carrosserie, pas de châssis monocoque, mais une structure en acier tubulaire, habillée de panneaux de polyester stratifié. Une solution légère, économique, et rapide à produire. Ce n’est pas sans défauts (la corrosion du châssis sera le grand talon d’Achille du modèle), mais c’est audacieux.
Tout dans cette voiture dit expérimentation, jusque dans les aérations latérales, l’implantation des rétroviseurs ou la gestion de l’espace intérieur. Une sorte de concept-car homologué.
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Trois places de front : un pari unique en Europe
C’est l’idée la plus audacieuse du projet, trois sièges en ligne, côte à côte. Une disposition jamais vue dans une voiture de série. L’idée, géniale dans sa simplicité, permet de conserver un gabarit compact tout en maximisant la convivialité. Le conducteur est légèrement avancé, les deux passagers légèrement reculés, ce qui ménage de l’espace et une visibilité correcte pour tous.
Cette Matra Bagheera préfigure… la McLaren F1, qui reprendra cette disposition centrale plus tard, dans un registre autrement plus exclusif.
Mais en 1973, proposer cela dans une voiture abordable relève du génie. Les enfants adorent, les adultes sont curieux, les puristes tique, mais personne n’est indifférent.
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Un moteur modeste, mais un comportement joueur
Sous le capot, pas de V6 ni de turbo. La Matra Bagheera embarque des moteurs d’origine Simca, 1294 puis 1442 cm³, qui développent entre 84 et 90 ch. C’est modeste sur le papier, mais la voiture est légère (environ 980 kg) et bien équilibrée.
La tenue de route est saine, le comportement vif, et la boîte manuelle bien étagée. On ne cherche pas ici la performance brute, mais le plaisir pur, la connexion avec la route. C’est une voiture à conduire au couple, dans les tours, avec le sourire. Comme une Alpine plus décontractée.
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Accueil du public, échecs commerciaux et gloire posthume
Présentée en 1973, lancée en 1974, la Matra Bagheera séduit les journalistes, fait tourner les têtes, mais peine à convaincre les acheteurs. La finition intérieure est jugée spartiate, l’insonorisation légère, la mécanique un peu juste.
Mais surtout, la corrosion rapide du châssis refroidit les enthousiasmes. De nombreuses voitures rouillent prématurément, malgré des efforts de Matra pour corriger le tir. La version Bagheera « Courrèges », dessinée avec le couturier éponyme, tente une relance glamour. Sans succès.
Au total, un peu plus de 47 000 exemplaires seront produits entre 1973 et 1980. La Bagheera n’a pas été un échec… mais elle n’a jamais atteint les sommets qu’elle méritait. Et pourtant, elle a ouvert la voie à la Murena, puis laissé une trace unique dans le paysage automobile français.
Conclusion
La Matra Bagheera est une voiture comme on n’en fait plus. Née d’une idée folle, conçue par des ingénieurs libres, construite avec passion et sans compromis stylistique. Trois places de front, une ligne racée, un esprit joueur : tout en elle respire l’intelligence créative.
Dans un monde automobile trop souvent standardisé, la Bagheera reste un rappel vibrant que l’on peut innover, oser, crée, et marquer les esprits, même sans être numéro un des ventes.
Nota Bene :
La Matra Bagheera est l’anti-sportive par excellence. Moins puissante que ses rivales, mais infiniment plus originale, elle rappelle qu’à une époque, l’audace et l’imagination comptaient autant que les chevaux sous le capot.
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