Les Fous du volant : quand le dessin animé fait rugir les moteurs
Avant même que Mario Kart ne règne sur les consoles ou que Fast & Furious n’invente ses cascades improbables, il y avait déjà une référence absolue en matière de courses délirantes à l’écran : Les Fous du volant. Diffusé pour la première fois en 1968, ce dessin animé culte de Hanna-Barbera a fait tourner les moteurs de l’imaginaire collectif avec ses bolides loufoques, ses pilotes caricaturaux et ses courses sans fin, toujours plus absurdes.
Avec lui, la voiture devient un personnage à part entière, et la mécanique un ressort comique. Une série qui ne vieillit pas, tant elle continue de faire rire, parfois grincer, mais surtout fasciner.
Crédit photo: © Hanna-Barbera / Warner Bros. Discovery Les participants
Une création signée Hanna-Barbera
Nous sommes à la fin des années 60. Les studios Hanna-Barbera, déjà responsables des Pierrafeu, de Scoubidou ou encore de Yogi l’ours, cherchent un nouveau format court, efficace, visuel… et bon marché à produire. L’idée : une série de courses où tout repose sur le comique de situation et le design exagéré des véhicules.
Wacky Races, titre original de Les Fous du volant, voit donc le jour en 1968. En tout, seulement 17 épisodes seront produits, mais ils seront diffusés en boucle pendant des décennies. Le format est parfait : 20 minutes, un départ, une course, des pièges, une arrivée. Pas besoin de contexte, de continuité ou de narration complexe. Tout est dans l’action, le rythme, l’exagération.
C’est une époque où la voiture incarne encore pleinement la liberté, la vitesse, l’aventure. Mais Hanna-Barbera décide de la tourner en ridicule avec génie, en poussant tous les curseurs à fond. Et ça fonctionne.
Crédit photo:© Hanna-Barbera / Warner Bros. Discovery Pénélope joli coeur
Des voitures aussi barrées que leurs pilotes
Ce qui frappe d’abord, ce sont les voitures. Ou plutôt les créatures mécaniques qui tiennent lieu de bolides. Chacune est pensée comme une extension de la personnalité de son conducteur, et toutes flirtent avec l’absurde.
On trouve par exemple la célèbre Double-Zéro de Satanas et Diabolo, mélange de hot rod gothique et de technologie façon James Bond du pauvre. Leur seul but : faire perdre les autres. Leurs gadgets ? Pièges à clous, missiles, catapultes, voire… trappes pour éjecter la concurrence. Évidemment, ça ne marche jamais. Mais quel panache !
Il y a aussi la Compact Pussycat de Pénélope Jolicoeur, rose bonbon, équipée d’un sèche-cheveux géant, d’un miroir, et même d’un salon de beauté embarqué. Loin d’être la cruche qu’on imagine, Pénélope gagne régulièrement les courses. Et sans tricher.
Citons aussi la Tocard Tank du Sergent Grosse Pomme, qui ressemble à un char d’assaut ; la Caraverne des Frères Têtes-dures, construite en pierre et tirée par des dinosaures ; ou encore la Diligence du cow-boy Luke et de son ours Blubber.
Chacune de ces voitures est un condensé de clichés, de références, de clins d’œil. C’est Mad Max avant l’heure, mais version cartoon.
Une mécanique de course bien huilée
Chaque épisode de Les Fous du volant suit une trame bien précise :
- Les onze voitures s’élancent.
- Satanas tente à plusieurs reprises de saboter les autres.
- Son piège se retourne toujours contre lui.
- Un autre concurrent, souvent improbable, gagne la course.
Répétitif ? Oui. Mais c’est justement ce qui fait le sel de la série. Le spectateur sait à quoi s’attendre, mais ne devine jamais vraiment quelle absurdité mécanique va surgir. C’est comme regarder une version motorisée de Tom & Jerry, avec une touche de critique sociale.
Les gags sont visuels, instantanés, parfois brutaux — mais jamais méchants. Le bruitage exagéré, les cris de Satanas (son célèbre “rire diabolique”), les loopings improbables, tout concourt à un plaisir immédiat. C’est comme confier une Formule 1 à un clown : absurde, mais réjouissant.
Crédit photo:© Hanna-Barbera / Warner Bros. Discovery Satanas et Diabolo
Un casting de stéréotypes… mais attachants
Ce qui frappe aussi, c’est la galerie de personnages. Chacun est un stéréotype ambulant, mais volontairement assumé et exagéré. Le cow-boy gentil, la pin-up rusée, le militaire rigide, le savant fou, les gangsters maladroits, le duo de punks… chaque archétype est caricaturé à l’extrême.
Mais au lieu d’en faire des figures plates, la série leur donne une forme de noblesse. Aucun n’est vraiment ridicule (sauf Satanas), et chacun gagne à son tour. Même les plus crétins finissent parfois sur la première marche du podium.
Il y a là une forme d’équité malicieuse : toutes les voitures ont leur chance, pour peu qu’elles ne tombent pas dans le piège de la méchanceté gratuite. On n’est pas dans un monde réaliste, mais dans un univers où le karma agit avec humour.
Crédit photo: © Hanna-Barbera / Warner Bros. Discovery Le tokar tank
Un succès mondial et une longue postérité
Malgré ses seulement 17 épisodes, Les Fous du volant est devenu un classique mondial. Diffusé des dizaines de fois en France, au Royaume-Uni, au Canada ou en Australie, il a marqué plusieurs générations de spectateurs.
Les personnages les plus emblématiques, Satanas et Diabolo, ont même eu leur propre spin-off (Les Dastardly and Muttley in Their Flying Machines), preuve de leur popularité.
Plus récemment, une nouvelle version en 3D a vu le jour, avec un ton plus moderne, mais fidèle à l’esprit original. Elle peine à retrouver la magie du trait d’origine, mais elle montre que la franchise vit toujours.
Et côté merchandising, la série a été déclinée en jouets, jeux vidéo, t-shirts… et même en modèles réduits de voitures, tant leur design reste fascinant.
Crédit photo:© Hanna-Barbera / Warner Bros. Discovery Al Carbone et sa bande
Les Fous du volant, entre satire et hommage automobile
Derrière l’humour et les poursuites se cache une vraie lecture satirique de la société de l’automobile. Le dessin animé moque la triche, la compétition absurde, les gadgets inutiles, la bêtise belliqueuse de certains conducteurs. Mais il rend aussi hommage à la beauté des voitures extravagantes, à la liberté de conduire, au plaisir de la vitesse.
C’est cette ambivalence qui en fait un dessin animé culte. On y rit des excès de la voiture, tout en les célébrant.
Et si cette série reste si moderne, c’est peut-être parce qu’elle célèbre les marginaux, les inventifs, les tordus du volant — ceux qui ne gagnent pas grâce à la puissance brute, mais grâce à l’audace. Un joli clin d’œil aux vrais amoureux de l’auto.
Conclusion
Les Fous du volant n’est pas une série sur les voitures. C’est une série avec les voitures, pour en rire, pour les transformer, pour en faire des personnages. Et c’est sans doute cette liberté de ton, d’imagination, de design, qui continue de séduire aujourd’hui.
Une chose est sûre : les moteurs cartoon de cette série n’ont pas fini de faire vrombir les souvenirs des passionnés, petits et grands.
Nota Bene
Pas besoin d’essence pour faire avancer une voiture dans Les Fous du volant. Il suffit d’un peu d’absurde, beaucoup d’idées, et un rire bien placé.
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