Incendie massif dans l’Aude, avec flammes en forêt et camions de pompiers en intervention.

Gouverner en courant derrière l’actualité : l’art français

Il y a des images qui en disent plus long que mille discours. L’Aude en flammes, des milliers d’hectares partis en fumée, des villages sous la cendre… et trois figures politiques débarquant sur place comme si leur simple présence allait éteindre l’incendie. Le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur, un troisième collègue en prime : tout ce beau monde aligné devant les caméras, impeccables, mines graves.

Sérieusement, à quoi ça sert ? Nous avons déjà un préfet sur place. C’est son travail de coordonner les moyens locaux, d’alerter le ministre de l’Intérieur, qui à son tour informe le Premier ministre. Ce trio est censé décider ensemble des actions à court, moyen et long terme, puis déléguer l’exécution aux administrations et forces concernées. C’est ainsi que fonctionne une chaîne de commandement efficace.

Mais non. Dans notre République spectacle, il faut se montrer. Il faut fouler la terre brûlée, promettre devant les micros, serrer les mains des sinistrés — le tout sous l’œil attentif des chaînes d’info. Résultat : du temps précieux passé sur la route ou dans un hélico, et autant de perdu pour faire… ce pour quoi ils sont payés : gouverner, anticiper, planifier.

On nous explique que l’on manque de Canadairs. Quelle découverte ! C’est vrai qu’avec le réchauffement climatique, comment aurait-on pu imaginer que les incendies allaient se multiplier ? Alors on commande des avions dans l’urgence, on promet des renforts, on “agit”. Mais agir en pompier permanent n’est pas gouverner. Gouverner, c’est prévoir. Et prévoir, ce n’est pas courir derrière les catastrophes, c’est les anticiper pour en limiter l’impact.

Ce qui est le plus ironique, c’est que cette frénésie de déplacements officiels n’est même pas seulement une mauvaise habitude : c’est une stratégie. Plus ils apparaissent à l’écran, plus ils occupent l’espace médiatique, et plus ils espèrent marquer des points pour leur carrière personnelle. C’est l’ego qui prend le pas sur l’État, la photo sur le dossier, la posture sur la politique.

Et pendant ce temps, la France brûle. Pas seulement l’Aude, mais nos services publics, notre capacité d’anticipation, notre confiance collective. Les incendies, eux, ne prennent pas de selfies.

Nota Bene :

Gouverner, ce n’est pas être sur tous les lieux d’actualité. C’est travailler en amont pour éviter que ces lieux deviennent l’actualité. Le jour où nos dirigeants comprendront cela, ils auront peut-être moins besoin de courir derrière le feu… et derrière les caméras.

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