Boîtes aux lettres condamnées à la Poste de Villefranche-sur-Saône avec affiche d’information
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Boîtes aux lettres condamnées, le service public marche sur la tête

Il fallait y penser. Dans une ville de 36 000 habitants, la poste centrale a condamné ses boîtes aux lettres. Oui, vous avez bien lu. Il est désormais impossible de déposer un courrier directement à la Poste… sauf à venir pendant les horaires d’ouverture, entrer dans le bureau et patienter entre quinze et trente minutes selon l’affluence.

Autrement dit, pour poster une lettre dans un bureau de poste, il faut parfois faire la queue comme pour un colis complexe ou une opération bancaire. Le service public marche sur la tête. En demandant des explications, on découvre que cette décision aurait été prise à la demande de la mairie, au nom du plan Vigipirate renforcé dans le contexte international actuel.

Les boîtes concernées donnent pourtant à l’intérieur même du bâtiment. Mais manifestement, une enveloppe glissée dans une fente murale représenterait désormais une menace supérieure à une file de vingt personnes dans un hall fermé. Il faut suivre.

Des affiches ont donc été installées au-dessus des boîtes condamnées. Elles invitent les usagers à aller poster leur courrier dans les boîtes aux lettres de rue réparties dans la ville. Problème, ces boîtes extérieures ne sont relevées qu’une fois par jour le matin.

Résultat concret : une lettre déposée dans l’après-midi partira un jour plus tard que si elle avait été postée normalement à la poste centrale. Le samedi matin, cela peut même signifier deux jours perdus. Voilà comment, au nom de la sécurité, on dégrade le service sans résoudre grand-chose.

C’est souvent le même mécanisme. Une règle pensée en hauteur, appliquée sans nuance, puis subie tout en bas. Personne n’évalue vraiment l’impact sur la vie réelle. On coche une case, on imprime une affiche, on déplace le problème. Le plus fascinant reste la logique générale. Au lieu de sécuriser intelligemment un service essentiel, on neutralise ce service puis on demande aux habitants de contourner eux-mêmes l’obstacle.

Et ensuite, on s’étonnera que les citoyens aient parfois le sentiment d’abandon. Ce n’est pas la fermeture de deux boîtes aux lettres qui change un pays. C’est l’addition quotidienne de toutes ces petites décisions absurdes, prises sans pragmatisme, qui finit par l’user.

À force, on ne modernise plus rien. On complique simplement ce qui fonctionnait encore à peu près.

Nota Bene :

Les grandes absurdités administratives commencent souvent par de petits détails. Une boîte aux lettres condamnée peut en dire long sur une époque.

À lire aussi : 1er mai commerces fermés, le pays du règlement absurde

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