1er mai commerces fermés, le pays du règlement absurde
En ce 1er mai, près de 95 % des commerces sont fermés. Officiellement, il s’agit de protéger les salariés. L’intention semble noble, presque évidente. Qui serait contre une journée symbolique consacrée au travail… sans travailler ?
Mais dans la réalité, on découvre surtout une mécanique bien française, celle du règlement absurde. Car à force de vouloir tout encadrer sans regarder comment vivent réellement les gens, on finit par produire l’inverse de l’objectif annoncé.
Les boulangeries et les fleuristes ont finalement été autorisés à ouvrir au dernier moment. Comme souvent, on interdit d’abord, on corrige ensuite. Quelques bars fonctionnent aussi, non parce qu’ils bénéficient d’un statut particulier, mais parce que la loi empêche surtout de faire travailler des salariés. Le patron peut donc ouvrir seul, servir seul, encaisser seul.
Voilà déjà un curieux progrès social. Dans une boucherie, les employés ont préparé la marchandise la veille. Aujourd’hui, le gérant vend ce qui a été produit hier. Le salarié n’est pas là, mais son travail oui. Là encore, la symbolique l’emporte sur le réel.
Et puis il y a la supérette restée ouverte. Sans doute la seule à plusieurs kilomètres. Résultat prévisible, cinquante personnes font la queue devant une unique caisse tenue par le patron. Des clients entassés au même endroit, du temps perdu, de l’agacement, et une concentration de monde que l’on aurait facilement évitée avec plusieurs commerces ouverts normalement.
Tout cela pour quoi ? Pour respecter un principe théorique qui se fracasse sur le bon sens. C’est souvent ainsi que les choses fonctionnent chez nous. On raisonne en textes, en exceptions, en décrets de dernière minute, en affichage politique. Beaucoup moins en comportements réels, en fluidité, en conséquences concrètes.
On préfère la belle règle au résultat efficace. Le plus frappant, c’est que tout le monde voit immédiatement l’absurdité du système, sauf ceux qui l’organisent. Ce n’est pas un pays de fous. Ce serait presque plus rassurant. C’est un pays qui confie trop souvent son organisation aux moins pragmatiques d’entre nous.
Et chaque année, le 1er mai vient gentiment nous le rappeler.
Nota Bene :
Une bonne règle simplifie la vie. Quand elle crée files d’attente, bricolages et incohérences, ce n’est plus une protection. C’est un décor administratif.
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