Femme courant devant une grande horloge, illustration de notre besoin constant de gagner du temps.
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Pourquoi sommes-nous toujours pressés alors que tout nous fait gagner du temps ?

Jamais nous n’avons disposé d’autant d’outils conçus pour nous simplifier la vie. Une machine lave notre linge, un lave-vaisselle s’occupe des assiettes, le GPS nous évite de chercher notre route et Internet permet d’effectuer en quelques minutes des démarches qui demandaient autrefois un déplacement. Nous devrions donc disposer de beaucoup plus de temps libre. Pourtant, nous avons souvent l’impression exactement inverse : nous sommes toujours pressés.

Gagner du temps est même devenu une sorte d’obsession. Nous choisissons la caisse qui semble avancer le plus vite, regardons le temps de trajet avant de partir et nous agaçons lorsqu’une page Internet met quelques secondes à s’afficher. Quelques minutes perdues suffisent parfois à nous donner l’impression que toute notre organisation est perturbée.

Le paradoxe est que chaque progrès technologique nous a réellement fait gagner du temps. Envoyer un message à l’autre bout du monde prend quelques secondes. Acheter un billet de train ne nécessite plus de se rendre à une gare. Commander un objet, effectuer un virement ou réserver un hôtel peut se faire depuis un canapé. Mais toutes ces minutes économisées n’ont pas forcément été transformées en temps libre.

Nous les avons souvent remplies par autre chose.

Parce qu’une tâche prend moins de temps, nous pouvons en accomplir davantage. Une réponse qui nécessitait autrefois plusieurs jours par courrier est désormais attendue dans la journée, parfois dans l’heure. Puisque nous sommes joignables presque partout, nous sommes également sollicités presque partout. Le temps gagné par la technologie a ainsi augmenté nos possibilités, mais aussi nos attentes.

Notre rapport à l’attente a également changé. Lorsqu’il fallait plusieurs minutes pour connecter un ordinateur à Internet, personne n’imaginait obtenir instantanément une information. Aujourd’hui, quelques secondes semblent parfois interminables. Plus les outils deviennent rapides, plus notre seuil de tolérance au ralentissement diminue.

Il existe aussi une forme de compétition avec notre propre emploi du temps. Une journée réussie semble parfois devoir être une journée remplie. Travail, courses, rendez-vous, sport, loisirs, messages à traiter… Lorsqu’un créneau se libère, notre premier réflexe consiste souvent à y ajouter quelque chose plutôt qu’à profiter simplement du temps disponible.

C’est peut-être là que se trouve une partie de l’explication. Nous avons confondu gagner du temps et pouvoir faire davantage de choses. Or ce ne sont pas exactement les mêmes objectifs. Si chaque minute économisée sert immédiatement à ajouter une nouvelle activité, nous pouvons devenir beaucoup plus efficaces sans jamais nous sentir moins pressés.

Finalement, les technologies continueront probablement à nous faire gagner encore davantage de temps. L’intelligence artificielle, l’automatisation et de nouveaux services accompliront demain en quelques secondes des tâches qui nous prennent aujourd’hui plusieurs minutes ou plusieurs heures. Mais rien ne garantit que nous profiterons du temps ainsi libéré.

Car le véritable luxe n’est peut-être plus de gagner du temps. C’est de réussir, de temps en temps, à ne rien mettre à la place.

Nota Bene :

Nous avons passé des décennies à inventer des outils pour gagner du temps. Peut-être faudrait-il maintenant apprendre à ne pas remplir immédiatement chaque minute qu’ils nous font économiser.

À lire aussi : Pourquoi faut-il parfois des années pour l’application d’une loi déjà votée ?

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