Renault 5 Turbo : pourquoi Renault a osé placer le moteur derrière les sièges
La Renault 5 Turbo est sans doute l’une des voitures françaises les plus étonnantes jamais produites. Au premier regard, elle ressemble à une simple Renault 5, la petite citadine qui envahit les rues à la fin des années 1970. Pourtant, sous cette silhouette familière se cache une machine de rallye radicale. Sa banquette arrière a disparu, remplacée par un moteur installé juste derrière les sièges. Une décision qui paraît presque insensée aujourd’hui. Alors pourquoi Renault a-t-il pris un tel risque ? Pour le comprendre, il faut remonter à une époque où gagner en compétition passait avant tout par l’audace technique.
Crédit photo: Illustration prises d’air latérales arrière Renault 5 turbo
Pourquoi Renault voulait transformer une simple Renault 5 en arme de rallye
À la fin des années 1970, le Championnat du monde des rallyes connaît une popularité grandissante. Les constructeurs comprennent rapidement que les victoires en compétition constituent une formidable vitrine commerciale. Renault souhaite lui aussi s’imposer face à Fiat, Ford ou Lancia, mais la Renault 5 de série, conçue comme une citadine économique à moteur avant et roues avant motrices, ne possède pas les qualités nécessaires pour rivaliser avec les meilleures voitures de rallye.
Les ingénieurs disposent alors d’une base appréciée du public, légère et compacte, mais savent qu’ils devront la transformer en profondeur. L’objectif n’est pas simplement d’augmenter la puissance. Il faut créer une voiture capable de transmettre efficacement cette puissance au sol, tout en répondant aux exigences d’homologation du Groupe 4. Très vite, une évidence s’impose : conserver l’architecture de la Renault 5 d’origine condamnerait le projet avant même son premier départ en spéciale.
Crédit photo: Renault
Pourquoi Renault a choisi d’installer le moteur derrière les sièges
Le principal problème est simple. Avec un moteur placé à l’avant et les roues avant chargées à la fois de diriger et de transmettre la puissance, la motricité atteint rapidement ses limites. Les ingénieurs étudient plusieurs solutions avant d’opter pour la plus radicale : déplacer complètement le moteur vers le centre de la voiture.
Renault retient le robuste quatre-cylindres Cléon-Fonte de 1 397 cm³, équipé d’un turbocompresseur Garrett. Installé en position centrale arrière, juste derrière les sièges, il développe 160 ch sur la version de route. Pour une voiture pesant moins d’une tonne, cette puissance représente un bond spectaculaire. Ce choix améliore la répartition des masses, augmente considérablement la motricité et transforme totalement le comportement de la voiture. La Renault 5 Turbo n’est plus une traction, mais une propulsion à moteur central, une architecture que l’on retrouve habituellement sur des sportives beaucoup plus prestigieuses.
Une Renault 5 entièrement repensée sous sa carrosserie
À partir du moment où le moteur quitte le compartiment avant, presque tout doit être redessiné. Le châssis est profondément modifié, les suspensions sont spécifiques, les voies sont largement élargies et la carrosserie reçoit de spectaculaires ailes destinées à accueillir des roues beaucoup plus larges.
Le moteur prend désormais place derrière les occupants, tandis que la transmission entraîne les roues arrière. La banquette disparaît totalement pour laisser place à la mécanique. Les panneaux de carrosserie en aluminium et en matériaux composites permettent de limiter le poids malgré ces nombreuses transformations. Au final, seuls quelques éléments de la Renault 5 de grande série subsistent réellement. Derrière une silhouette familière se cache une voiture entièrement nouvelle, pensée exclusivement pour la performance.
Crédit photo: Illustration Renault 5 Turbo de rallye
Une voiture conçue d’abord pour gagner des rallyes
La Renault 5 Turbo n’a jamais été imaginée pour devenir une simple sportive de route. Son existence répond avant tout aux règles d’homologation du Groupe 4, qui imposent la fabrication d’un certain nombre d’exemplaires destinés au public.
Dès ses débuts en compétition, le pari des ingénieurs est validé. La voiture démontre une motricité exceptionnelle sur les routes sinueuses et les revêtements difficiles. Pilotée notamment par Jean Ragnotti, elle remporte des victoires restées célèbres, comme le Rallye Monte-Carlo 1981 puis le Tour de Corse 1982.
Face à des concurrentes toujours plus puissantes, la petite Renault impressionne par son agilité et son efficacité. Son architecture originale devient rapidement l’une de ses principales armes.
Crédit photo: illustration moteur
Pourquoi cette architecture a fait de la Renault 5 Turbo une légende
Installer le moteur derrière les sièges ne rend pas seulement la voiture plus performante. Cette architecture lui confère également une personnalité unique. Avec près de 200 km/h en vitesse de pointe et un 0 à 100 km/h réalisé en un peu plus de six secondes, la Renault 5 Turbo rivalise alors avec des sportives bien plus coûteuses.
En contrepartie, son comportement demande de l’expérience. Le train avant extrêmement léger offre une direction vive, tandis que le moteur central arrière procure une motricité remarquable mais peut surprendre lorsque les limites sont atteintes.
C’est précisément ce caractère qui séduit les passionnés. La Renault 5 Turbo ne pardonne pas les erreurs, mais elle récompense les conducteurs capables d’exploiter son équilibre particulier. Peu de voitures françaises offrent encore aujourd’hui des sensations aussi intenses.
Crédit photo: Illustration de l’intérieur
Une idée folle que Renault n’a jamais vraiment reproduite
Après la Renault 5 Turbo et la Turbo 2, Renault ne renouvellera jamais une telle architecture sur une voiture de grande série.
Les évolutions de la réglementation, les coûts de développement et les nouvelles technologies orienteront progressivement les sportives vers d’autres solutions techniques.
Pendant plus de quarante ans, la Renault 5 Turbo restera donc un cas presque unique dans l’histoire du constructeur. Ce n’est qu’avec l’annonce de la spectaculaire Renault 5 Turbo 3E que Renault rendra hommage à cette icône, preuve que l’idée imaginée à la fin des années 1970 continue de fasciner.
Plus qu’une simple voiture de rallye, la Renault 5 Turbo symbolise encore aujourd’hui l’époque où quelques ingénieurs audacieux pouvaient transformer une citadine populaire en véritable machine de compétition.
Conclusion
En installant le moteur derrière les sièges, Renault n’a pas cherché à surprendre gratuitement. Les ingénieurs ont simplement retenu la solution la plus efficace pour créer une voiture capable de gagner en rallye. Cette décision a bouleversé l’architecture de la Renault 5, mais elle lui a aussi offert une place à part dans l’histoire de l’automobile. Plus de quarante ans après son lancement, cette petite française continue de prouver que les choix les plus audacieux sont parfois ceux qui donnent naissance aux plus grandes légendes.
Nota Bene
La Renault 5 Turbo rappelle qu’une voiture de compétition peut naître d’un modèle populaire lorsque les ingénieurs disposent de suffisamment de liberté. En osant déplacer le moteur derrière les sièges, Renault a créé l’une des sportives françaises les plus emblématiques de tous les temps.
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