Bouteilles d’eau en plastique, illustration du transport et de la consommation d’eau en bouteille.
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Eau en bouteille : est-il encore logique d’en transporter autant ?

L’eau en bouteille fait tellement partie de notre quotidien que son existence ne nous étonne même plus. Nous allons au supermarché, achetons six bouteilles d’un litre et demi, transportons neuf kilos d’eau jusqu’à notre voiture, puis jusqu’à notre domicile. Pendant ce temps, quelques mètres plus loin, un simple robinet permet d’obtenir immédiatement de l’eau potable.
Et le paradoxe devient encore plus amusant lorsqu’on y pense : cette eau potable disponible à domicile est tellement abondante que nous l’utilisons également pour prendre une douche, laver le sol et même tirer la chasse d’eau.

D’un côté, nous dépensons donc beaucoup d’énergie et de moyens pour rendre l’eau potable, la traiter et l’acheminer par un réseau jusqu’à chaque logement. De l’autre, nous captons une autre eau, la mettons dans des bouteilles fabriquées spécialement pour elle, la regroupons sur des palettes, la transportons par camion jusqu’aux magasins, puis la rapportons chez nous. Écologiquement, le système mérite au moins qu’on s’interroge.

Bien sûr, toutes les situations ne sont pas identiques. L’eau du robinet peut avoir un goût de chlore plus marqué dans certaines régions, être très calcaire ou simplement déplaire. Il existe également des situations locales particulières dans lesquelles sa consommation peut être temporairement déconseillée. Et lorsqu’on se déplace, une bouteille d’eau reste évidemment bien pratique.

Il ne s’agit donc pas de décréter que personne ne devrait plus jamais acheter d’eau en bouteille. Mais pour une consommation quotidienne à domicile, la question devient plus difficile à éviter. En France, l’eau distribuée par le réseau public fait l’objet de contrôles sanitaires réguliers. Dans l’immense majorité des situations, nous avons donc déjà à notre disposition une eau destinée à être consommée. La différence est que celle-ci arrive par des canalisations, tandis que l’autre voyage sur la route.

Et transporter de l’eau n’a rien d’anodin. Un litre d’eau pèse un kilogramme. Un camion chargé de bouteilles transporte donc essentiellement… de l’eau. À cela s’ajoutent la fabrication des bouteilles, des bouchons, des étiquettes, des films regroupant les packs, puis leur collecte après utilisation.

Même lorsqu’une bouteille est recyclable et effectivement recyclée, elle n’est pas devenue écologiquement invisible. Il a fallu produire sa matière, fabriquer le contenant, le transporter, le collecter, le trier puis le transformer à nouveau. Le recyclage est utile, mais le meilleur déchet reste encore celui que l’on n’a pas produit.

Le plus étonnant est peut-être que nous nous sommes habitués à considérer comme parfaitement normal de transporter sur des centaines de kilomètres quelque chose que nous possédons déjà presque gratuitement à quelques mètres de notre table. Il existe évidemment des eaux minérales dont la composition particulière peut être recherchée. Mais combien de bouteilles sont réellement achetées pour leurs caractéristiques minérales, et combien simplement parce que nous avons toujours eu l’habitude de boire de l’eau en bouteille ? Nos habitudes ont parfois une inertie étonnante.

Et cette réflexion conduit à un autre paradoxe. Si produire de l’eau potable nécessite des traitements, des infrastructures et de l’énergie, est-il vraiment logique d’utiliser exactement la même qualité d’eau pour tous nos usages ? Nous purifions une eau afin qu’elle puisse être bue, puis nous en envoyons plusieurs litres dans les toilettes à chaque chasse. Techniquement, utiliser deux réseaux différents dans tous les logements serait évidemment complexe et coûteux. La récupération d’eau de pluie offre déjà certaines possibilités pour des usages ne nécessitant pas d’eau potable.

Mais l’image résume assez bien nos contradictions : nous transportons de l’eau en bouteille pour la boire alors que nous disposons chez nous d’une eau suffisamment potable pour être bue, mais que nous utilisons aussi pour tirer la chasse. Peut-être qu’avant de chercher des solutions écologiques extraordinairement sophistiquées, certaines de nos habitudes les plus banales mériteraient simplement d’être regardées avec un œil neuf.

Nota Bene :

Une bouteille d’un litre et demi semble légère lorsqu’on la prend dans le réfrigérateur. Un pack de six rappelle immédiatement une propriété fondamentale de l’eau : elle est surtout très lourde à transporter.

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