Donald Trump Groenland illustration
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Trump, le Groenland et la tentation de l’annexion

Il y a des séquences politiques qui marquent une rupture.
L’enlèvement du président vénézuélien par des forces spéciales américaines, sous couvert de lutte antidrogue, en est une. Mais ce qui suit est peut-être encore plus inquiétant.

À peine cette opération digérée, Donald Trump remet une pièce dans la machine. Cette fois, la cible n’est plus l’Amérique du Sud, mais l’Europe. Le Groenland. Un territoire autonome, peuplé, rattaché au Danemark, membre de l’OTAN. Un allié historique des États-Unis.

Le discours est toujours le même.
« Sécurité nationale ».
« Ressources stratégiques ».
« Incapacité des autres à gérer leurs territoires ».

C’est exactement la même rhétorique que pour le Venezuela, avec le pétrole. Aujourd’hui, ce sont les minerais, les routes arctiques, la position géostratégique. Et toujours cette idée glaçante : les peuples concernés n’ont pas vraiment voix au chapitre. Ils devraient même être contents.

Le plus frappant n’est pas la brutalité du propos, mais son caractère assumé. Trump ne menace plus à demi-mot. Il annonce. Il fixe des délais. Il parle de « s’en occuper ». Comme s’il s’agissait d’un dossier immobilier mal géré, pas d’un territoire habité par 57 000 personnes qui ont clairement dit non.

Ce qui se joue ici dépasse largement le Groenland.
C’est la remise en cause frontale de l’ordre international tel qu’il existe depuis 1945. Le principe de souveraineté. L’inviolabilité des frontières. Le respect entre alliés.

On peut penser ce qu’on veut de Maduro. Beaucoup de choses, et rarement positives. Mais ce précédent est explosif. Car s’il devient acceptable d’arrêter un chef d’État, puis de menacer l’annexion d’un territoire allié au nom de l’intérêt national américain, alors plus rien n’est hors limites.

L’histoire devrait pourtant servir de rappel.
Chaque fois que les États-Unis ont tenté de remodeler des régions entières par la force ou l’ingérence, Baie des Cochons, Nicaragua, Iran, Afghanistan, le résultat a été le même : instabilité durable, ressentiment massif, et affaiblissement de leur propre crédibilité.

Ce ressentiment est aujourd’hui bien réel. En Amérique latine, bien sûr. Mais aussi en Europe. Car pour la première fois depuis longtemps, la menace ne vient plus seulement de rivaux géopolitiques, mais d’un allié censé garantir la sécurité collective.

L’ironie est que Trump prétend agir au nom de la sécurité.
En réalité, il fabrique de l’insécurité à grande échelle. Il fracture l’OTAN, pousse l’Europe à se réarmer politiquement, et offre à la Russie et à la Chine un argument rêvé : celui d’un Occident qui ne respecte plus ses propres règles.

Quand un président commence à parler de territoires « nécessaires », de peuples « incapables », et de décisions à prendre « rapidement », ce n’est jamais bon signe. Ce n’est plus de la diplomatie. C’est une logique de rapport de force brut.

Et l’histoire montre qu’elle finit toujours par se retourner contre ceux qui l’utilisent.

Nota Bene :

Le Groenland n’est pas qu’une île lointaine.
C’est un test grandeur nature de l’ordre international face aux nouvelles logiques de puissance.
Et l’Europe ne peut plus faire semblant de ne pas entendre.

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