Livraisons urbaines : pourquoi Shanghai y arrive et pas nos villes ?
Il y a des matins où la rue principale ressemble plus à un jeu d’adresse qu’à un axe de circulation. Un seul sens de circulation, une voie unique, un flot continu de voitures… et au milieu, un camion arrêté en warning qui livre la boutique du coin. Derrière, ça klaxonne, ça souffle, ça peste. Les automobilistes avancent au pas, les bus se tordent pour passer et les cyclistes zigzaguent comme ils peuvent. Quand on voit ce ballet, on se demande comment une ville entière peut se retrouver en panne à cause d’un carton de salades ou d’un lot de chaussures.
Et pourtant, ailleurs, ça fonctionne, par exemple à Shanghai, où, avec 25 M d’habitants la circulation n’est pas pire que dans nos villes moyennes ou grandes . Là-bas, les livraisons professionnelles se font la nuit, pas seulement celles des immenses supermarchés, mais aussi celles du petit boucher du quartier ou même l’approvisionnement d’un chantier. Tout se passait discrètement, dans le calme, alors que la ville dormait. Le matin, les rues étaient libres, prêtes à absorber des millions de déplacements sans que les camions ne viennent se planter en travers. C’est relativement fluide, comme un fleuve, presque hypnotique.
Alors oui, ce système n’est pas transposable tel quel en France. Le travail de nuit coûte cher, très cher même. Il faudrait aussi que des employés soient présents la nuit pour réceptionner les marchandises, ouvrir, vérifier, signer, ranger. Et on ne va pas demander à des livreurs de colis pour particuliers de livrer à 3 heures du matin, ce serait absurde. Mais on peut au moins reconnaître une chose, l’efficacité chinoise sur ce point laisse songeur. Quand on voit nos villes paralysées dès 8 heures, on se dit qu’on n’est pas tout à fait dans la même dimension.
Ce qui frappe le plus, ce n’est pas la comparaison, c’est le manque d’adaptation chez nous. On garde les mêmes horaires depuis cinquante ans alors que la circulation a explosé. Les commerces veulent être livrés pile au moment où les gens se rendent au travail. Résultat, tout le monde se marche dessus, ça agace et ça ne mène nulle part. On pourrait imaginer des créneaux plus intelligents, plus morcelés, peut-être un système hybride qui répartit les flux sans tout basculer la nuit. Mais chez nous, l’efficacité n’est pas toujours la priorité, et ça se voit.
Est-ce qu’un jour on trouvera un modèle adapté à nos villes, nos rythmes et nos contraintes ? Peut-être. En attendant, chaque matin, la rue principale devient une scène qui se répète, un petit théâtre du quotidien où tout le monde joue malgré lui dans une pièce dont personne ne veut vraiment changer le script.
Nota Bene :
Même avec un système de livraisons nocturnes, la circulation reste extrêmement dense à Shanghai, et les bouchons y sont nombreux. Mais avec près de 24 millions d’habitants, la ville serait paralysée en quelques heures avec une organisation similaire à celle utilisée dans nos centres-villes européens.
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