Histoire de Maserati : du garage familial au trident mythique
L’histoire de Maserati commence le 1er décembre 1914 à Bologne, lorsque Alfieri Maserati fonde un atelier de mécanique automobile. Mais il faudra attendre 1926 pour voir apparaître la première voiture portant le nom Maserati et son célèbre trident. Entre ces deux dates se dessine déjà le destin singulier d’une marque née de la passion d’une famille pour la compétition.
Des victoires sur les circuits aux grandes GT italiennes, Maserati traversera ensuite des périodes de gloire, des crises financières et plusieurs changements de propriétaires. De la légendaire 250F de Fangio à la Citroën SM, de l’ère Biturbo aux sportives modernes, son histoire raconte aussi les transformations de l’industrie automobile italienne. Plus d’un siècle après la création du premier atelier, le constructeur au trident cherche toujours à concilier son prestigieux héritage et les réalités du marché.
Crédit photo: wikipedia Ettore, Bindo, Ernesto et Alfieri II devant leur première concession à Bologne 1931.

Les frères Maserati : une fratrie visionnaire
L’histoire de Maserati est d’abord celle d’une famille italienne passionnée de mécanique. Parmi les six frères Maserati qui ont marqué cette aventure, Carlo joue un rôle de pionnier, tandis qu’Alfieri transforme cette passion en entreprise. Leur ambition initiale n’est pourtant pas de fabriquer des voitures de luxe, mais de développer des solutions mécaniques capables de rivaliser en compétition.
Après la disparition prématurée de Carlo en 1910, Alfieri fonde son atelier à Bologne en décembre 1914. Ettore et Ernesto participent à son développement, bientôt rejoints par Bindo. Les premières activités concernent notamment la préparation mécanique et les systèmes d’allumage. Mario, le seul frère à avoir choisi une carrière artistique, apportera plus tard sa contribution en dessinant le célèbre trident inspiré de la fontaine de Neptune de Bologne.
Cette complémentarité explique en partie la naissance de Maserati. Mais les frères ne conserveront pas éternellement le contrôle de leur entreprise : en 1937, ils devront la céder à l’industriel Adolfo Orsi, ouvrant un nouveau chapitre de son histoire.
Crédit photo: wikipedia Maserati tipo 26
Histoire de Maserati : de la naissance à la légende
L’histoire de Maserati prend une nouvelle dimension en 1926 avec la Tipo 26, première voiture de course portant officiellement le nom de la marque. Équipée d’un huit cylindres à compresseur, elle remporte sa catégorie dès sa première participation à la Targa Florio, avec Alfieri Maserati au volant. Un début prometteur pour un constructeur encore modeste face aux grandes marques européennes.
La Tipo 26 arbore également le célèbre trident dessiné par Mario Maserati, inspiré de la statue de Neptune qui domine la fontaine de la Piazza Maggiore, à Bologne. Ce symbole associe durablement la marque à sa ville natale, tout en évoquant la puissance et la maîtrise.
Les succès en compétition se multiplient, mais cette ascension repose sur des moyens financiers limités. Maserati construit progressivement sa réputation sur les circuits, bien avant de devenir un constructeur de voitures de grand tourisme. C’est cette identité sportive qui survivra aux nombreux changements de propriétaires de la marque.

Maserati sous l’ère Orsi : expansion et course à la gloire
En 1937, les frères Maserati cèdent leur entreprise à Adolfo Orsi, industriel de Modène. La marque conserve son identité sportive, mais change progressivement de dimension. Son installation à Modène en 1940 marque une nouvelle étape, tandis que les frères poursuivent leur travail technique avant de quitter définitivement l’entreprise en 1947.
Après la guerre, Maserati s’impose parmi les grands noms de la compétition. La 250F, présentée en 1954, devient l’une des monoplaces les plus emblématiques de son époque. À son volant, Juan Manuel Fangio remporte le championnat du monde de Formule 1 en 1957, offrant à Maserati son deuxième titre mondial des pilotes après celui de 1954, également remporté par Fangio, mais partagé cette année-là entre Maserati et Mercedes-Benz.
Pourtant, ces succès ne suffisent pas à assurer la rentabilité du constructeur. Confronté à des difficultés financières, Maserati met fin à son engagement officiel en compétition à la fin de 1957. La priorité passe désormais aux voitures de route, avec une ambition nouvelle : transformer son prestige sportif en succès commercial.
Crédit photo: lartdelautomobile Citroën SM Maserati
Maserati et Citroën : l’âge d’or des GT et une alliance inattendue
Après son retrait officiel de la compétition en 1957, Maserati concentre ses efforts sur les voitures de grand tourisme. La 3500 GT, présentée cette même année, marque un tournant décisif : pour la première fois, la marque produit une sportive de luxe en volumes significatifs. Elle ouvre la voie à la première Quattroporte en 1963, puis aux Mistral, Mexico et Ghibli, qui imposent le trident parmi les références du grand tourisme italien.
En 1968, Citroën prend le contrôle de Maserati. L’alliance paraît surprenante, mais les deux constructeurs possèdent des compétences complémentaires : l’innovation technique française d’un côté, les moteurs sportifs italiens de l’autre. Leur collaboration donne notamment naissance à la Citroën SM, équipée d’un V6 conçu par Maserati.
La crise pétrolière de 1973 fragilise cependant les deux marques. Après les difficultés financières de Citroën, Maserati se retrouve menacée de liquidation en 1975. L’aventure française s’achève, laissant le constructeur italien face à une nouvelle lutte pour sa survie.
Crédit photo:sunning Maserati 3200 GT
De Tomaso, Fiat et Ferrari : la renaissance de Maserati
En 1975, Alejandro de Tomaso reprend Maserati avec le soutien des pouvoirs publics italiens. Il cherche à élargir la clientèle de la marque en proposant des voitures plus accessibles. Lancée en 1981, la Biturbo incarne cette stratégie : une berline compacte à moteur V6 biturbo, séduisante et performante, mais dont les problèmes de fiabilité ternissent progressivement la réputation du trident.
Fiat prend le contrôle de Maserati en 1993, puis confie sa gestion à Ferrari en 1997. Les investissements industriels et les exigences de qualité permettent d’engager une véritable modernisation. Présentée en 1998, la Maserati 3200 GT symbolise ce renouveau avec son V8 biturbo et ses célèbres feux arrière en forme de boomerang.
La marque poursuit ensuite sa montée en gamme avec la Quattroporte et la GranTurismo, tandis que la spectaculaire MC12 lui permet de renouer avec les victoires en compétition GT. Après plusieurs décennies d’incertitudes, Maserati retrouve ainsi une place parmi les constructeurs italiens de prestige.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la Maserati 3200GT
Crédit photo: Maserati Modèle Granturismo Folgore
Maserati aujourd’hui : entre héritage sportif et crise industrielle
Depuis son intégration à Stellantis en 2021, Maserati tente de retrouver un équilibre entre tradition sportive, luxe et nouvelles technologies. La MC20, devenue MCPura, perpétue l’héritage des grandes sportives italiennes grâce à son V6 Nettuno, tandis que les GranTurismo et Grecale proposent des motorisations thermiques et électriques. Mais cette diversification ne suffit pas à enrayer les difficultés commerciales.
En 2025, Maserati n’a livré qu’environ 7 900 véhicules, contre 11 300 en 2024. Son chiffre d’affaires a reculé de 30 %, malgré une gamme renouvelée. Pour un constructeur qui ambitionne de rivaliser avec les références du luxe automobile, cette situation souligne la fragilité de son modèle économique.
En 2026, année du centenaire du trident, Maserati poursuit donc son repositionnement. L’enjeu dépasse désormais l’électrification : il s’agit de retrouver une clientèle, de préserver une identité mécanique forte et de renouer avec la rentabilité. Plus d’un siècle après sa naissance, la marque italienne doit une nouvelle fois se réinventer.
Conclusion
L’histoire de Maserati est celle d’une marque qui a souvent changé de propriétaires, de stratégie et même de clientèle, sans jamais renoncer complètement à ses origines sportives. Des premières victoires d’Alfieri Maserati aux grandes GT, du titre mondial de Fangio aux défis industriels actuels, le trident a traversé plus d’un siècle de bouleversements. Son avenir reste incertain, mais son héritage appartient déjà aux grandes pages de l’histoire automobile.
Nota Bene
La sortie en Italie du film consacré aux frères Maserati, le 15 octobre 2026, rappelle que derrière ce constructeur prestigieux se cache d’abord une aventure familiale. Une histoire dont les véritables protagonistes méritent autant d’attention que les voitures qu’ils ont contribué à créer.
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