Maserati Merak grise stationnée sur une petite route de campagne, vue trois-quarts avant
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Maserati Merak : la GT italienne élégante dans l’ombre de la Bora

Italie, début des années 1970. Pendant que Ferrari et Lamborghini se livrent une bataille spectaculaire à coups de V12, Maserati avance à contre-courant avec une GT plus discrète, plus subtile. La Maserati Merak naît dans ce contexte particulier, entre crise énergétique, bouleversements industriels et volonté d’élargir la clientèle.
Cette voiture ancienne à moteur central arrière se positionne comme une alternative plus accessible à la radicale Maserati Bora, tout en conservant l’élégance et le blason au trident. Aujourd’hui encore, cette GT italienne reste dans l’ombre. Et pourtant, elle mérite largement qu’on s’y attarde.

Crédit photo: photo d’illustration

Maserati Merak grise en mouvement sur route, profil avant légèrement flou

Une Maserati née dans une période tourmentée

Au moment où la Maserati Merak voit le jour en 1972, la marque traverse une phase délicate. Maserati appartient alors à Citroën, et l’industrie automobile européenne entre dans une zone de turbulences, marquée par l’inflation et le premier choc pétrolier. Derrière ce modèle, on retrouve l’histoire fascinante des frères Maserati, fondateurs de la marque.

L’idée est simple, proposer une vraie Maserati, mais plus abordable, plus légère, plus rationnelle. La Merak reprend la base technique de la Bora, mais troque le V8 contre un V6 et adopte une configuration 2+2, rare pour une voiture de collection à moteur central.

Ce choix stratégique vise une clientèle différente, amateurs de GT élégantes plutôt que de supercars extrêmes. Résultat, la Merak devient la “petite” Maserati, un rôle difficile à porter dans une maison habituée aux modèles flamboyants.

Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la Maserati Merak

Crédit photo: Photo d’illustration

Design Giugiaro et architecture centrale, l’élégance avant tout

Le dessin est confié à Giorgetto Giugiaro, alors au sommet de son art. Ligne en coin typique des années 70, surfaces tendues, montants arrière ajourés… la Merak affiche une silhouette immédiatement reconnaissable.

Sous cette robe racée se cache une architecture moteur central arrière, gage d’équilibre et de précision de conduite. Contrairement à la Bora, la Merak conserve un hayon vitré laissant apparaître le moteur, détail aussi esthétique que pratique.

Vue de profil, elle semble prête à bondir. Vue de l’arrière, elle dégage une élégance presque aristocratique. Une GT qui ne crie pas, mais qui murmure avec style. Fascinant.

Maserati Merak orange avec phares escamotables ouverts, vue de face

Le V6 d’origine Citroën, un choix aussi malin que controversé

C’est là que les puristes grincent parfois des dents. Le V6 de la Merak est directement dérivé de celui de la Citroën SM, lui-même conçu avec l’aide de Maserati.
Avec ses 3,0 litres (puis 3,0 SS), il développe entre 190 et 220 chevaux selon les versions. Moins spectaculaire qu’un V8, certes, mais aussi plus léger, ce qui améliore la répartition des masses et la vivacité du châssis.
Alors, trahison ou intelligence technique ? La question mérite d’être posée. Car sur route sinueuse, la Merak révèle un comportement étonnamment équilibré, presque joueur, loin de l’image parfois lourde associée aux GT italiennes de l’époque.

Crédit photo: Photo d’illustration

Une carrière discrète face aux Ferrari et Lamborghini

Pendant que Ferrari empile les berlinettes mythiques et que Lamborghini fait rêver avec la Countach, la Merak poursuit une carrière beaucoup plus feutrée.
Sa production restera limitée à un peu moins de 1 900 exemplaires toutes versions confondues. Trop sage pour certains, pas assez radicale pour d’autres, elle peine à s’imposer dans l’imaginaire collectif.

Pourtant, elle offre un compromis rare, moteur central, quatre places occasionnelles, confort correct et vraie personnalité. Une youngtimer avant l’heure, coincée entre deux mondes.
En toute fin de carrière, après la reprise de Maserati par Alejandro de Tomaso, la gamme s’enrichit même d’une rare Maserati Merak 2000 GT, équipée d’un V6 2 litres destiné au marché italien, une contrainte fiscale qui donnera naissance à l’une des Merak les plus confidentielles.

Crédit photo: Photo d’illustration moteur de la Maserati Merak

Moteur V6 de la Maserati Merak installé en position centrale arrière

Maserati Merak, l’outsider qui devient aujourd’hui collectible

Depuis quelques années, le regard des collectionneurs change. La cote progresse doucement mais sûrement, surtout pour les versions SS et les derniers modèles débarrassés des systèmes hydrauliques Citroën.

Dans un marché où les Ferrari et Lamborghini deviennent inaccessibles, la Merak apparaît comme une porte d’entrée crédible dans l’univers des GT italiennes à moteur central. Une voiture vintage encore humaine, tant financièrement que mécaniquement.

Et puis il y a ce charme discret, cette impression de rouler dans un secret bien gardé. Incroyable comme certaines légendes mettent du temps à être reconnues.

Crédit photo: Photo d’illustration du l’intérieur de la Maserati Merak

Une GT attachante, imparfaite, mais profondément italienne

Conduire une Merak aujourd’hui, c’est renouer avec une époque analogique. Direction sans filtre, moteur expressif, boîte mécanique ferme. Rien n’est aseptisé.

Elle n’est pas parfaite, sa finition peut trahir son âge, sa maintenance demande de l’attention. Mais chaque trajet devient une expérience, chaque virage raconte une histoire. Une voiture émotionnelle, au sens noble du terme.

Conclusion

La Maserati Merak n’a jamais cherché la lumière. Coincée entre une Bora musclée et des rivales plus médiatisées, elle a longtemps vécu dans l’ombre. Pourtant, cette GT italienne incarne une vision singulière de la performance, élégante, équilibrée, accessible.
Aujourd’hui, elle s’impose comme une vraie voiture de légende pour amateurs éclairés, une Maserati authentique, à la personnalité affirmée. Parfois, les plus belles découvertes se font loin des projecteurs.

Nota Bene :

Longtemps ignorée, la Merak commence enfin à séduire une nouvelle génération de passionnés. Comme quoi, certaines voitures attendent simplement le bon moment pour révéler tout leur charme.

À lire aussi : Histoire de Maserati : du garage familial au trident mythique

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