Malus écologique : non, les Porsche 911 ne rapportent pas plus que les Dacia Sandero
Récemment sur RTL, un “génie” de la finance expliquait, la voix pleine de satisfaction, que les 300 Porsche 911 vendues en France cette année rapporteraient deux fois plus à l’État que les 50 000 Dacia Sandero écoulées sur la même période. Et d’en tirer la conclusion que “merci les riches”, la fiscalité ciblée, c’est redoutablement efficace.
Sauf que, comme souvent avec les raisonnements rapides, un simple coup d’œil aux chiffres suffit à démonter la belle histoire.
Faisons le calcul ensemble, calmement, à la lumière du réel et non du fantasme fiscal.
Une Porsche 911 neuve est en entrée de gamme à 140000€ et le prix de vente moyen proche de 180 000 €, ( dont 30 000 € de TVA ) plus 70 000 € de malus écologique : cela fait 100 000 € de recettes publiques par voiture, soit 30 millions d’euros pour les 300 exemplaires vendus.
À côté, la Dacia Sandero, voiture populaire s’il en est, s’affiche à un prix de base 18 000 € (15 000 + 3 000 de TVA). Pour 50 000 véhicules, cela représente 150 millions d’euros de TVA pour l’État.
Résultat ? Les Dacia rapportent 5 fois plus que les Porsche, tout simplement.
Alors où est passée la démonstration du monsieur ? Peut-être dans la boîte à gants d’une 911… En tout cas, ce n’est pas dans les chiffres..
Mais il y a plus absurde encore. On nous vend le malus écologique comme une “recette miracle” pour les finances publiques. Or, avant que ce malus n’atteigne des sommets, Porsche vendait environ 1 000 modèles de 911 par an en France.
Prenons cette époque : 1 000 voitures x 30 000 € de TVA = 30 millions d’euros, soit pas un centime de moins qu’avec le bonus écologique, sans parler de la taxe sur les carburants, des contrats d’assurance, des révisions et entretiens qui font aussi tourner l’économie.
Aujourd’hui, avec seulement 300 exemplaires vendus sous le régime du super-malus, l’État encaisse toujours… 30 millions d’euros, mais il a perdu tout le reste :
— 700 ventes en moins,
— 700 contrats d’assurance haut de gamme envolés,
— 700 autos qui ne consomment plus d’essence (et donc moins de TIPP),
— 700 dossiers d’entretien et de réparation en moins pour les garages spécialisés.
Moralité : le malus n’a pas généré de recette supplémentaire, il a surtout détruit de la richesse. On a sacrifié une partie de l’économie réelle pour un “gain” fiscal purement théorique. C’est comme vouloir remplir une baignoire en retirant le bouchon…
Alors la prochaine fois qu’un “expert” vous affirme que taxer les voitures de luxe rapporte gros, demandez-lui simplement de sortir sa calculatrice. Vous verrez, le silence est parfois plus parlant que le bruit des moteurs.
Nota Bene :
Le vrai coût du malus écologique ne se mesure pas qu’en euros, mais en emplois et en activité économique perdus. Derrière chaque chiffre, il y a des ateliers, des clients, et une filière qui mérite mieux qu’un calcul rapide.
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