Les fondamentaux ont changé, chaque génération apprend autrement
Ce qui choque souvent les gens de ma génération, c’est de voir que les jeunes ne maîtrisent plus ce qui était fondamental quand nous avions leur âge : calcul mental, règles de français, opérations de base. Alors on soupire, on s’inquiète, on parle parfois de déclassement.
Mais si on prend deux minutes de recul, la réalité est beaucoup plus simple.
Les fondamentaux n’ont pas disparu. Ils ont changé.
Aujourd’hui, ils ont des outils pour faire le calcul à leur place, des correcteurs pour écrire, des moteurs de recherche pour accéder au savoir, des IA pour synthétiser, traduire, organiser. Pour eux, l’essentiel n’est plus de réciter une règle ou poser une division sur un cahier quadrillé. Ce qui compte, c’est de comprendre des technologies qui déboulent sans cesse, de savoir naviguer entre plateformes, d’apprendre vite, de s’adapter en permanence, de se réinventer quand tout bouge autour d’eux.
Et au fond, ça ne devrait pas nous surprendre.
Ça ne nous choque pas de ne pas savoir faire du feu avec des silex. Pourtant, c’était fondamental, et même vital, il y a 10 000 ans. Simplement, ce savoir est devenu inutile le jour où sont apparues les allumettes et les briquets. Les outils ont remplacé certaines compétences. Exactement comme aujourd’hui.
Alors oui, certains jeunes écrivent mal. Oui, certains calculent difficilement sans écran. Mais ils évoluent dans un monde où la vraie compétence est ailleurs : comprendre des systèmes complexes, jongler avec le numérique, absorber des nouveautés à une vitesse folle. Faire cohabiter réseaux sociaux, études, infos en continu et technologies émergentes, tout ça en même temps.
Ce n’est pas moins exigeant. C’est différent.
On peut regretter certaines choses, c’est humain. On peut s’inquiéter parfois, c’est légitime. Mais est-ce vraiment raisonnable de juger une génération avec les outils d’une autre ?
Chaque époque forge ses priorités. Chaque génération apprend ce dont elle a besoin pour survivre dans son monde. Nous avons appris à mémoriser. Ils apprennent à filtrer. Nous avons appris à calculer. Ils apprennent à comprendre des interfaces. Nous avons appris à écrire sans aide. Ils apprennent à collaborer avec des machines.
Ce n’est ni mieux, ni pire. C’est juste notre époque.
Et peut-être que le vrai défi, pour nous, ce n’est pas de leur reprocher ce qu’ils ne savent plus faire. C’est d’essayer de comprendre ce qu’ils savent déjà faire… sans même s’en rendre compte.
Nota Bene :
Chaque génération croit assister à une perte de repères. En réalité, elle observe surtout un changement de repères. Et ça devient fascinant dès qu’on accepte de lâcher un peu le passé.
À lire aussi : Déclassement des jeunes en France, quand les diplômes mènent à McDo