Grèves et blocages : quand plus personne n’a envie de suivre
Hier, c’était censé être “la grande manifestation populaire”, celle qui devait tout bloquer, faire basculer le pays, redonner la parole au peuple. À l’arrivée : 250 000 manifestants selon les organisateurs, 150 000 selon le ministère de l’Intérieur. Même si on coupe la poire en deux, cela reste bien maigre pour un pays de 68 millions d’habitants. Une mobilisation “massive” qui ressemble surtout à une grande lassitude collective.
Il y a un vrai paradoxe dans ce pays : on aime râler, on adore discuter politique autour d’un café, mais quand il s’agit de sortir marcher dans le froid pour défendre ses idées, soudain, plus personne ne répond présent. Est-ce la faute à Mélenchon et à LFI, qui, depuis quelques années, transforment chaque appel populaire en démonstration politique ? On peut le penser. D’abord, parce que depuis son excellent score à la présidentielle 2017, Mélenchon semble tout faire pour se rendre antipathique auprès de la majorité : coups de gueule excessifs, stratégies d’isolement, sorties médiatiques plus agressives les unes que les autres… Bref, il a perdu la main sur la rue, et sur l’opinion publique.
Mais il y a autre chose : le “soutien” de LFI, c’est aussi l’assurance de voir débarquer, en fin de cortège, tout un tas de casseurs, black blocs, ultras de tous poils… Résultat ? À chaque manifestation, la peur des débordements l’emporte sur l’envie de défendre ses convictions. Qui a envie de finir gazé, interpellé ou simplement pris au piège entre deux vitrines explosées ? Certainement pas monsieur et madame Tout-le-monde, qui préfèrent, à raison, rester devant Netflix ou retourner bosser en râlant.
Au fond, ce qui frappe aujourd’hui, c’est la lassitude. La lassitude d’une France qui a l’impression de manifester pour rien, de bloquer pour rien, d’attendre pour rien. Ce n’est pas qu’il n’y a plus de colère, ou plus de raisons de protester : c’est qu’on n’y croit plus. Les gouvernements passent, les slogans changent, mais la galère, elle, reste bien en place, comme un rond-point occupé depuis trop longtemps. Et la fatigue de la répétition commence à remplacer l’énergie de la contestation. Une question se pose : à force de vouloir bloquer, ne finit-on pas par tout figer, même l’espoir ?
Un pays qui ne croit plus à la manif, c’est un pays qui tourne en rond. Il y a quelque chose de triste et de désabusé, là-dedans. Peut-être que la prochaine “grande mobilisation” sera la bonne. Mais en attendant, hier, c’était surtout un grand soupir collectif.
Nota Bene :
Les manifestations font de moins en moins recette, même dans un pays qui adore râler. Entre lassitude et peur des débordements, le vrai blocage est peut-être là.
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