Quand les élus se la jouent « représentation » : vos impôts ou leur dressing ?
Les révélations sur les notes de frais de la maire de Paris ont fait sourire certains, bondir beaucoup d’autres. Anne Hidalgo s’est défendue en expliquant que ses dépenses vestimentaires relevaient de la « représentation de la ville de Paris ». Et pour prouver qu’elle ne faisait rien d’exceptionnel, elle a publié les frais de tous les maires d’arrondissement. Surprise ? Tous, qu’ils dépensent beaucoup ou peu, avancent la même justification : ils représentent la ville, donc leurs vêtements et accessoires doivent être pris en charge.
Mais attendez une minute. Dans le privé, quand un cadre rencontre un élu ou signe un gros contrat, n’est-il pas lui aussi en représentation ? Pourtant, personne ne lui rembourse son costume ou sa robe. Tout le monde paie de sa poche, du stagiaire au PDG. Pourquoi cette notion de « représentation » serait-elle un privilège réservé aux élus ?
Bien sûr, on nous expliquera que la fonction impose une image, une exigence protocolaire. Certes. Mais doit-on vraiment confondre élégance et défilé de mode ? La représentation, ce n’est pas porter du Gucci ou du Dior à chaque apparition. C’est incarner une fonction avec sérieux, pas transformer ses dépenses personnelles en ligne budgétaire publique.
Cette logique est d’autant plus irritante qu’elle révèle un décalage immense entre la vie des élus et celle des contribuables. Dans un pays où la majorité se serre la ceinture, voir des vêtements de luxe passer en notes de frais a quelque chose de choquant. C’est un peu comme voir du caviar servi à la cantinedu Sénat : ça passe mal.
Et soyons francs : si ces élus devaient sortir leur carte bleue pour s’habiller, ils seraient sans doute moins enclins à faire leurs emplettes chez les grands couturiers. L’argent public a bon dos, surtout quand il finance des accessoires qui n’ont rien à voir avec la gestion d’une ville.
Alors, représentation ou privilège ? La réponse est presque dans la question. Car représenter, ce n’est pas se déguiser en star de tapis rouge aux frais des contribuables. C’est avant tout incarner la confiance de ceux qui vous ont élu. Et cette confiance ne se gagne pas à coups de talons Louboutin ou de cravates Hermès.
Nota Bene :
On oublie souvent que dans les années 80 déjà, certains ministres avaient dû justifier leurs frais vestimentaires. L’histoire se répète, mais l’indignation reste la même : la représentation ne devrait jamais se transformer en privilège de luxe.
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