Usine Stellantis de Tychy en Pologne où sont assemblés des véhicules Leapmotor
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Constructeurs chinois en Europe : les usines européennes leur ouvrent leurs portes

Les constructeurs chinois en Europe franchissent une nouvelle étape. Après avoir longtemps exporté leurs véhicules depuis la Chine, plusieurs marques comme Leapmotor, Dongfeng, Chery, BYD ou encore SAIC préparent désormais leur production directement sur le continent européen ou à ses portes. Une évolution surprenante alors que les constructeurs européens avaient réclamé des droits de douane pour freiner leur progression. Derrière cette apparente contradiction se cache une réalité économique complexe, faite de surcapacités industrielles, de concurrence accrue et de choix stratégiques qui pourraient redessiner l’industrie automobile européenne.

Crédit photo: Stellantis Site de Tychy en Pologne

Usine Stellantis de Tychy en Pologne où sont assemblés des véhicules Leapmotor

Les constructeurs chinois en Europe profitent des usines disponibles

Les constructeurs chinois en Europe utilisent de plus en plus les capacités de production inutilisées des usines européennes.

Les groupes automobiles européens disposent aujourd’hui de nombreuses usines tournant bien en dessous de leur capacité optimale.

Pourquoi ces surcapacités sont-elles devenues un problème majeur ? La baisse du marché automobile européen depuis 2019 a laissé des lignes de production sous-utilisées dans plusieurs pays. Pour certains constructeurs, faire entrer un partenaire chinois apparaît désormais comme une solution rapide pour maintenir l’activité.
L’exemple le plus visible est celui de Stellantis avec Leapmotor en Pologne et bientôt en Espagne, mais d’autres groupes explorent désormais des pistes similaires.

Crédit photo: Nissan Usine de Sunderland

Des alliances qui auraient semblé impossibles il y a quelques années

Les constructeurs européens accueillent aujourd’hui des marques chinoises qu’ils considéraient hier comme des concurrentes.

Il y a encore peu de temps, l’arrivée des constructeurs chinois suscitait surtout des inquiétudes au sein de l’industrie européenne.

Pourtant, la situation a profondément changé. Stellantis collabore avec Leapmotor et Dongfeng. Nissan prévoit d’accueillir Chery dans son usine de Sunderland. Volkswagen discute avec Xpeng tandis que Ford échange avec Geely.

Cette évolution spectaculaire montre à quel point la question des capacités industrielles est devenue prioritaire. Pour certains groupes, remplir une usine est désormais plus urgent que préserver une séparation stricte entre constructeurs européens et chinois.

Vue aérienne de l'usine Nissan de Sunderland appelée à accueillir Chery

Crédit photo: Stellantis Usine de Kenitra au Maroc

Usine Stellantis de Kénitra au Maroc proche des routes commerciales européennes

Les droits de douane européens ont-ils produit l’effet inverse ?

Les taxes instaurées par l’Union européenne visaient à ralentir l’arrivée des véhicules électriques produits en Chine. Mais les conséquences pourraient être différentes de celles initialement recherchées. Produire directement en Europe permet aux constructeurs chinois de contourner une partie de ces barrières douanières tout en se rapprochant de leurs clients.

D’autres stratégies émergent également. Certains groupes chinois investissent dans des pays bénéficiant d’accords commerciaux favorables avec l’Europe. Le Maroc, où Stellantis et plusieurs constructeurs européens sont déjà implantés, apparaît ainsi comme une porte d’entrée particulièrement attractive.

Au final, les droits de douane pourraient accélérer l’implantation industrielle des constructeurs chinois plutôt que freiner leur développement sur le continent.

Crédit photo: Stellantis Site décarboné de Saragosse

Site Stellantis de Saragosse en Espagne pressenti pour produire des modèles Leapmotor

Une solution de court terme pour sauver les usines européennes

Pour les constructeurs européens, l’intérêt immédiat est facile à comprendre.

Une usine automobile devient difficilement rentable lorsqu’elle fonctionne à moins de 65 % ou 70 % de ses capacités. Or certaines tournent aujourd’hui autour de 50 %, voire moins.

Dans ce contexte, accueillir un partenaire chinois permet de préserver des emplois, de maintenir l’activité des fournisseurs locaux et d’éviter des fermetures politiquement sensibles.

Les dirigeants industriels défendent donc une approche pragmatique. Mieux vaut produire des véhicules chinois dans une usine européenne que laisser les chaînes de montage à l’arrêt.

Crédit photo: emilfreyfrance Concession BYD en France

Les constructeurs chinois sont-ils les véritables gagnants ?

C’est sans doute la question la plus sensible du dossier.
Les marques chinoises obtiennent aujourd’hui ce qu’il est généralement très difficile d’acquérir rapidement, une capacité de production locale, un accès au marché européen et une meilleure acceptation politique de leur présence.

Le risque pour les constructeurs européens est de voir leurs partenaires devenir progressivement des concurrents encore plus puissants. Les groupes chinois disposent déjà d’une avance reconnue dans certains domaines comme les batteries, les logiciels embarqués ou la rapidité de développement de nouveaux modèles.

Si leurs ventes continuent de progresser fortement, certains observateurs s’interrogent sur l’équilibre futur de ces partenariats. Les constructeurs européens sécurisent-ils leur avenir industriel ou préparent-ils malgré eux l’arrivée de nouveaux leaders sur leur propre marché ?

Usine Stellantis de Tychy en Pologne où sont assemblés des véhicules Leapmotor

Conclusion

L’ouverture des usines européennes aux constructeurs chinois illustre parfaitement les contradictions auxquelles fait face l’industrie automobile du continent. D’un côté, ces accords permettent de préserver l’emploi et de mieux utiliser des outils industriels sous-exploités. De l’autre, ils facilitent l’installation durable de concurrents particulièrement ambitieux.

Les prochaines années permettront de savoir si cette stratégie constitue un simple ajustement industriel ou le début d’un profond changement d’équilibre dans l’automobile européenne.

Nota Bene :

L’histoire automobile montre que les grands bouleversements industriels commencent souvent par des partenariats présentés comme pragmatiques. Reste à savoir si ces coopérations renforceront l’industrie européenne ou si elles marqueront une nouvelle étape dans l’ascension des constructeurs chinois sur le continent.

À lire aussi : BYD vs UE : le constructeur chinois a déjà contourné les taxes

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