Tesla Roadster 2008 : comment la première Tesla a changé l’électrique
En 2008, la voiture électrique évoque encore davantage les petits véhicules urbains et les expérimentations que les véritables sportives. Le Tesla Roadster 2008 vient bouleverser cette image avec une accélération digne de voitures thermiques beaucoup plus prestigieuses et une autonomie dépassant largement ce que proposent alors la plupart des électriques. Sa production restera pourtant minuscule à l’échelle de l’industrie automobile. C’est précisément ce contraste qui fait aujourd’hui son importance : le premier modèle de Tesla n’avait pas besoin de conquérir le marché, il devait d’abord démontrer qu’une voiture électrique pouvait devenir désirable.
Crédit photo: Illustration Tesla Roadster 2008
Tesla Roadster 2008 : pourquoi commencer par une voiture de sport ?
Le Tesla Roadster 2008 n’a pas été conçu pour démocratiser immédiatement la voiture électrique. Tesla choisit au contraire une petite sportive chère et produite en faible volume afin de démontrer qu’une électrique peut offrir performances, autonomie et plaisir de conduite.
La stratégie peut sembler paradoxale. Pour convaincre le grand public de passer à l’électrique, pourquoi commencer par une voiture inaccessible à la majorité des automobilistes ?
La technologie explique une partie de la réponse. Les batteries lithium-ion coûtent encore extrêmement cher. Une sportive haut de gamme permet d’intégrer ce coût dans un prix de vente élevé tout en utilisant les performances du moteur électrique comme argument commercial.
Le Roadster sert également de laboratoire grandeur nature. Tesla doit apprendre à gérer batteries, électronique de puissance, refroidissement et recharge dans les conditions d’utilisation d’une véritable automobile. La production régulière débute le 17 mars 2008, moins de deux ans après la présentation du prototype. Tesla annonce alors un 0 à 60 mph en 3,9 secondes. La démonstration est claire : l’électricité ne signifie plus nécessairement renoncer aux performances.
Crédit photo: Tesla Vue de dessus du Tesla Roadster
Le Tesla Roadster était-il vraiment une Lotus Elise électrique ?
La ressemblance est suffisamment évidente pour que le raccourci ait survécu : le premier Roadster serait simplement une Lotus Elise transformée en voiture électrique. La réalité est plus intéressante.
Lotus joue effectivement un rôle essentiel. Les premières étapes d’assemblage du châssis et de la carrosserie sont réalisées à Hethel, en Angleterre, et Tesla achète à Lotus les véhicules partiellement assemblés, ou « gliders », servant de base au Roadster. Pour les voitures américaines, ces ensembles sont ensuite expédiés en Californie afin d’y recevoir le groupe motopropulseur électrique.
Mais l’installation d’une batterie de plusieurs centaines de kilos impose évidemment bien davantage qu’un changement de moteur. Carrosserie en fibre de carbone, adaptations structurelles, électronique et chaîne de traction spécifique transforment profondément la voiture. La différence de masse le montre bien. Le Roadster atteint environ 1 235 kg, dont plus de 400 kg pour la seule batterie. Il conserve donc une partie de la philosophie d’une petite sportive Lotus, mais il constitue déjà une automobile très différente dans son fonctionnement et son comportement.
Crédit photo: Illustration batterie Tesla Roadster démontée
Comment des milliers de batteries d’ordinateur ont-elles rendu le Roadster possible ?
L’une des décisions techniques les plus importantes de Tesla consiste à ne pas attendre l’apparition d’une hypothétique cellule spécialement conçue pour révolutionner l’automobile.
La batterie du Roadster rassemble 6 831 petites cellules lithium-ion cylindriques de 18 mm de diamètre et 65 mm de longueur, le fameux format 18650 largement utilisé dans l’électronique grand public. Elles sont regroupées en modules et surveillées électroniquement.
Pris individuellement, ces accumulateurs n’ont rien d’extraordinaire. Le défi consiste justement à en faire fonctionner plusieurs milliers ensemble dans une automobile soumise aux vibrations, aux variations de température et à de fortes demandes de puissance. Tesla développe donc des systèmes de refroidissement, de surveillance de température et de tension, d’équilibrage de charge et de sécurité. La batterie offre environ 53 kWh d’énergie utilisable, tandis que l’autonomie homologuée américaine atteindra 236 miles, soit environ 380 km selon le cycle EPA utilisé à l’époque.
Le véritable coup de force n’est donc pas d’avoir inventé une nouvelle cellule. Il consiste à avoir transformé des milliers de cellules existantes en une batterie automobile performante et contrôlable.
Crédit photo: Illustration arrière Tesla Roadster
Quelles performances offrait réellement le premier Roadster Tesla ?
Avec 215 kW, soit environ 292 ch, et un couple maximal de 370 Nm disponible dès les très bas régimes sur la première version, le Roadster propose des performances particulièrement impressionnantes pour une électrique de 2008. Tesla annonce 3,9 secondes de 0 à 60 mph, soit 96 km/h. Le chiffre replace immédiatement la voiture parmi les sportives sérieuses de son époque.
Mais ses performances racontent surtout une histoire différente de celle d’une sportive thermique. Le moteur électrique délivre immédiatement son couple et la transmission définitive utilise un rapport unique. Il n’est plus nécessaire d’attendre que le moteur atteigne son régime idéal ni d’enchaîner les rapports pour obtenir une forte accélération.
Tout n’est pourtant pas parfait. Les quelque 408 kg de batterie éloignent considérablement le Roadster de la légèreté d’une Elise. La recharge reste contraignante face à quelques minutes nécessaires pour remplir un réservoir d’essence et le prix réserve la voiture à une clientèle privilégiée.
Crédit photo: Tesla Intérieur du Roadster 2008
Pourquoi quelques milliers de voitures ont-elles suffi à changer l’histoire de Tesla ?
Le Roadster ne deviendra jamais une automobile de grande diffusion. Son importance se mesure ailleurs.
Avec lui, Tesla accumule une expérience concrète sur la gestion des cellules lithium-ion, le refroidissement, l’électronique de puissance, les moteurs électriques et les logiciels contrôlant l’ensemble. Dès le lancement de la production, l’entreprise explique d’ailleurs vouloir utiliser cette avance technologique pour préparer une berline cinq places, préfigurant la stratégie qui conduira ensuite à la Model S.
Surtout, le Roadster inverse le discours traditionnel autour de l’électrique. Jusqu’alors, beaucoup de voitures électriques demandaient au conducteur d’accepter des compromis importants en échange d’une consommation de pétrole supprimée. Tesla propose une autre logique : désirer la voiture d’abord pour ce qu’elle sait faire, puis découvrir que ses performances viennent précisément de sa motorisation électrique.
Près de vingt ans plus tard, une accélération fulgurante n’a plus rien d’exceptionnel pour une électrique puissante. C’est peut-être la meilleure mesure du succès culturel du premier Roadster : ce qui paraissait presque incroyable en 2008 est devenu banal.
Conclusion
Le Tesla Roadster 2008 n’a ni inventé la voiture électrique ni provoqué à lui seul son essor. Sa véritable rupture est d’avoir changé la démonstration.
Plutôt que de demander aux automobilistes d’accepter des performances modestes au nom de l’électricité, Tesla utilise précisément l’accélération, l’autonomie et le caractère sportif pour rendre cette technologie désirable. Produit à seulement quelques milliers d’exemplaires, le Roadster aura finalement exercé une influence sans commune mesure avec sa diffusion.
Nota Bene :
en février 2018, le Roadster personnel d’Elon Musk est utilisé comme charge utile lors du premier lancement de la fusée Falcon Heavy de SpaceX. Installé avec le mannequin « Starman » au volant, il devient ainsi de très loin le Tesla Roadster le plus éloigné des routes terrestres.
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