Voiture indispensable : devient-elle un luxe pour ceux qui en ont encore besoin ?
Dans les grandes métropoles, la voiture recule. Une étude publiée ce dimanche sur les déplacements à Paris, New York, Tokyo et plusieurs autres grandes villes montre une évolution spectaculaire : marche, vélo et transports collectifs prennent une place croissante, tandis que l’automobile perd du terrain. On pourrait presque en conclure que la voiture devient progressivement inutile.
Sauf qu’il suffit de sortir des grandes métropoles pour découvrir une tout autre réalité.
Dans de nombreuses zones rurales ou périurbaines, la voiture indispensable n’est pas une formule. Elle reste le moyen d’aller travailler, d’emmener les enfants à l’école, de faire les courses ou simplement de rejoindre une gare. Le premier bus peut passer à plusieurs kilomètres, quand il existe, et le dernier rentrer bien avant la fin d’une journée de travail.
Le paradoxe devient alors assez savoureux.
Ceux qui disposent du plus grand nombre d’alternatives peuvent progressivement réduire leur utilisation de la voiture. Ceux qui n’en ont pratiquement aucune doivent continuer à payer pour elle. Et en ce moment, ils paient cher. La nouvelle hausse des carburants touche évidemment tous les automobilistes, mais elle ne représente pas la même contrainte pour celui qui peut laisser sa voiture au garage trois jours par semaine et pour celui qui doit parcourir 50 kilomètres quotidiennement simplement pour travailler.
On parle souvent du prix de l’essence comme s’il s’agissait uniquement du coût d’un choix individuel. Après tout, chacun serait libre de prendre davantage les transports en commun, de marcher ou d’utiliser un vélo. Encore faut-il que ces solutions existent.
Dire à quelqu’un qui habite à trente kilomètres de son lieu de travail qu’il devrait prendre le métro possède un léger défaut : généralement, personne n’a pensé à construire le métro jusque chez lui.
Et ce n’est pas seulement le carburant. Acheter une voiture coûte cher, l’assurer coûte cher, l’entretenir coûte cher. Les normes environnementales et de sécurité rendent les voitures neuves toujours plus sophistiquées, donc souvent plus coûteuses. Même les petites voitures réellement abordables deviennent rares.
Nous arrivons ainsi à une situation étrange : la voiture devient progressivement moins nécessaire là où il est relativement facile de s’en passer, tout en devenant de plus en plus chère là où elle reste difficilement remplaçable.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faudrait remettre davantage de voitures dans les centres-villes. Dans une métropole dense, réduire leur nombre peut améliorer la circulation, le bruit et la qualité de vie. Si métro, tramway, bus, vélo et marche permettent réellement de se déplacer, pourquoi utiliser systématiquement une automobile ?
Le problème commence lorsque cette réalité métropolitaine devient une vision générale de la mobilité. La France ne se résume pas aux centres de Paris, Lyon, Bordeaux ou Strasbourg. Pour des millions de personnes, posséder une voiture n’est ni un plaisir particulier ni un symbole de liberté que l’on refuse obstinément d’abandonner. C’est simplement un outil nécessaire à la vie quotidienne.
Peut-être faudrait-il donc inverser légèrement notre manière de poser le problème. La question n’est pas seulement : comment convaincre les Français d’utiliser moins leur voiture ? Elle pourrait aussi devenir : comment éviter que ceux qui ne peuvent pas encore s’en passer soient les premiers à ne plus pouvoir se la payer ?
Car la voiture pourrait bien devenir un luxe. Et curieusement, surtout pour ceux qui en ont encore besoin.
Nota Bene :
Paris peut perdre des voitures parce qu’elle dispose de métros, de bus, de trains et de services à proximité. Dans beaucoup de villages, la meilleure alternative à la voiture reste encore aujourd’hui… une deuxième voiture dans le foyer.
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