Peut-on vraiment convaincre de laisser sa voiture quand les transports ne sont pas fiables ?
Les transports en commun constituent évidemment l’une des principales solutions pour réduire l’utilisation de la voiture. Un train, un métro ou un bus peut transporter des dizaines, voire des centaines de personnes en occupant beaucoup moins d’espace et en consommant généralement moins d’énergie par passager. Sur le papier, le raisonnement est difficilement contestable.
Mais dans la vie quotidienne, un autre critère finit parfois par devenir beaucoup plus important : peut-on être certain d’arriver à l’heure ? Les retards de la SNCF en fournissent probablement l’exemple le plus visible. Un train annoncé avec dix minutes de retard n’est pas dramatique. Une voiture peut également rester bloquée dans un embouteillage ou derrière un accident. Aucun moyen de transport ne peut garantir une ponctualité absolue.
Le problème commence lorsque l’imprévu devient suffisamment fréquent pour qu’il faille l’intégrer systématiquement dans son emploi du temps.
Un trajet ferroviaire théorique de 45 minutes n’en dure plus réellement 45 si l’on doit prendre le train précédent pour être raisonnablement certain d’arriver à une réunion importante. Et dix minutes de retard peuvent devenir beaucoup plus pénalisantes lorsqu’elles font manquer une correspondance. Le phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement la SNCF.
Un métro interrompu, un bus supprimé ou simplement une ligne dont la fréquence devient trop faible peuvent produire exactement le même résultat. Dans une grande ville, manquer un bus circulant toutes les cinq minutes reste généralement supportable. Dans une zone périurbaine ou rurale, rater celui qui passe toutes les heures peut bouleverser une journée. C’est ici que la question de la voiture devient intéressante.
On peut rendre son utilisation plus coûteuse, augmenter le prix du stationnement, supprimer des places, réduire certaines voies de circulation ou créer des zones dans lesquelles son accès devient plus difficile. Toutes ces mesures peuvent avoir des justifications environnementales ou urbanistiques. Mais contraindre quelqu’un à moins utiliser sa voiture et le convaincre de la laisser volontairement sont deux choses très différentes. Pour obtenir la seconde, l’alternative doit inspirer confiance.
Celui qui doit être à son travail à 8 h 30 ne choisit pas uniquement son moyen de transport en comparant son prix et ses émissions de CO₂. Il se demande également quelle probabilité il a d’arriver effectivement à 8 h 30. Même chose pour celui qui doit récupérer un enfant à l’école, arriver à un rendez-vous médical ou prendre une correspondance.
La voiture possède évidemment ses propres défauts. Elle coûte cher, nécessite de trouver une place et subit elle aussi les bouchons. Mais elle donne souvent à son conducteur une sensation de maîtrise. En cas de problème, il peut parfois changer d’itinéraire, partir plus tôt ou adapter son trajet. Dans un train immobilisé ou devant l’affichage « bus supprimé », sa marge de manœuvre devient beaucoup plus faible.
Cette différence psychologique compte probablement autant que quelques minutes gagnées ou perdues. Et il serait injuste de transformer cette réflexion en procès des transports publics. Chaque jour, des millions de voyageurs prennent un train, un métro, un tramway ou un bus et arrivent parfaitement à destination. Un train supprimé marque davantage les esprits que cinquante trains arrivés à l’heure.
Mais pour convaincre durablement un automobiliste de changer ses habitudes, la fiabilité doit devenir une qualité aussi importante que le prix, la vitesse ou l’impact environnemental. On peut multiplier les discours expliquant qu’il faut moins utiliser la voiture. Ils seront parfaitement entendables tant qu’une véritable alternative existe.
Mais cette alternative ne doit pas seulement exister sur une carte ou dans une application. Elle doit permettre à celui qui l’utilise de lui confier quelque chose de beaucoup plus précieux que son trajet : l’organisation de sa journée.
Rendre la voiture moins pratique peut certainement réduire son utilisation. Pour donner réellement envie de la laisser au garage, il faudra surtout rendre ce qui la remplace suffisamment fiable pour ne plus avoir à se demander, chaque matin, si l’on arrivera à l’heure.
Nota Bene :
Le meilleur transport en commun n’est peut-être pas toujours celui qui gagne dix minutes lorsqu’il fonctionne parfaitement. Pour beaucoup d’usagers, c’est d’abord celui qui met presque toujours le temps qu’il avait annoncé.
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