Ferrari 12Cilindri : le V12 atmosphérique qui refuse de disparaître
La Ferrari 12Cilindri apparaît en mai 2024 à Miami Beach avec une proposition devenue presque provocante dans l’industrie automobile moderne. À l’heure où les sportives adoptent massivement le turbo, l’hybridation et parfois l’électrique, Maranello présente une nouvelle berlinette deux places animée par un V12 atmosphérique de 6,5 litres. Elle succède à la 812 Superfast et assume en même temps une filiation beaucoup plus ancienne, celle des grandes GT à moteur V12 avant qui ont construit une partie de la légende Ferrari.
Avec ses 830 ch et son régime maximal de 9 500 tr/min, cette voiture moderne semble ainsi préserver une recette venue d’un autre temps. La 12Cilindri n’est évidemment pas encore une voiture de collection puisqu’elle figure toujours au catalogue Ferrari. Pourtant, sa mécanique, son architecture et certaines références à la 365 GTB/4 Daytona lui donnent déjà une place singulière dans l’histoire récente de la marque.
Crédit photo: Illustration face avant
Ferrari 12Cilindri, l’héritière d’une lignée née bien avant elle
La Ferrari 12Cilindri prolonge une tradition de grandes berlinettes V12 à moteur avant qui accompagne Maranello depuis ses origines. Bien avant elle, les 250 GT, 275 GTB ou 365 GTB/4 avaient associé moteur douze cylindres, propulsion et capacité à parcourir de longues distances à très grande vitesse.
Présentée en 1968, la 365 GTB/4, rapidement surnommée Daytona, reste probablement l’une des références les plus évidentes. Son immense capot abritait un V12 atmosphérique tandis que l’habitacle était rejeté vers l’arrière. Plus de cinquante ans plus tard, la silhouette générale de la 12Cilindri reprend cette architecture sans chercher à reproduire directement cette voiture ancienne.
La filiation s’est poursuivie entre-temps avec les 550 Maranello, 575M, 599 GTB Fiorano, F12berlinetta puis 812 Superfast. Les performances ont radicalement changé, mais l’idée demeure étonnamment familière. Un long capot, deux places, un V12 installé devant le conducteur et les roues arrière chargées de transmettre toute sa puissance.
Pour les curieux de mécanique, jetez un œil à la fiche technique de la Ferrari 12Cylindri
Crédit photo: Illustration moteur V12 atmosphérique
Un V12 atmosphérique de 830 ch qui semble venir d’une autre époque
Son V12 atmosphérique de 6,5 litres développe 830 ch et grimpe jusqu’à 9 500 tr/min. À lui seul, ce chiffre explique une grande partie de l’intérêt de la Ferrari 12Cilindri dans une époque où les moteurs de grosse cylindrée sans suralimentation deviennent exceptionnels.
Cette évolution du célèbre V12 de la famille F140 délivre également 678 Nm. Ferrari a travaillé sur les masses internes, notamment grâce à des bielles en titane, afin de permettre au moteur de prendre ses tours avec une rapidité spectaculaire. Il n’y a ni turbocompresseur pour augmenter la puissance ni moteur électrique pour l’assister.
Combien de constructeurs peuvent encore proposer une mécanique pareille dans une voiture neuve ? La question dépasse même les performances. Un moteur atmosphérique réagit directement à l’accélérateur et transforme progressivement son caractère à mesure que le régime augmente. À proximité de 9 500 tr/min, le V12 ne se contente plus de propulser la voiture, il devient une partie essentielle de l’expérience.
De la 812 Superfast à la 12Cilindri, une évolution plus profonde qu’il n’y paraît
La 12Cilindri ne marque pourtant pas une rupture mécanique totale avec la génération précédente. La 812 Superfast développait déjà 800 ch et la radicale 812 Competizione atteignait même 830 ch. La marque au cheval cabré devait donc trouver autre chose qu’une simple course à la puissance pour faire progresser sa grande GT.
La boîte à double embrayage possède désormais huit rapports et les quatre roues directrices peuvent être gérées indépendamment. Le châssis, les aides électroniques et l’aérodynamique permettent d’exploiter des performances qui auraient autrefois été difficiles à imaginer dans une GT à moteur avant.
Cette sophistication crée un contraste fascinant. Sous le capot subsiste l’une des mécaniques les plus traditionnelles du marché, tandis que tout ce qui l’entoure appartient pleinement aux années 2020. La 12Cilindri n’est donc pas une Ferrari nostalgique qui chercherait à revenir trente ans en arrière. Elle utilise au contraire la technologie moderne pour maintenir en vie une architecture historique.
Crédit photo: Illustration arrière gauche
Un dessin moderne qui ose regarder la Daytona
Le Ferrari Styling Centre dirigé par Flavio Manzoni a lui aussi choisi de regarder le passé sans fabriquer une voiture néo-rétro. Les proportions rappellent naturellement les anciennes berlinettes V12, mais les surfaces sont beaucoup plus épurées et futuristes.
La référence la plus visible se trouve à l’avant. La bande sombre reliant les optiques évoque le traitement particulier des premières 365 GTB/4 Daytona. Sur la 12Cilindri, elle devient pourtant un élément graphique contemporain plutôt qu’une reproduction historique.
L’arrière prend encore davantage de libertés. Les volumes géométriques, la lunette intégrée dans une grande surface vitrée et les éléments aérodynamiques actifs installés de part et d’autre donnent à la voiture une identité immédiatement reconnaissable. Même l’immense capot à ouverture inversée participe au spectacle.
Cette Ferrari peut diviser davantage que certaines de ses devancières, mais c’est peut-être aussi une qualité. Les voitures de collection les plus mémorables ne sont pas toujours celles qui ont cherché à plaire à tout le monde dès leur apparition.
Crédit photo: Illustration sur circuit
Une GT de 340 km/h qui ne veut pas devenir une voiture de circuit
Avec plus de 340 km/h en vitesse maximale et environ trois secondes pour atteindre 100 km/h, la 12Cilindri évolue dans un univers de performances autrefois réservé aux supercars les plus extrêmes. Pourtant, Ferrari continue de la présenter avant tout comme une grande routière.
L’habitacle accueille deux personnes dans un environnement beaucoup plus confortable que celui d’une pistarde. Le conducteur dispose d’une instrumentation numérique, le passager de son propre écran et un troisième affichage central permet de gérer différentes fonctions. Le toit vitré renforce encore cette volonté de rendre les longs trajets agréables.
C’est finalement là que la tradition des anciennes GT Ferrari reste la plus perceptible. Une 12Cilindri doit pouvoir traverser un pays à grande vitesse, rejoindre une route de montagne et procurer des sensations exceptionnelles sans imposer en permanence les contraintes d’une voiture conçue uniquement pour le circuit.
Crédit photo: Illustration de l’intérieur
La Ferrari 12Cilindri pourrait-elle devenir une vraie voiture de collection ?
La Ferrari 12Cilindri est encore trop récente pour parler sérieusement de cote ou de statut de collector. Elle est toujours commercialisée neuve et son tarif français dépasse largement les 380 000 euros avant options et fiscalité.
Elle possède néanmoins plusieurs caractéristiques qui pourraient devenir particulièrement recherchées avec le temps. Son V12 atmosphérique constitue évidemment la première, mais son architecture à moteur avant, son style immédiatement identifiable et sa position dans une période de transformation accélérée de l’automobile comptent également.
Il serait en revanche imprudent de la présenter comme la dernière Ferrari V12 atmosphérique. Maranello n’a pas annoncé la disparition de cette architecture et l’histoire automobile a suffisamment montré que les prophéties sur le « dernier moteur de son genre » vieillissent parfois très mal.
La vraie singularité de la 12Cilindri est plus simple. En 2026, Ferrari continue à vendre une automobile neuve dont la philosophie aurait été parfaitement compréhensible pour un amateur de la marque plusieurs décennies auparavant. La technologie a changé, les performances sont devenues incroyables, mais le principe fondamental demeure.
Conclusion
La Ferrari 12Cilindri est une automobile profondément moderne construite autour d’une idée presque intemporelle. Son électronique, son aérodynamique active, ses quatre roues directrices et son habitacle numérique appartiennent pleinement à notre époque. Son immense V12 atmosphérique installé à l’avant semble, lui, résister au temps.
Il faudra probablement attendre de nombreuses années avant de savoir si cette Ferrari rejoindra réellement les voitures de légende de Maranello. Mais elle possède déjà quelque chose que l’on ne peut pas ajouter plus tard à une automobile, une mécanique exceptionnelle née à un moment où presque toute l’industrie automobile emprunte une autre direction.
Nota Bene :
Avec son V12 atmosphérique, la Ferrari 12Cilindri perpétue la tradition des grandes GT de Maranello et pourrait un jour devenir une voiture de collection particulièrement recherchée. Elle représente surtout l’une des dernières grandes sportives neuves à défendre une architecture mécanique devenue rarissime.
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