Photo officielle des membres du Conseil constitutionnel devant un drapeau français après le rejet de l’annulation des ZFE.
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Annulation des ZFE, quand neuf sages ignorent des millions de Français

Il y a parfois des décisions qui résument à elles seules le fossé grandissant entre une partie des dirigeants et le pays réel. Le rejet de l’annulation des ZFE par le Conseil constitutionnel en fait probablement partie.

Pour beaucoup de Français, l’histoire est difficile à comprendre. Des députés et des sénateurs avaient voté pour mettre fin aux Zones à Faibles Émissions, ces dispositifs qui interdisent progressivement certaines voitures dans plusieurs grandes villes. Le sujet dépasse largement les passionnés d’automobile. Derrière les ZFE, il y a des millions de gens qui travaillent, emmènent leurs enfants à l’école ou vivent simplement loin des centres-villes et n’ont pas les moyens de changer de voiture du jour au lendemain.

Et pourtant, tout cela vient d’être balayé par neuf membres du Conseil constitutionnel. Neuf personnes non élues, dont la moyenne d’âge dépasse largement celle des actifs qui subissent ces décisions au quotidien. À ce niveau-là, ce n’est même plus un décalage générationnel, c’est presque une autre planète.

Le plus ironique, c’est que beaucoup de Français ont le sentiment d’avoir assisté à une sorte de match joué d’avance. Trois membres nommés par le président de la République, trois par la présidente de l’Assemblée nationale, très proche du pouvoir depuis des années, et trois par le président du Sénat. Difficile ensuite de s’étonner que les décisions finales ressemblent souvent aux orientations politiques du moment.

Et puis il y a cette étrange habitude française qui consiste à appeler “les sages” des personnalités politiques souvent issues du même système qu’elles sont censées arbitrer. À force, le mot finit presque par provoquer un sourire. Certains ont derrière eux cinquante ans de vie politique. D’autres ont même connu des condamnations judiciaires. Cela n’empêche visiblement pas de devenir arbitre suprême des lois françaises.

Bien sûr, les défenseurs des ZFE expliqueront qu’il faut améliorer la qualité de l’air dans les grandes villes. Sur le principe, peu de gens contestent cet objectif. Mais le problème n’est plus vraiment là. Ce qui agace profondément une partie du pays, c’est cette impression que les décisions importantes échappent de plus en plus aux citoyens, et parfois même aux élus eux-mêmes.

Car au fond, cette affaire dépasse les ZFE. Elle pose une question beaucoup plus large. À quoi sert encore un vote parlementaire si quelques personnes peuvent ensuite annuler politiquement ce qui dérange le pouvoir en place ? Et pendant ce temps-là, des millions d’automobilistes continuent à regarder leur vieille voiture diesel avec la sensation étrange d’être devenus des citoyens provisoires.

Nota Bene :

Le plus frappant dans cette affaire, c’est peut-être le décalage entre ceux qui fabriquent les règles et ceux qui vivent avec. Dans beaucoup de familles, changer de voiture n’est déjà plus un projet, c’est devenu un luxe inaccessible.

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