Discours politique devant une grande assemblée dans une salle de conférence
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Quand le mensonge politique n’a même plus besoin d’être crédible

Il fut un temps où mentir en politique exigeait un certain talent. Il fallait arranger les faits, contourner les questions, présenter une version des événements qui reste au moins vaguement plausible. Le mensonge politique devait être habile pour fonctionner.

Ce temps semble révolu.

Aujourd’hui, il arrive de voir des responsables affirmer face caméra des choses dont presque tout le monde comprend immédiatement qu’elles sont fausses, exagérées ou complètement absurdes. Le plus étonnant n’est même plus le mensonge lui-même. C’est l’assurance tranquille avec laquelle il est prononcé.

Comme si la crédibilité n’était plus vraiment nécessaire.

Dans l’ancien monde politique, être pris en flagrant délit de mensonge était un problème. On pouvait perdre une élection, une fonction, parfois une carrière. Aujourd’hui, ce risque semble beaucoup plus faible. Le mensonge politique n’est plus forcément dissimulé. Il est parfois assumé, presque revendiqué.

Pourquoi ce changement ?

Une partie de la réponse se trouve probablement dans l’évolution du paysage médiatique. Les réseaux sociaux accélèrent tout. Les déclarations circulent instantanément, mais elles sont aussi très vite remplacées par d’autres. L’indignation dure quelques heures, puis l’attention passe ailleurs.

Dans ce flux permanent, la cohérence devient moins importante que l’impact immédiat.

Un discours outrancier attire plus facilement l’attention qu’une explication nuancée. Une phrase spectaculaire se partage mieux qu’un raisonnement complexe. Dans ce contexte, la tentation est grande de dire n’importe quoi avec aplomb, en pariant sur le fait que l’effet médiatique primera sur la vérification.

Mais il existe peut-être une autre explication, plus dérangeante. Le mensonge politique fonctionne aussi parce que nous l’acceptons plus facilement qu’avant. Certains électeurs savent que ce qu’ils entendent est faux, mais cela ne change pas nécessairement leur opinion. Le discours est jugé non pas sur sa vérité, mais sur l’émotion qu’il provoque.

Ce qui compte n’est plus toujours l’exactitude des faits, mais l’appartenance au bon camp.

Dans ce nouveau paysage, le mensonge devient presque un style de communication. Il sert à provoquer, à mobiliser, à marquer les esprits. La vérité, elle, arrive souvent trop tard et fait beaucoup moins de bruit.

La question n’est donc peut-être plus de savoir pourquoi certains dirigeants mentent aussi ouvertement. Elle est plus inconfortable.

Pourquoi cela ne semble-t-il plus vraiment les pénaliser ?

Nota Bene :

Dans un monde saturé d’informations, l’impact immédiat peut parfois compter davantage que la vérité. Une évolution qui interroge autant les dirigeants que ceux qui les écoutent.

À lire aussi : Et si Schumpeter avait encore raison ?

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