Airbus A400M de transport militaire utilisé pour des opérations d’évacuation
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Influenceurs à Dubaï, et si le scandale était calculé ?

Depuis quelques jours, les influenceurs à Dubaï sont devenus les cibles préférées des réseaux sociaux. Larmes face caméra, appels à l’aide, demandes de rapatriement par avion militaire. Certains interpellent “la France”, d’autres cherchent un contact à l’ambassade. Les extraits tournent en boucle, repris par les journaux télévisés, commentés par des ministres, partagés des millions de fois.

La réaction est immédiate. Moqueries, indignation, sarcasmes. “Ils partent pour ne pas payer d’impôts et réclament maintenant l’aide de l’État.” Le procès est rapide, le jugement définitif.

Mais si ces influenceurs à Dubaï étaient moins naïfs qu’ils en ont l’air ?

Gérer une notoriété, même éphémère, n’a rien d’un hasard permanent. Cela demande une lecture fine des émotions collectives. Cela exige de savoir ce qui déclenche un partage, un commentaire, une réaction. Or quoi de plus viral qu’une situation anxiogène mêlée à une pointe de provocation ?

Une vidéo en pleurs dans un contexte de bombardements. Une demande publique adressée au gouvernement. Une phrase maladroite. Il n’en faut pas plus pour déclencher une tempête numérique. Chaque indignation alimente l’algorithme. Chaque critique augmente la visibilité. Chaque débat multiplie les vues.

Et les vues, elles, se monétisent.

TikTok, Instagram, YouTube ne rémunèrent pas la dignité. Ils rémunèrent l’attention. Et l’attention adore le scandale. En quelques heures, ces séquences ont circulé bien au-delà de leurs abonnés habituels. Elles ont touché un public qui ne les suivait pas. Elles ont été diffusées gratuitement par les médias traditionnels eux-mêmes.

Alors, qui manipule qui ?

Les influenceurs exploitent-ils une situation dramatique pour générer du buzz ? Ou bien sommes-nous collectivement incapables de résister à l’envie de commenter, de partager, de dénoncer ? À force de répondre, nous amplifions. À force de moquer, nous propulsons. Les véritables dindons de l’histoire ne sont peut-être pas ceux que l’on croit.

Le plus ironique est que l’indignation morale est précisément ce qui nourrit le système. Plus la critique est virulente, plus la vidéo circule. Plus elle circule, plus elle rapporte. Même le débat politique, même l’intervention d’un ministre, deviennent des accélérateurs de visibilité.

Dans une économie de l’attention, le scandale est une ressource. Et les influenceurs à Dubaï connaissent parfaitement les règles du jeu.

La vraie question n’est peut-être pas de savoir s’ils ont tort ou raison de demander de l’aide. Elle est plus dérangeante. Sommes-nous devenus les meilleurs agents marketing de ceux que nous prétendons dénoncer ?

Nota Bene :

Sur les réseaux sociaux, l’indignation est souvent le carburant le plus puissant. Et ce carburant, nous l’offrons nous-mêmes, gratuitement, à chaque partage.

À lire aussi : L’engrenage de la guerre, quand plus personne ne contrôle rien

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