Pourquoi le train coûte-t-il parfois plus cher que l’avion ?
Sur le papier, le raisonnement semble évident. Un train transporte plusieurs centaines de personnes sur quelques centaines de kilomètres, tandis qu’un avion doit décoller, atteindre son altitude de croisière puis atterrir en consommant une quantité importante de carburant. Pourtant, lorsqu’on compare les prix pour certains déplacements en Europe, une situation étonnante apparaît parfois : prendre l’avion peut coûter moins cher que prendre le train.
Cette comparaison doit évidemment être nuancée. Un billet d’avion affiché à très bas prix peut rapidement augmenter lorsqu’on ajoute un bagage, le choix du siège ou le transport jusqu’à un aéroport éloigné du centre-ville. À l’inverse, le train arrive généralement directement en ville et impose moins de frais annexes. Malgré cela, il existe bien des situations où, à prestations comparables, le train est plus cher que l’avion.
Une partie de l’explication vient du fonctionnement même du transport ferroviaire. Faire circuler un train nécessite des infrastructures considérables : voies ferrées, gares, signalisation, alimentation électrique, entretien permanent du réseau. Les opérateurs ferroviaires doivent notamment payer pour utiliser les infrastructures sur lesquelles circulent leurs trains. Ces coûts finissent nécessairement par se retrouver, au moins en partie, dans le prix des billets.
L’avion supporte évidemment lui aussi des dépenses importantes : appareils extrêmement coûteux, carburant, équipages, maintenance, redevances aéroportuaires et contrôles de sécurité. Mais certaines compagnies ont poussé très loin l’optimisation de leur modèle économique. Rotation rapide des avions, forte densité de sièges, utilisation d’aéroports moins coûteux et facturation séparée de nombreux services leur permettent parfois d’afficher des prix d’appel spectaculaires.
La tarification complique encore la comparaison. Le prix d’un billet n’est pas simplement calculé en fonction de la distance parcourue. Compagnies aériennes comme opérateurs ferroviaires adaptent leurs tarifs selon la demande, le remplissage prévu, l’heure, le jour et le délai avant le départ. Deux voyageurs assis côte à côte peuvent donc avoir payé des sommes très différentes pour exactement le même trajet.
C’est là que le paradoxe devient intéressant. Les pouvoirs publics encouragent régulièrement les citoyens à privilégier les transports collectifs et notamment le train pour réduire l’impact environnemental des déplacements. Mais lorsqu’un voyageur ouvre son ordinateur et découvre qu’un trajet ferroviaire lui coûte nettement plus cher qu’un vol vers la même destination, le discours écologique se heurte brutalement à la réalité du portefeuille.
Pour autant, rendre artificiellement l’avion plus cher ne réglerait pas nécessairement le problème. Si l’objectif est d’inciter davantage de voyageurs à prendre le train, rendre celui-ci plus accessible, plus simple et plus compétitif paraît au moins aussi important. Le choix d’un moyen de transport dépend rarement d’un seul critère : le prix, la durée du trajet, les horaires, la fiabilité et la facilité d’accès comptent tous.
Finalement, la véritable question n’est peut-être pas de savoir pourquoi l’avion peut parfois être si peu cher. Elle est plutôt de comprendre pourquoi le train, que l’on présente comme l’une des solutions importantes pour les déplacements de demain, reste encore trop souvent incapable de gagner la bataille la plus immédiatement visible pour le voyageur : celle du prix.
Nota Bene :
On peut expliquer pendant des années qu’il faudrait préférer le train à l’avion. Mais devant deux billets pour la même destination, beaucoup de voyageurs commenceront toujours par regarder le prix. Et difficile de leur reprocher de choisir le moins cher.
À lire aussi : Pourquoi avons-nous parfois besoin de changer d’air sans partir très loin ?